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Albrecht Dürer, Melencolia I, 1514
burin sur cuivre, papier • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • © Paris Musées / Petit Palais
Martin Schongauer, La Tentation de Saint-Antoine, 1470-1475
Mortel Schongauer
Assailli de toute part par des démons tous aussi répugnants les uns que les autres, voilà saint Antoine en bien fâcheuse posture. Résistera-t-il à cette lutte acharnée dans les airs ? Artiste originaire de la région rhénane, considéré par Dürer comme un maître, Martin Schongauer reprend ici un grand thème de l’art occidental, présent chez les artistes depuis le Moyen Âge : la tentation d’Antoine Le Grand, un saint qui, retiré dans le désert, se trouve en proie à la tentation du diable. Véritable succès au XVe siècle, l’œuvre de Schongauer, qui fourmille de détails (une précision sans doute héritée de sa formation d’orfèvre), s’est exportée par-delà les frontières germaniques.
burin sur cuivre, papier • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • © Paris Musées / Petit Palais
Jacques Callot, Les Deux pantalons, (Lieure 173, Meaume 626), 1616-1617
Jacques Callot entre dans la danse
Les Deux pantalons est emblématique de l’œuvre de Jacques Callot, graveur lorrain dont l’univers est peuplé de figures de la comedia dell’arte inspirées par un séjour à Florence. Au premier plan, deux danseurs, habillés de costumes soulignant leur musculature hors norme, semblent prêts à bondir à l’extérieur du cadre, tandis que derrière eux, une foule de personnages, comme sortie d’un bal costumé, danse ou se prélasse dans un décor pittoresque. L’artiste fait ici preuve de son goût pour l’univers du spectacle, et pour les scènes animées dans lesquelles il exprime toute sa liberté.
eau-forte • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • © Paris Musées / Petit Palais
Rembrandt, La Pièce aux cent florins, 1649
Le coup de maître de Rembrandt
Unanimement reconnue comme le chef-d’œuvre de Rembrandt, cette eau-forte se distingue d’abord par ses dimensions exceptionnelles, mais aussi par la virtuosité de son clair-obscur. Appelé au chevet des malades, le Christ apparaît ainsi comme une source de lumière et de vie au milieu de la souffrance et des ténèbres. Le pedigree de cette gravure est tout aussi remarquable puisque avant d’être acquise par Dutuit, pour la coquette somme de 27 500 francs, elle avait appartenu à un ami de Rembrandt, puis à Vivant Denon, ancien directeur du Louvre. Un double coup de maître !
eau-forte, pointe sèche et burin sur papier Japon • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris © Paris Musées / Petit Palais • © Paris Musées / Petit Palais
Rembrandt, Rembrandt gravant à la fenêtre, 1648
Un artiste endeuillé
Auteur de nombreux autoportraits peints comme gravés, Rembrandt se montre ici en train de s’adonner à son art, près d’une fenêtre. L’homme a alors 42 ans, et subit de plein fouet le deuil de sa femme bien-aimée, Saskia. Une nouvelle fois, l’artiste combine de façon remarquable la technique de l’eau-forte à celle de la pointe sèche, qui lui permet de souligner d’une part l’expressivité de son visage, mais aussi les lignes de son corps, qui malgré le chagrin demeure droit. L’artiste nous livre avec franchise sa souffrance, en toute dignité.
eau-forte, pointe sèche et burin sur papier Japon de couleur ivoire clair, • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • © Paris Musées / Petit Palais
Francisco de Goya y Lucientes, Modo de volar. Donde hay ganas hay mana, 1816-1823
L’envol de Goya
Impossible, face ces curieuses créatures, de ne pas songer aux machines volantes de Léonard de Vinci ! Comme le maître de la Renaissance avant lui, l’artiste espagnol imagine un futur où les hommes seront capables de dominer les airs. Intitulée Manières de voler, cette gravure est extraite de la série « Les Disparates », dans laquelle le thème de la nuit côtoie celui du carnaval. Un ensemble qui fascine par l’inventivité de ses motifs, tantôt drôles, étranges ou inquiétants, et dans lequel la violence et la mort rôdent entre les lignes…
eau-forte et aquatinte brunie sur vélin • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • © Paris Musées / Petit Palais
Henri de Toulouse-Lautrec, Répétition générale aux Folies Bergère (Emilienne d’Alençon et Mariquita), 1893
Toulouse-Lautrec dans les coulisses des Folies Bergère
Outre les chefs-d’œuvre acquis par le collectionneur Eugène Dutuit, l’exposition présente quelques pépites du musée de l’Estampe moderne, inauguré au sein du Petit Palais en 1908. En témoigne cette lithographie de Toulouse-Lautrec, figurant les répétitions d’un spectacle aux Folies Bergère. Deux danseuses – Émilienne d’Alençon et Mariquita – dominent cette scène au dynamisme accentué par les coups de crayon de l’artiste dans les jupe des jeunes femmes. Jaillissant d’un épais crachis d’encre, elles embraquent le spectateur dans leur irrésistible élan.
lithographie au crayon, pinceau et crachis tiré en noir • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris • © Paris Musées / Petit Palais
Trésors en noir et blanc
Du 12 septembre 2023 au 14 janvier 2024
Petit Palais • Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.petitpalais.paris.fr
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La mélancolie selon Dürer
Un ange, assis sur une dalle en pierre au pied d’un édifice qui semble inachevé, laisse son regard se perdre dans le vide, l’air visiblement renfrogné. Chef-d’œuvre ô combien célèbre d’Albrecht Dürer, cette gravure s’est imposée, sous la plume de l’historien de l’art Erwin Panofsky, comme un autoportrait spirituel de l’artiste face à sa propre finitude. Allégorie de la mélancolie, mais aussi de la géométrie – discipline appartenant aux arts libéraux – l’ange est entouré de symboles abondamment commentés à travers les siècles (carré magique, sablier, balance, cadran solaire, arc-en-ciel…). Dürer fait ici la démonstration de ses idéaux humanistes et se pose en homme de la Renaissance.