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Enzo Mari, Timor, 1967
Calendrier PVC et ABS • 17 x 16 x 9 cm
Il ressemble à un toucan avec ses languettes au bout arrondi. Pour ajuster la date, celles-ci se déploient en éventail pour venir se glisser dans la structure horizontale. Fun, graphique et réutilisable indéfiniment, le « Timor » n’a rien d’un calendrier classique sur lequel figureraient l’année et les saints de chaque jour…
Son créateur ? Enzo Mari, un Italien réputé pour son tempérament de feu, ses critiques virulentes de la société de consommation, mais surtout pour son œuvre avant-gardiste aux cinq Compasso d’Oro (l’équivalent des Oscars du design). Ce dernier naît le 27 avril 1932 à Cerano, dans le Piémont, au sein d’une famille pauvre. À seulement 17 ans, il part à Milan où il enchaîne les petits boulots tout en étudiant à l’Académie des beaux-arts de Brera. Rapidement, il se fascine pour le design et l’architecture.
Portrait d’Enzo Mari, designer, plasticien et graphiste italien en 1974
© Bridgeman Images / Adriano Alecchi
Coup de chance : à la fin de ses études en 1957, son ami l’artiste Bruno Munari lui présente Bruno Danese, un galeriste et éditeur milanais qui lui propose de dessiner des objets : c’est là qu’Enzo Mari se penche sur l’idée d’un calendrier perpétuel. Naît d’abord l’ingénieux « Bilancia », composé de réglettes en bois qui coulissent pour afficher les jours et les mois ; puis en 1963, le calendrier mural « Formosa » avec sa base en aluminium sur laquelle s’accrochent des feuilles de PVC lithographiées.
Le « Timor » en est la déclinaison pour le bureau : les feuilles indiquant les chiffres, jours de la semaine et mois de l’année sont fixées sur une base en ABS aux lignes arrondies. Rappelons qu’en 1967, année de sa création, le plastique est en plein essor, adulé pour sa solidité, sa légèreté et ses effets de matière. Le calendrier est donc présenté comme résistant et lavable, si toutefois l’utilisateur renverserait du café sur les plaques…
Enzo Mari, Calendrier Formosa, 1963
31,5 × 31,5 cm • © GrandPalais Rmn / Georges Meguerditchian / © Enzo Mari
Enzo Mari a accordé une attention toute particulière à la typographie.
Une innovation typique des sixties, que l’éditeur choisit de nommer d’après une île de l’archipel indonésien. Dès sa sortie, « Timor » connaît un vif succès, apprécié pour son design simple et son graphisme épuré. Car Enzo Mari a accordé une attention toute particulière à la typographie : inspirés du style Bauhaus, les caractères noirs sans sérif contrastent sur le fond blanc et sont repérables de loin.
Enzo Mari, Timor, 1966
Plastique • 16,7 × 11,9 × 9 cm • Coll. MoMA, New York
Décliné en plusieurs langues, l’objet est toujours commercialisé par Danese. Il se vend désormais avec une base blanche ou noire autour de 150 euros, en véritable emblème de la philosophie de son créateur qui prônait un design « durable, accessible, fonctionnel, bien fait, pertinent émotionnellement, résistant, socialement bénéfique, beau, ergonomique et accessible financièrement ».
Certains grands musées le conservent dans leurs collections, dont le Centre Pompidou à Paris ou le MoMA à New York – là même où, en 1972, Enzo Mari figurait parmi les grands noms du design italien réunis dans l’exposition « The New Domestic Landscape ». Alors que ce petit calendrier perpétuel survit à son créateur depuis sa mort en 2020 (à l’âge de 88 ans), on espère qu’il continuera de résister aux calendriers des smartphones et ce, jusqu’au siècle prochain !
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