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COLMAR

Fabienne Verdier au musée Unterlinden : l’essence de la lumière en 78 auras

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Comment évoquer la mort au musée Unterlinden de Colmar sans crâne ni danse macabre ? En ces temps de pandémie, Fabienne Verdier a préféré célébrer l’aura des disparus, dans une série tendant vers l’infini.
Vue de l’exposition “Le chant des étoiles – Fabienne Verdier” au musée Unterlinden, Colmar
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Vue de l’exposition “Le chant des étoiles – Fabienne Verdier” au musée Unterlinden, Colmar, 2022

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© Philippe Chancel/Musée Unterlinden, Colmar.

Fabienne Verdier, Avana, Arc-en-ciel, nimbe, lumière, éclat, splendeur, Malgache (Madagascar, Mayotte)
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Fabienne Verdier, Avana, Arc-en-ciel, nimbe, lumière, éclat, splendeur, Malgache (Madagascar, Mayotte), 2022

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Acrylique et techniques mixtes sur toile • © Fabienne Verdier, ADAGP

Peindre dans un seul élan 78 toiles et les rassembler dans un même lieu, la grande nef contemporaine du musée Unterlinden, a valu à Fabienne Verdier un burn-out. « J’ai travaillé à un train d’enfer trois ans durant pour produire cet ensemble. J’étais épuisée », confie l’artiste qui est coutumière des projets phénoménaux, comme s’exiler dix ans au fin fond du Sichuan pour apprendre la calligraphie chinoise ou créer un laboratoire de recherche sur les ondes sonores et picturales au sein de la Juilliard School de New York. Réalisées avec les outils de l’abstraction et la gestuelle du dripping, les Rainbow Paintings qu’elle expose à Colmar sont nées d’une carte blanche mais aussi de circonstances exceptionnelles. Ces 78 peintures qui figurent des anneaux de lumière ouvrant vers l’outre-là sont en effet la réponse de Fabienne Verdier aux épreuves de notre temps. « Je ne pensais pas me lancer dans un tel chantier lorsque Frédérique Goerig-Hergott m’a proposé, en 2019, d’entrer en dialogue avec les collections du musée Unterlinden, explique-t-elle. Et puis la pandémie est arrivée et nous avons tous été confrontés à des disparitions soudaines et à l’impossibilité d’accompagner nos morts. Ma réflexion s’est portée alors sur le panneau de la Résurrection de Grünewald [Le Retable d’Issenheim conservé au musée Unterlinden, ndlr], celui où le Christ quitte son enveloppe charnelle pour devenir une pure énergie de lumière. »

Contrairement à la plupart des artistesPablo Picasso, Francis Bacon, Georg Baselitz, Markus Lüpertz… – qui ont été obnubilés par les panneaux de la Crucifixion visible lorsque le Retable d’Issenheim est fermé, Fabienne Verdier a saisi dans la boule de feu qui enlumine le Christ matière à méditation sur la transcendance et à réflexion sur les phénomènes optiques. Réflexion d’autant plus prégnante qu’elle venait de vivre une sorte d’épiphanie. « Alors que j’arrosais mon jardin, mon ombre portée s’est retrouvée au cœur d’un arc-en-ciel, prise dans un cercle iridescent de couleurs dont les teintes mutaient sans frontières précises, comme dans le tableau de Grünewald », raconte-t-elle. Une photographie qui ressemble à une image spirite atteste de cet épisode, collée dans l’un des carnets de notes qu’elle expose dans une salle annexe.

À gauche : Fabienne Verdier, “Dara Reaksmey, Rayon / lumière d’étoile, Khmer (Cambodge)” (détail), 2022. À droite :  Matthias Grünewald, le Retable d’Issenheim, détail : la Résurrection, 1512-1516
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À gauche : Fabienne Verdier, “Dara Reaksmey, Rayon / lumière d’étoile, Khmer (Cambodge)” (détail), 2022. À droite : Matthias Grünewald, le Retable d’Issenheim, détail : la Résurrection, 1512-1516

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© Fabienne Verdier, ADAGP. © Musée Unterlinden, Colmar.

De cette épiphanie est né un double questionnement qui structure toute l’exposition : « Comment capter sur la toile la vibration des formes et des lumières dans leurs énergies cinétiques, mais aussi comment rompre avec les représentations occidentales de la mort – les danses macabres, les squelettes, les crânes… – en produisant à mon tour des sortes d’icônes pour nous consoler de tous ces départs ? » Pour réaliser ses œuvres auratiques, Fabienne Verdier a appliqué sur chacune une trentaine de couches de peinture aux nuances psychédéliques. Puis, reprenant le geste auguste du semeur d’étoiles, elle a éclaboussé de blanc ces fonds vibratoires, afin de les muer en galaxies. Des Reliefdisques orphiques créés par Robert Delaunay dans les années 30 au soleil artificiel d’Olafur Eliasson illuminant le Turbine Hall de la Tate Modern en 2003, Fabienne Verdier n’est pas la seule à chercher à capter l’essence même de la lumière.

Un polyptyque géant

Mais son projet, on l’aura compris, outrepasse le champ pictural puisqu’il s’agit pour elle de concevoir à la fois une œuvre d’art totale et une « chapelle » mémorielle, en hommage aux disparus du Covid-19. À chacune de ses peintures, elle a donc donné des prénoms en lien avec des cosmogonies du monde entier – Kamjeta qui veut dire comète en tchétchène, Okka qui signifie météore en birman… – complexifiant encore, et peut-être trop, le millefeuille de son projet.

Fabienne Verdier, Cutarmani, Joyau lumineux, noyau solaire Tamoul (sud de l’Inde)
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Fabienne Verdier, Cutarmani, Joyau lumineux, noyau solaire Tamoul (sud de l’Inde), 2022

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Acrylique et techniques mixtes sur toile • © Fabienne Verdier, ADAGP.

Fabienne Verdier offre aux visiteurs une expérience en forme de rite de passage.

Dans l’espace de la nef, l’alignement de ses Rainbow Paintings aboutit à un polyptyque géant déployant l’image ascensionnelle d’un vortex. « Le vortex, c’est le drapé tourbillonnant du Christ en pleine ascension dans le tableau de Grünewald, mais c’est aussi une forme archétypale de la nature, celle des tornades, des galaxies, des maelströms, jusqu’à la structure même de notre ADN qui est hélicoïdale. » Les astrophysiciens ont établi de longue date que l’explosion des supernovae favorise la formation de nouvelles étoiles, dans un mouvement continu de transmutation. En associant notre fin de vie à celle des étoiles, en proposant une installation à la fois cosmique et immersive, Fabienne Verdier offre aux visiteurs une expérience en forme de rite de passage. Exposition chamanique ou new age, art stellaire ou thaumaturge, sa proposition, illuminée mais sincère, rejoint les inclinations d’une époque exsangue qui a besoin de spiritualité et d’énergies renouvelées, en dehors de tout Évangile.

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Fabienne Verdier. Le chant des étoiles

Du 1 octobre 2022 au 28 mars 2022

www.musee-unterlinden.com

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Catalogue

Fabienne Verdier • Le chant des étoiles

éd. 5 Continents • 192 p. • 30 €

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