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Gilles Aillaud ou le surgissement de l’animal politique au Centre Pompidou

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Publié le , mis à jour le
L’exposition du peintre philosophe au Centre Pompidou fait (re)découvrir un artiste qui a témoigné de la condition imposée par l’homme à l’animal. À l’ère de l’urgence climatique, son travail résonne intensément.
Gilles Aillaud, La Cage aux lions
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Gilles Aillaud, La Cage aux lions, 1967

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« Lorsque je représente des animaux toujours enfermés ou « déplacés », ce n’est pas directement la condition humaine que je peins. L’homme n’est pas dans la cage sous la forme du singe mais le singe a été mis dans la cage par l’homme », soulignait Gilles Aillaud sur France Culture en 1978.

Huile sur toile • 200 x 250 cm • Coll. T&C collection / Courtesy galerie Loevenbruck, Paris • © Photo Fabrice Gousset

Derrière les barreaux bleus d’un zoo, entre les quatre murs symétriques d’une cage, au bord d’un bassin artificiel, dans ses enclos mornes à la lumière factice, perdus au sein d’architectures aseptisées, les animaux sauvages de Gilles Aillaud (1928–2005) semblent indifférents à notre présence.

Pourtant, ils suscitent en nous un flot de sentiments profonds, entre mélancolie, éblouissement, compassion, tristesse, nostalgie, faisant surgir des angoisses à la fois intimes et collectives. Quelque chose nous échappe, difficile à nommer, mais il semble évident que ces peintures au style réaliste et à la beauté troublante sont parvenues à capter quelque chose d’indicible. Et nous le renvoient en plein cœur. Cela pourrait être de l’ordre du déracinement, d’un exil forcé ; une déconnexion, une perte immense, un manque devenu soudain criant et dont nous prendrions seulement conscience.

Gilles Aillaud, Ours noir
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Gilles Aillaud, Ours noir, 1982

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Huile sur toile • 200 × 172 cm • Coll. Collection particulière • © Adagp, Paris, 2023 Photo © Archives Galerie de France, DR

« La question centrale de l’œuvre de Gilles Aillaud est celle de la séparation. De la coupure entre l’humain et le non-humain. »

L’exposition que le Centre Pompidou consacre à Gilles Aillaud (du 4 octobre au 26 février) permet de saisir toute la subtilité et la complexité de ce « peintre philosophe », « le premier peintre écologiste » comme le décrit Didier Ottinger, commissaire de l’exposition, conservateur du patrimoine au Centre Pompidou.

« La question centrale de l’œuvre de Gilles Aillaud est celle de la séparation. De la coupure entre l’humain et le non-humain. Bien qu’il ne l’ait jamais formulé ainsi, sa quête pourrait être celle de la vie indivisée – cette forme de pensée formulée par les philosophes avant l’avènement du rationalisme socratique. Cette problématique-là, la manière dont l’homme a coupé ses liens avec la nature, il l’extrapole de façon politique pour dénoncer la séparation entre l’art et son contexte social, entre la pensée et l’activisme militant… Longtemps restée incomprise, son œuvre s’oppose au grand récit moderniste et à l’évolutionnisme darwinien. »

Assassiner symboliquement Duchamp pour tuer l’égotisme de l’artiste

Elle résonne avec une force accrue aujourd’hui, en ces temps de tourmentes marqués par l’urgence climatique et l’échec d’un système global. Soit plus de soixante-dix ans après qu’il avait épousé la peinture plutôt qu’une carrière de philosophe. Nous sommes en 1951, Gilles Aillaud a alors 23 ans.

Il admire Vermeer et Manet, les peintres chinois lettrés. Après une période de solitude où exposer ne semble pas être sa priorité, il se lie d’amitié avec Antonio Recalcati et Eduardo Arroyo. Ensemble, ils « assassinent » symboliquement Marcel Duchamp dans un polyptyque de huit panneaux, alternant les séquences du meurtre de la figure tutélaire de l’art conceptuel et trois de ses œuvres iconiques. L’œuvre montrée dans le cadre d’une exposition sur la Figuration narrative (mouvement auquel Aillaud est apparenté) résiste moins à Duchamp qu’à l’égotisme de l’artiste démiurge, génial et puissant, à l’humain cartésien moderne anthropocentré.

Gilles Aillaud, Les Pingouins
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Gilles Aillaud, Les Pingouins, 1972

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L’image est belle, construite avec une rigueur harmonieuse, mais elle nous parle aussi du zoo comme d’une architecture du contrôle, où l’animal sauvage est « maîtrisé » par la civilisation.

Huile • 201,5 × 130 cm • Coll. Musée d’art contemporain, Marseille • © Photo Ville de Marseille, Dist. RMN-Grand Palais / Benjamin Soligny / Raphaël Chipault

Le trio pointe aussi du doigt le manque d’engagement d’une avant-garde retranchée dans une zone démilitarisée, coupée de la réalité. Gilles Aillaud leur oppose ses animaux silencieux dont les figures, dans sa période tardive, vont se déliter, les contours se dissoudre, pour se rejoindre et s’unir à leur environnement.

Le changement a lieu après le voyage qu’il effectue au Kenya en 1988. Jean-Christophe Bailly qui l’accompagne alors avait écrit qu’Aillaud « peint l’effusion de l’être dans l’apparence », rappelle Didier Ottinger. Le commissaire a choisi de terminer le parcours avec ces peintures qui sont celles d’« une réconciliation, le signe non plus d’une césure mais d’un espoir possible ».

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Gilles Aillaud. Animal politique

Du 4 octobre 2023 au 26 février 2024

www.centrepompidou.fr

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Animal Kingdom

Du 17 octobre 2023 au 10 mars 2024
Toujours friand d’art contemporain, le musée de la Chasse et de la Nature expose l’artiste américain Sean Landers et ses étonnants portraits animaliers (cerfs, buffles, antilopes, chats sauvages, sangliers…) du rez-de-chaussée jusqu’au dernier étage.

www.chassenature.org

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Animaux fantastiques

Du 27 septembre 2023 au 15 janvier 2024

www.louvrelens.fr

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