MUSÉE MAILLOL

Elliott Erwitt, l’œil mythique de l’agence Magnum

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Publié le , mis à jour le
Figure mythique de l’agence Magnum, qu’il a présidée dans les années 1960, Elliott Erwitt est l’auteur d’une œuvre colossale, dont une partie est exposée au musée Maillol à Paris. L’occasion de revenir sur l’itinéraire de ce photographe au regard tendre, profondément humain et éternellement curieux.
Elliott Erwitt, New York, Etats-Unis
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Elliott Erwitt, New York, Etats-Unis, 1974

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© Elliott Erwitt / Magnum photos

Une image vaut mille mots. Elliott Erwitt l’a bien compris. Pas du genre bavard, le photographe de 94 ans a toujours préféré laisser ses clichés s’exprimer pour lui. Il faut dire que regarder une photo d’Erwitt, c’est comme lire une histoire sans parole. L’approche humaniste du photographe, que l’on retrouve aussi bien dans son travail de commande (presque exclusivement en couleur) que dans son travail personnel (auquel il réserve le noir et blanc), ouvre des portes insoupçonnées sur l’imaginaire : souvent le cadre devient la scène d’un petit théâtre où tout peut arriver. À nous, dès lors, d’inventer.

Elliott Erwitt, Tropicana Hotel, Las Vegas, Etats-Unis
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Elliott Erwitt, Tropicana Hotel, Las Vegas, Etats-Unis, 1957

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© Elliott Erwitt / Magnum photos

Photographe entre deux rives, Elliott Erwitt est né en 1928 en France de parents russes qui ont fui le régime autoritaire de Staline. Le petit Elio Romano a passé toute son enfance en Italie, avant que la famille ne soit de nouveau contrainte à l’exil face à l’imminence de la guerre. Direction les États-Unis. Elio devient alors Elliott, plus facile à prononcer pour les Américains. Ado plutôt réservé, il étudie la photographie au Los Angeles City College. Ses premiers modèles ? Les passants de son quartier et ses camarades de lycée, qu’il photographie pendant les bals de promos. Dans la Cité des Anges, le jeune photographe vole vite de ses propres ailes. À quinze ans, il enchaîne les petits boulots, se trouve une place dans un studio photo où il tire le portrait d’aspirantes stars de cinéma.

Il débarque à New York en 1948, fréquente les bancs de la New School for Social Research. Surtout, il se lie d’amitié avec Edward Steichen, alors conservateur du département photographique du MoMA, et Robert Capa, qui vient à peine de cofonder avec un Français – Henri Cartier-Bresson – ce qui n’est encore qu’une petite coopérative de photographes : Magnum. Pas le temps de faire son trou : Erwitt est rattrapé par son service militaire en 1951. Le voilà de retour sur le vieux continent qui l’a vu naître. Entre la France et l’Allemagne, il œuvre en tant qu’assistant photographe dans les corps de transmission de l’armée américaine. Il retrouve New York deux ans plus tard et reçoit sa première commande de la part de Roy Stryker – une mission documentaire pour la Standard Oil Company de Pittsburgh. La même année, c’est la consécration. Il rejoint à 26 ans seulement, sur l’invitation de Capa, les rangs de l’agence Magnum, qu’il présidera en 1961 puis entre 1966 et 1969.

Sur le tournage des « Désaxés », Reno, Nevada, Etats-Unis
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Sur le tournage des « Désaxés », Reno, Nevada, Etats-Unis, 1960

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© Elliott Erwitt / Magnum photos

Son carnet de commandes ne désemplit plus. Erwitt mène alors une double vie : celle de photographe commercial, et une autre de photographe amateur. Sa méthode est simple : « Il suffit juste de réagir à ce que l’on voit et le mettre dans un cadre. C’est tout. » Infatigable, il enchaîne les reportages pour Life, Look, Collier’s, Holiday… Dans les années 1970 et 1980, il s’aventure aussi du côté de la réalisation de documentaires et de comédies pour la chaîne américaine HBO. Son œuvre foisonnante est portée par l’éclectisme et guidée par la curiosité. Photographe-monde, Erwitt documente les bouleversements politiques de la guerre froide et signe des images devenues mythiques : le profil concentré du Che fumant son éternel cigare, les larmes de Jackie Kennedy aux obsèques de son mari assassiné, l’index inquisiteur de Nixon pointé sur Khrouchtchev. Il traverse la planète d’ouest en est, bourlingue au pays des Soviets pour le cinquantième anniversaire de la révolution d’Octobre, trace sa route jusqu’au Japon…

Elliott Erwitt, Berkeley, Californie, Etats-Unis
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Elliott Erwitt, Berkeley, Californie, Etats-Unis, 1955

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© Elliott Erwitt / Magnum photos

Lorsqu’il n’est pas sur la route, Elliott Erwitt se fait le chroniqueur du rêve américain. Il immortalise les coulisses des Desaxés et se lie d’amitié avec Marilyn Monroe, s’embarque dans une limousine aux cotés d’Andy Warhol et de Grace Jones… Le photographe vante aussi les mérites du made in USA, mettant son œil au service de toutes sortes d’entreprises, s’essaie enfin à la photographie de mode. Le tout sans jamais trahir sa patte : une maîtrise absolue du cadre et un humour justement dosé, plein de tendresse et pas moqueur pour un sou.

C’est sur ce credo qu’Elliott Erwitt a également bâti une œuvre personnelle absolument monumentale. En digne héritier d’Henri Cartier-Bresson, il se fait le chantre de l’instant décisif, si bien qu’on croirait certains de ses clichés signés du grand photographe français. L’œil constamment à l’affût, boulimique d’images, il ne sort jamais de chez lui sans son Leica. Tout l’inspire : les anonymes qu’il photographie à la plage ou au musée, l’architecture rectiligne des grandes villes, l’insouciance désarmante des enfants et bien sûr les chiens, irrésistibles créatures qu’il immortalise dans toutes sortes de situations comiques. Sa plus grande réussite ? Après plus soixante-dix ans de carrière, le photographe en a la certitude : « Mes meilleures photos sont celles que je n’ai pas prises. »

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Elliott Erwitt

Du 23 mars 2023 au 24 septembre 2023

www.museemaillol.com

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