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Exposition « Disco » de Vivian Sutter au Palais de Tokyo à Paris
© Courtesy de Vivian Suter / © Karma International, Zurich; Gladstone, New York / Bruxelles / Séoul; Gaga, Mexico DF; Proyectos Ultravioleta, Guatemala City / © Aurélien Mole
En été, il fait chaud au Palais de Tokyo. Si chaud que son équipe a eu une idée : et si on ouvrait l’immense verrière qui surplombe la plus grande salle du monument pour une exposition estivale ? Seul problème : rare sont les artistes à accepter de telles conditions… Vivian Suter, en revanche, s’en régale. Elle-même n’aime à peindre qu’en plein air, dans le jardin de sa maison au Guatemala, où elle s’est installée pour créer à l’écart de l’agitation du monde de l’art, il y a de cela 40 ans.
Cela se remarque dès les premières toiles, accrochées à « touche-touche » comme on le dit lorsque les œuvres saturent l’espace jusqu’à empiéter les unes sur les autres. Sur certaines d’entre elles, on devine des traces de pattes de chiens, on voit comment la pluie a délavé la peinture, comment des brindilles et des feuilles sont venues s’y coller. « C’est une collecte, ou du moins un accueil des éléments du jardin », nous dit ainsi François Piron, commissaire de l’exposition, qui a rendu visite à l’artiste chez elle, dans la campagne de Panajachel, petite ville perchée à 1 597 mètres d’altitude sur les rives du lac Atitlán.
Exposition « Disco » de Vivian Sutter au Palais de Tokyo à Paris
© Courtesy de Vivian Suter / © Karma International, Zurich; Gladstone, New York / Bruxelles / Séoul; Gaga, Mexico DF; Proyectos Ultravioleta, Guatemala City / © Aurélien Mole
Si l’histoire de Vivian Suter commence en Argentine, où elle naît en 1949 d’un père suisse et d’une mère autrichienne, la jeune femme émigre à Bâle l’année de ses 13 ans, et s’inscrit à l’École des beaux-arts de la ville. Elle y côtoie la peintre Miriam Cahn, se marie avec l’écrivain Martin Suter. « Elle part en voyage, elle a la bougeotte… et atterrit un jour au Guatemala », dans une petite ville loin de Bâle et de son effervescence artistique, de ses collectionneurs richissimes et de ses galeries à l’aura internationale. Mais c’est justement son but, nous dit François Piron : « s’éloigner au maximum, voir autre chose que la Suisse. »
Résultat ? Elle peint en secret, à l’écart du marché de l’art, survit grâce à l’aide financière de sa famille. Poussant loin sa logique : « Ses œuvres n’ont pas de titre, pas de date, pas de sens d’accrochage. Elle a même organisé l’impossibilité de classer son travail par période » en ne montrant aucun signe distinctif selon que la toile date de 1989 ou de 2023. « Chaque peinture est faite sur une journée, mais peut rester plusieurs jours dans le jardin. Parfois, elle retouche le lendemain, mais elle le regrette toujours. Elle préfère finir le jour même, même si elle doit travailler en pleine nuit et peindre à l’aveugle. »
Noyé dans ces toiles libres qui flottent autour de lui, le visiteur est entraîné par leur énergie, leur matérialité, leur force vive.
Vivian Suter stocke ensuite ses toiles en les suspendant à des racks métalliques dans sa maison, système qui est ici reproduit, au beau milieu du Palais de Tokyo – un clin d’œil à sa façon de travailler qui peut dérouter, puisqu’on ne peut pas contempler les toiles ainsi accrochées. Cela dit, est-ce qu’il faut vraiment regarder chacune d’entre elles ? Il y en a ici 500, toutes venues de son atelier exprès pour l’occasion, et qui forment ensemble un kaléidoscope de visions le plus souvent abstraites, parfois suggérant des formes végétales. Noyé dans ces toiles libres qui flottent autour de lui, le visiteur est davantage entraîné par leur énergie, leur matérialité, leur force vive, que par l’envie d’observer chacune à la loupe.
Exposition « Disco » de Vivian Sutter au Palais de Tokyo à Paris
© Courtesy de Vivian Suter / © Karma International, Zurich; Gladstone, New York / Bruxelles / Séoul; Gaga, Mexico DF; Proyectos Ultravioleta, Guatemala City / © Aurélien Mole
Après trois décennies de secret, Vivian Suter a été redécouverte par le directeur de la Kunsthalle de Bâle, qui a retrouvé son nom lors de recherches dans les archives du musée, puis l’a exposée en 2017 lors de la 14e édition de la Documenta, rendez-vous international de l’art contemporain. Reconnue depuis, exposée, collectionnée, l’artiste n’en a pas perdu ses bonnes habitudes, et continue à travailler dans l’herbe, sous les arbres, dans son « jardin comme une jungle », avec une peinture enrichie de colle de peau de poisson, ce qui rend la matière « très collante », indique François Piron, idéale donc pour attraper toutes sortes de traces et de végétaux.
Exposition « Disco » de Vivian Sutter au Palais de Tokyo à Paris
© Courtesy de Vivian Suter / © Karma International, Zurich; Gladstone, New York / Bruxelles / Séoul; Gaga, Mexico DF; Proyectos Ultravioleta, Guatemala City / © Aurélien Mole
« Elle regarde les choses de manière très lucide et sans complaisance, et en même temps avec une complète simplicité ; elle est très affectueuse, très généreuse », raconte encore François Piron, qui a accepté, comme elle le lui avait « chuchoté », d’exposer à ses côtés quelques collages de petit format de sa mère, venue la rejoindre au Guatemala à l’âge de 80 ans.
On s’arrêtera aussi sur la petite maquette de l’exposition qu’avait apportée le commissaire à l’artiste ; elle n’en fait jamais, préférant la spontanéité à la préparation scrupuleuse de l’accrochage, mais s’était prise au jeu. « Ça l’a même beaucoup amusée ! » Pour Vivian Suter, l’art ne saurait décidément être une chose trop sérieuse.
Vivian Suter. Disco
Du 12 juin 2025 au 7 septembre 2025
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
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