En partenariat avec Opera Gallery

Juan Genovés, Dispersión
© Opera Gallery
Rue du Faubourg-Saint-Honoré, on peut les admirer dès les vitrines de la galerie – telles d’immenses vues du ciel sur des gens rassemblés, dispersés. Dans les foules de Juan Genovés (1930–2020), il se passe toujours quelque chose : un vide, des câbles, des failles dans le sol ; une menace planante. Les silhouettes se font motif, amas de points et de couleurs comme ces voitures ou champs de blé que l’on voit rapetisser depuis les hublots d’un avion. Pourtant, chaque personnage y est brossé individuellement, collé à la toile avec des matériaux récupérés — bouts de tissus, de métal, de plastique — ou suggéré par d’épaisses couches de peinture. Fascinant.
En Espagne, c’est une figure majeure de l’art contemporain. Décédé en 2020 à 89 ans, Juan Genovés n’a cessé de peindre et d’exposer son travail, de Londres à Moscou en passant par New York, rarement en France. Désormais représenté par Opera Gallery (c’est son fils, Pablo, qui s’efforce de faire perdurer son nom), le voilà enfin dévoilé à Paris : « L’exposition a débuté à la galerie de Singapour avant de s’installer ici. Elle commence avec quelques sculptures de 2004 pour terminer sur ses dernières créations, se concentrant sur ses deux thèmes fétiches : l’individu et la foule », détaille la directrice Marion Petitdidier.
Juan Genovés, À gauche : “Enrejados III”, 2004 ; À droite : “Tapujos”, 2018
© Opera Gallery
Le titre « Ágora » fait référence à l’espace public des citoyens de la Grèce antique. Un moyen de résumer son éternel combat : la démocratie, si bafouée sous le régime de Franco, de 1936 à 1977. Notons qu’il est né en 1930, se forme à l’École des beaux-arts de Valence et intègre rapidement des groupes artistiques d’après-guerre — « Los Siete » (1949), « Parpalló » (1956) et « Hondo » (1960) — dans lesquels il développe une peinture expressionniste et figurative. Dès les années 1960, sur des toiles peintes en noir et blanc : des gens courent, tentent d’échapper à des forces armées, à des silhouettes de bombardiers — des images de guerre, comme tirées des médias.
Juan Genovés, El Abrazo, 1976
© Musée Reina Sofía
En 1976, pour l’amnistie des prisonniers politiques, il peint son chef d’œuvre El Abrazo (« l’Étreinte ») : une embrassade groupée sur fond blanc, de deux mètres de large, qui devient, en 2003, une sculpture hommage aux victimes du massacre d’Atocha de 1977 (un attentat terroriste post-franquiste). La toile est exposée au Congrès à Madrid, en symbole de la transition démocratique. « Nous luttions contre la dictature et risquions nos vies pour la réconciliation nationale », se remémore-t-il pour le journal El País. « Un jour, j’ai vu des enfants s’embrasser après l’école, comme le font les joueurs de football, et je me suis dit : ‘C’est ça !’ »
Juan Genovés, Antecedentes
© Opera Gallery
Pas de visage, d’ethnie ou d’âge ; aucun indice physique, excepté des vêtements, ni géographique ou culturel. Juan Genovés garde cette ligne de conduite avec ses attroupements vus en plongée, déclinés et réinventés tout au long de sa carrière, à admirer au rez-de-chaussée d’Opera Gallery. « Ses images peuvent aussi bien nous faire penser à un Berlin des années 1980 qu’au Printemps arabe des années 2000 », en déduit Marion Petitdidier, touchée par le caractère universel de cet art engagé dont les cadrages ressemblent à des travellings empruntés au cinéma. Emporté par la foule, on en retient finalement autant la vulnérabilité que la force du collectif, capable de renverser des régimes dictatoriaux, de faire voter des lois — source d’espoir en ces temps où grimpe la violence.
Juan Genovés, Ágora
Du 15 mars 2024 au 17 avril 2024
Du lundi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 11h à 19h
Opera Gallery Paris • 62 Rue du Faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris
www.operagallery.com
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