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Peintre, photographe, galeriste, éditeur, conservateur du MoMA… Edward Steichen (1879–1973) semble avoir eu plusieurs vies. Grand nom du pictorialisme aux côtés d’Alfred Stieglitz, puis de la « straight photography » (photographie pure), il fut aussi l’un des principaux photographes de mode américains dans les années 1920 et 1930. Passeur de modernité entre les États-Unis et l’Europe, Steichen était un esthète, un artiste au goût sophistiqué. Il contribua à imposer définitivement la photographie comme une forme d’art.
Edward Steichen, Autoportrait, avril 1903
Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt / © ADAGP, Paris 2022
« Une fois que vous commencez vraiment à voir les choses, alors vous commencez vraiment à ressentir les choses. »
Né au Luxembourg, Edward Steichen émigre dans l’enfance aux États-Unis avec sa famille. Il grandit à Milwaukee, et y fait des études d’art, en s’initiant notamment à la lithographie. D’abord attiré par la peinture, il la pratique à partir de 1895. À New York, Steichen devient le protégé d’Alfred Stieglitz, galeriste et pictorialiste de renom.
Après avoir été naturalisé américain en 1900, Steichen réunit ses économies et entreprend un voyage à Paris. La capitale est alors le berceau des avant-gardes. Steichen est boulimique de découvertes : il visite les grands musées, et fait surtout la connaissance d’Auguste Rodin, qu’il admire. Steichen séjourne également à Londres pour rencontrer des photographes en exil.
Il commence à exposer son travail photographique, sans délaisser la peinture. Jusqu’en 1914, l’artiste fait des allers-retours entre les États-Unis et l’Europe. En 1908, Rodin s’adresse à lui pour réaliser une célèbre série mettant en scène son Balzac (1891–1897). Le photographe donne là toute la mesure de son talent de pictorialiste en saisissant la silhouette austère et énigmatique du personnage dans la pénombre du jardin de la propriété de Rodin, à Meudon.
De 1903 à 1917, Edward Steichen édite la revue Camera Work, aux côtés de Stieglitz. Cette revue publie la photographie d’avant-garde européenne et les « photo-sécessionistes » américains, contribuant à la reconnaissance de la photographie comme un art à part entière.
Steichen ouvre sa galerie d’art à New York, baptisée The Photo-Secession Galleries mais aussi connue sous le nom de 291. Après la Grande Guerre, à laquelle il a participé en qualité de photographe, Steichen investit le domaine plus commercial de la mode. Dans les années 1920, il travaille pour les plus grands magazines à l’instar de Vogue et Vanity Fair.
L’un de ses domaines de prédilection est le portrait. Les actrices les plus célèbres de l’époque, notamment Greta Garbo [voir plus bas], passent devant son objectif. Steichen sait magnifier leur élégance et leur présence. Abandonnant l’esthétique du flou au profit de la précision, il s’est alors détourné du pictorialisme pour embrasser la « straight photography » ( photographie pure ). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Steichen dirige l’institut photographique naval et réalise un documentaire primé en 1945.
Deux ans plus tard, il devient conservateur du département photographique du Museum of Modern Art de New York et occupe cette fonction prestigieuse jusqu’en 1962. L’année suivante, il publie son autobiographie. Edward Steichen décède dix ans plus tard, à l’âge de 94 ans.
Edward Steichen, The Flatiron, Evening, 1906
Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojeda / © ADAGP, Paris 2022
The Flatiron, Evening, 1906
Publié dans Camera Work, ce cliché représente l’un des premiers gratte-ciels new-yorkais, à la forme si particulière de « fer à repasser ». Le mentor de Steichen, Stieglitz, avait déjà photographié ce célèbre building trois ans plus tôt. Maniant le contre-jour, Steichen coupe volontairement le sommet de l’édifice, accentue l’effet de brouillard qui donne au monument une présence inquiétante. Ce n’est pas l’architecture qui l’intéresse mais l’atmosphère, l’ambiance étrange de la ville. Cette photographie est typique de l’esthétique pictorialiste.
Edward Steichen, Balzac – Towards the Light, Midnight, 1911
Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt / © ADAGP, Paris 2022
Balzac – Towards the Light, Midnight, 1911
Ayant découvert avec admiration l’œuvre de Rodin en 1898, Steichen s’employa à faire la connaissance du maître. En 1908, ce dernier lui commande une série mettant en scène son Balzac, de nuit, dans le jardin de sa propriété. En plein pictorialisme, Steichen photographie ce grand plâtre au clair de lune. Le photographe évacue tout détail, tout accessoire, pour mettre en valeur l’aura de l’œuvre et du personnage par le jeu des ombres et des lumières. Le résultat est d’une grande force mystique et lyrique.
Edward Steichen, Portrait de Greta Garbo, 1928
Coll. Israel Museum, Jerusalem • © Israel Museum, Jerusalem / The Noel and Harriette Levine Collection / Bridgeman Images / © ADAGP, Paris 2022
Greta Garbo, 1928
Ce portrait est l’un des plus célèbres de l’actrice d’origine suédoise, paru dans Vanity Fair puis dans le magazine Life. Garbo était déjà un mythe, une véritable icône du cinéma. Steichen la photographie dans une pose non conventionnelle, retenant ses cheveux avec les mains, ce qui accentue la présence de son visage et la force de son regard. Garbo n’est plus seulement glamour, mais apparaît comme une personnalité singulière et complexe.
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