Article réservé aux abonnés

LE TOPO

Robert Delaunay en 2 minutes

En bref

Maître de la « peinture pure », orphiste puis abstrait, Robert Delaunay (1885–1941) croit à la révolution de l’art moderne par la couleur. Investissant des thématiques en lien avec la vie contemporaine, le mouvement, le rythme, il crée un véritable langage pictural basé sur la forme du cercle et des figures cosmiques. Son œuvre, plus confidentielle que celle d’un Picasso, est pourtant monumentale !

René Dazy, Robert Delaunay
voir toutes les images

René Dazy, Robert Delaunay, vers 1930

i

© René Dazy / Bridgeman Images

Il a dit

« La simultanéité dans la lumière est l’harmonie, le rythme des couleurs qui crée la Vision de l’Homme. »

Sa vie

Né dans une famille bourgeoise parisienne mais désunie, Robert Delaunay s’initie très jeune à la peinture par l’intermédiaire de son oncle. Délaissant les études, déjà convaincu qu’il veut devenir un artiste moderne (alors que son oncle était plutôt conservateur), il s’oriente d’abord vers la décoration scénique. Cet apprentissage développe son goût pour les grandes surfaces.

Peignant aussi, le jeune artiste est fasciné par le pouvoir de la couleur. Ses premières amours le portent vers l’impressionnisme, le néo-impressionnisme et les fauves. En 1907, il se rapproche de l’avant-garde et commence à présenter des œuvres dans les Salons. En 1909, Delaunay se fait ainsi remarquer aux Indépendants grâce à ses tableaux d’esprit cubiste sur le thème de Paris. Cette même année, il rencontre la femme de sa vie, Sonia (née Sophie Stern) qui deviendra son épouse et sa partenaire de création.

Delaunay n’est pas un cubiste comme les autres. Il est décrété orphiste en 1912, un terme qui illustre son attirance pour l’exaltation par la lumière et la couleur. Delaunay est fasciné par les thèmes associés à la modernité et à la vie contemporaine : le sport, l’aviation, l’architecture nouvelle… Mais il admire aussi les grandes cathédrales gothiques. Progressivement, son langage devient de plus en plus abstrait et traduit sa conception purement optique de la peinture.

Avant la Grande Guerre, Delaunay met au point le principe des disques colorés. Il s’agit de modules circulaires, qui semblent se répéter à l’infini et créent un rythme sans fin. L’artiste utilise les lois du contraste simultané des couleurs, inspiré par sa lecture de traités théoriques et sa connaissance de la peinture divisionniste. Les couleurs s’exaltent, se répondent, se contredisent. L’œil du spectateur est intensément sollicité. Selon Delaunay, la peinture abstraite (lumière, rythme, couleurs) correspond aux attendus de la vie moderne.

Dans les années 1930, Delaunay investit les murs. Sollicité à l’occasion de l’exposition internationale de 1937, le peintre s’exprime dans l’espace de la vie quotidienne. En collaboration avec un architecte, il réalise un ensemble de décorations pour le Pavillon des Chemins de fer et pour le Pavillon de l’air et de l’aéronautique. Elles rencontrent un grand succès. Il poursuivra par la suite ce travail d’ampleur monumentale.

En 1940, Robert Delaunay fuit Paris pour se réfugier à Montpellier. Mais le peintre souffre des poumons, et s’éteint d’un cancer en 1941, à l’âge de 56 ans. Ses œuvres sont présentées dans les plus grands musées à travers le monde, notamment au MoMa et Guggenheim de New York, à la Tate de Londres ou au Centre Pompidou, à Paris.

Ses œuvres clés

Robert Delaunay, Tour Eiffel aux arbres
voir toutes les images

Robert Delaunay, Tour Eiffel aux arbres, 1910

i

Huile sur toile • 126,4 × 92,8 cm • Coll. Solomon R Guggenheim Museum, New York • © akg-images

Tour Eiffel aux arbres, 1910

Fasciné par la grande Dame de Fer, symbole d’une architecture nouvelle, Delaunay lui consacrera plusieurs toiles. Sous son pinceau, elle semble devenir un véritable personnage. Le peintre adopte la déconstruction cubiste, mais travaille aussi sur la notion de mouvement, ce qui le rapproche de la quête des futuristes. Son ami Guillaume Apollinaire admirait les œuvres de Delaunay sur ce thème, qui l’inspirent pour l’un des poèmes dans le recueil Alcools de 1913.

Robert Delaunay, L’Équipe de Cardiff
voir toutes les images

Robert Delaunay, L’Équipe de Cardiff, 1913

i

326 × 208 cm • Coll. musée d’Art Moderne, Paris • © Photo RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

L’Équipe de Cardiff, 1913

Présentée au Salon des Indépendants en 1913, cette œuvre célèbre montre la capacité de Robert Delaunay à puiser dans les différents concepts de l’art moderne pour créer son propre style, entre figuration et aspiration vers l’abstraction. Couleur, rythme, mouvement : tels sont les trois piliers de sa théorie simultanéiste. Le thème du sport a toujours intéressé Delaunay car il illustre à cette époque la vie contemporaine, tout comme les affiches, la tour Eiffel, les attractions, l’aéronautique qui apparaissent également dans cette œuvre complexe.

Robert Delaunay, Rythme sans fin
voir toutes les images

Robert Delaunay, Rythme sans fin, 1934

i

huile sur toile • 161,9 × 130,2 cm • Coll. Tate, Londres • © Photo Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / Tate Photography

Rythme sans fin, 1934

Composition purement abstraite, cette œuvre met en scène trois grands disques placés sur un axe. Au cœur de ces disques, un serpentin fait de couleurs différentes imprime son mouvement ondulatoire. Les formes sont à la fois fixes et en mouvement. Delaunay produit un art « inobjectif ». La couleur seule rythme l’espace et délimite des formes toujours concentriques et répétitives. L’effet produit est proche d’un rythme syncopé de jazz.

Par • le 10 janvier 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Cubisme Robert Delaunay

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi