Paris

Comment 13 artistes répondent dans une expo à l’histoire politique du musée de l’Histoire de l’immigration

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Vue de l’œuvre monumentale en tissu translucide d’Amalia Laurent, “À l’usage des fantômes”
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Vue de l’œuvre monumentale en tissu translucide d’Amalia Laurent, “À l’usage des fantômes”

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© Cyril Zannettacchi

« Chaque vie est une histoire. » C’est sous ce titre simple, mais aussi très beau et significatif, que le musée de l’Histoire de l’immigration a choisi de réunir 200 œuvres et objets de ses collections, acquis durant les 20 dernières années. Le parcours, qui joue de dialogues entre des témoignages et des visions d’artistes comme autant de « regards sur l’immigration », rassemble ainsi une grande variété de documents – allant de photographies poignantes de Mathieu Pernot (né en 1970) à des lettres manuscrites, en passant par des affiches militantes et une grande toile du jeune artiste d’origine algérienne Bilal Hamdad (né en 1987).

À cet accrochage historique s’ajoute une seconde exposition, qui s’empare cette fois-ci du rez-de-chaussée du palais de la Porte-Dorée – et même de son aquarium. Réunis par le commissaire Jean de Loisy, treize artistes contemporains ont reçu carte blanche pour interagir avec l’histoire et l’esthétique du bâtiment, « ancien monument de propagande coloniale », rappelle la directrice générale Constance Rivière, « un lieu où s’entrelacent les ombres, les rêves et les mémoires qui hantent encore les relations entre la France et ses anciennes colonies ».

Face à l’histoire

Dès l’entrée, le visiteur passe sous un majestueux mobile de la sculptrice allemande Katinka Bock (née en 1976) et peut lever les yeux sur les poèmes science-fictionnels de Claude Closky (né en 1963), planant tels des Oiseaux migrateurs en lettres blanches sur pixels noirs [ill. ci-dessous]. À deux pas de là, le magnifique Forum du palais de la Porte-Dorée se fait l’écrin d’une œuvre monumentale en tissu translucide d’Amalia Laurent (née en 1992) [ill. en Une], qui questionne avec une grâce infinie les frontières du monde et les déplacements de ses habitants.

Les « oiseaux migrateurs » de Claude Closky dans le hall d’honneur du Palais
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Les « oiseaux migrateurs » de Claude Closky dans le hall d’honneur du Palais

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© Cyril Zannettacchi

Plus politique encore, la géniale dessinatrice Juliette Green (née en 1995) a mené des entretiens avec des membres de l’équipe du musée pour créer un dessin grand format couvert d’écritures, demandant « Que ressent-on lorsqu’on vit avec deux cultures ? » : « Lou a un petit ami mexicain. Leur amour les amène à reconsidérer les stéréotypes qui existent sur leurs nationalités. Par exemple, il a été surpris de découvrir qu’elle avait peu de connaissances sur les vins, bien qu’elle soit française. »

Échappées imaginaires

Puis, de salle en salle, on va à la rencontre d’œuvres aux dimensions volontiers architecturales. Comme le refuge du Birman Aung Ko (né en 1980), où l’on peut s’asseoir, discuter et rêver en participant à coudre entre eux des vêtements récupérés comme autant de souvenirs. Plus troublant, le Togolais Kokou Ferdinand Makouvia (né en 1989) tâche de parler directement à l’âme du bâtiment en y montrant sept sculptures en céramique emplies de plantes aux vertus purificatrices – il invite les visiteurs à inscrire sur de petits papiers des souhaits, papiers qu’il brûlera plus tard et dont les cendres seront utilisées pour créer une encre permettant aux prochains visiteurs d’inscrire à leur tour leurs vœux.

Vue des céramiques de Kokou Ferdinand Makouvia, « Aze Ze Ame Adre (Les Sept vases de sorcellerie) »
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Vue des céramiques de Kokou Ferdinand Makouvia, « Aze Ze Ame Adre (Les Sept vases de sorcellerie) »

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© Cyril Zannettacchi

Enfin, ne manquez pas de faire un tour dans l’aquarium, situé au sous-sol du bâtiment. Il accueille une fine sculpture de Katinka Bock (au-dessus du bassin de l’alligator albinos !) et un autre dessin de Juliette Green, sérigraphié sur une imposante plaque de verre et interrogeant cette fois-ci mille et une manières de « Voyager sous l’eau ». L’ensemble de cette carte blanche formule donc un poème étonnant, entre échappées imaginaires et réalités politiques. Une belle illustration de ce qu’un musée dédié à l’histoire de l’immigration peut faire de plus sensible et inventif.

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Chaque vie est une histoire

Du 8 novembre 2024 au 9 février 2025

www.histoire-immigration.fr

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