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Langres

Girault de Prangey, aventurier de la photographie au XIXe siècle

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Publié le , mis à jour le
Son nom ne vous dit peut-être rien, pourtant ce pionnier a offert au monde les premières images photographiques de l’Orient. C’est à l’occasion d’un périple d’une audace rare autour de la Méditerranée, dans la première partie du XIXe siècle, que  Girault de Prangey réalisa plus de 1 000 daguerréotypes, dont une partie était exposée l’an dernier au Metropolitan Museum de New York. Aujourd’hui, sa ville natale de Langres lui rend un vibrant hommage en dévoilant ses nombreux talents, avant que le musée d’Orsay ne revienne sur son œuvre photographique en novembre prochain. Portrait d’un intrépide touche-à-tout.
Joseph-Philibert Girault de Prangey, Autoportrait présumé
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Joseph-Philibert Girault de Prangey, Autoportrait présumé, 1840

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Daguerréotype • 12 x 9,5 cm • Coll. BnF, Paris • © BnF, Paris

Ne vous fiez pas aux apparences, l’aristocratie ronflante du patronyme de Joseph-Philibert Girault de Prangey n’en fait pas moins un des grands aventuriers du XIXe siècle ! Et un incroyable défricheur de trésors architecturaux. Né en 1804, Girault de Prangey se retrouve orphelin à tout juste 20 ans, et devient le seul héritier d’une large fortune incluant un hôtel particulier à Langres, sa ville natale, et de nombreuses terres alentour. Séduit par l’art, la botanique et l’histoire, il étudie aux Beaux-Arts de Paris et prend des leçons auprès des plus grands peintres de paysages de l’époque, puis, de retour à Langres, rejoint un petit groupe d’érudits s’intéressant à l’histoire de la ville, riche de ruines de l’époque romaine jusqu’au XVIIIe siècle.

Joseph-Philibert Girault de Prangey, Promenade et tours d’enceinte du palais de l’Alhambra à Grenade
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Joseph-Philibert Girault de Prangey, Promenade et tours d’enceinte du palais de l’Alhambra à Grenade, 1833

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Huile sur toile • 90 × 100 cm • Coll. Musée d’Art et d’Histoire, Langres

Dès 1831, armé de carnets de notes et de dessin, le jeune artiste part à l’aventure en Italie, puis en Tunisie, Algérie, Espagne et Sicile, sur les traces d’autres ruines historiques, et se passionne déjà pour ce que l’on appelait l’architecture « arabe ». Il réalise notamment de nombreuses esquisses des jardins de l’Alhambra, en Andalousie, dont il tire, à son retour en France, des recueils de lithographies et un essai. Il construit même une nouvelle villa près de Langres, dont les jardins se veulent une réplique de ceux de l’Alhambra !

Joseph-Philibert Girault de Prangey, Mosquée du Sultan al-Hakim, Le Caire
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Joseph-Philibert Girault de Prangey, Mosquée du Sultan al-Hakim, Le Caire, 1842–1843

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Daguerreotype • 24 × 9,4 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York

C’est en 1841 que Girault de Prangey découvre les prodiges de la photographie, medium récemment inventé dont il apprécie la précision inégalée. Il se fait d’abord la main en immortalisant de grands monuments parisiens, tels que Notre-Dame de Paris, avant de poursuivre ses recherches sur l’architecture antique et arabe grâce à ce procédé. L’année suivante, il se lance ainsi, en solitaire, dans un périple extraordinaire de trois ans autour de la Méditerranée, lesté de près de cinquante kilos de matériel photographique. Car, à l’époque, la photographie est un procédé très lourd – littéralement. Non seulement la caméra qu’il emporte est encombrante, mais il doit aussi se munir de centaines de plaques photosensibles : les daguerréotypes.

Cette innovation majeure de Louis Daguerre date de quelques années seulement, puisque ce dernier a finalisé ses recherches en 1837. Si le procédé photographique n’est pas nouveau, la grande découverte de l’inventeur est la création de clichés permanents, exploitables à travers le temps grâce à l’utilisation de l’iode comme fixateur d’image. Jusqu’ici, les images avaient tendance à disparaître rapidement, et les temps de pose nécessaires se comptaient en heures, contre quelques secondes à une dizaine de minutes seulement avec le daguerréotype. Chaque plaque – ou subdivision de plaque exposée (car Girault de Prangey extraira jusqu’à huit clichés par plaque) – donne une image unique, et non reproductible.

Joseph-Philibert Girault de Prangey / Auguste Mathieu, Dome, mosquée Khayrbak, Le Caire / Mosquée du Caire
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Joseph-Philibert Girault de Prangey / Auguste Mathieu, Dome, mosquée Khayrbak, Le Caire / Mosquée du Caire, 1843 / 1846

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Daguerreotype / Lithographie d'après un daguerreotype • 12,1 x 19,1 cm / 56,9 x 39,7 cm • Coll. BnF, Paris / Coll. Joyce F. Menschel Photography Library Fund

Girault de Prangey s’éprend donc du médium, et part à la conquête de l’Est méditerranéen, d’abord en Italie, puis en Grèce, Turquie, Égypte et jusqu’en Syrie, qui englobait à l’époque le Liban, la Jordanie, Israël et les territoires palestiniens actuels. Un voyage de trois ans dont il tire plus de 1 000 images : des paysages, quelques portraits, mais surtout des monuments locaux. « La quantité de plaques daguérriennes qu’il rapporta est considérable, elles remplissent d’immenses caisses et sont classées avec un ordre parfait », racontera l’artiste Henry Brocard dans la notice nécrologique de Girault de Prangey en 1892. Aucun autre photographe de l’époque n’avait entrepris une excursion de cette taille, ni rapporté autant de clichés d’une telle qualité. Car les conditions sont difficiles, au-delà du poids du matériel : la luminosité dans les zones désertiques est très forte et rend la prise d’images techniquement ardue. Par ailleurs, l’artiste innove à l’aide de formats inédits, notamment des panoramas verticaux, comme celui de la colonne Trajane à Rome, qui comptent parmi les premiers de l’histoire de la photographie !

Joseph-Philibert Girault de Prangey, Temple de Vesta, Rome
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Joseph-Philibert Girault de Prangey, Temple de Vesta, Rome, 1842

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Daguerreotype • 9,5 × 24,1 cm • Coll. W. Bruce and Delaney H. Lundberg Collection

Ses daguerréotypes sont conçus comme de précieux objets.

La France du début du XIXe siècle se passionne pour les antiquités et l’Orient depuis la campagne d’Égypte de Napoléon Bonaparte (de 1798 à 1801) et le travail de Jean-François Champollion, dont les premières découvertes sur les hiéroglyphes paraissent en 1822. Girault de Prangey partage cet engouement. À travers ses photos de monuments historiques du pourtour méditerranéen, il se veut un explorateur scientifique des différences entre les monuments d’Orient et d’Occident. Ses clichés font de lui un véritable pionnier de la photographie d’architecture, alors que cette dernière n’est elle-même qu’une discipline naissante. Ses daguerréotypes sont conçus comme de précieux objets, mais surtout comme des témoignages de données archéologiques majeures, qui serviront également à l’élaboration de tableaux et de lithographies, par Girault de Prangey lui-même ou par d’autres. Et ces représentations seront utilisées pour illustrer de nombreuses publications scientifiques, certaines de Girault de Prangey lui-même.

Mais les daguerréotypes constituent le cœur de son œuvre. Certains demeurent, encore aujourd’hui, les premières sinon les seules traces photographiques de villes ou de sites archéologiques majeurs, transformés ou détruits depuis les années 1840. Ainsi Girault de Prangey immortalisa-t-il entre deux rénovations la mosquée de ‘Amr ibn al-‘As au Caire, première mosquée jamais construite en Égypte et en Afrique. À son retour en 1845 à Langres, l’artiste publie à ses frais des ouvrages présentant les monuments et paysages orientaux immortalisés au cours de son périple, et commence vingt ans plus tard l’inventaire de son impressionnant catalogue d’images. Il finira sa vie dans sa « villa mauresque » proche de Langres, se consacrant à son autre passion, la botanique, et occasionnellement à la photographie de ses plantes exotiques. Il s’éteint seul en 1892, à 88 ans.

Joseph-Philibert Girault de Prangey, Palmiers près de l’église des Saints Théodores, Athènes
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Joseph-Philibert Girault de Prangey, Palmiers près de l’église des Saints Théodores, Athènes, 1842

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Daguerreotype • 24 × 19 cm • Coll. BnF, Paris

À sa mort, Girault de Prangey est sans héritier et son patrimoine, y compris ses daguerréotypes, sombre dans l’oubli. Il faudra attendre près de trente ans, en 1920, pour qu’un membre de sa famille éloignée, le comte Charles de Simony, rachète la demeure de l’artiste et y découvre les boîtes en bois dans lesquelles l’artiste avait méticuleusement rangé sa collection. Après la guerre, en 1947, Charles de Simony perçoit la valeur potentielle de ces clichés quand il est approché par des amateurs américains. Il commence alors à vendre des images à la BnF et à quelques collectionneurs, mais il faut attendre la fin du XXe siècle pour que les œuvres de Girault de Prangey se fassent connaître du grand public, à la faveur de la première exposition dédiée à l’artiste au musée de Langres en 1998. Au même moment, les héritiers de Charles de Simony mettent en vente plusieurs plaques à prix fort. Les daguerréotypes sont depuis entre les mains d’institutions majeures, comme la BnF, le Getty Museum de Los Angeles ou la Collection nationale du Qatar. Impossible de savoir combien existent au total, l’artiste n’ayant jamais complètement inventorié sa collection. Comme si cet excavateur de secrets d’Orient avait voulu, lui aussi, garder sa part de mystère.

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Monumental Journey : The Daguerreotypes of Girault de Prangey

Du 30 janvier 2019 au 12 mai 2019

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Mille et un Orients, les grands voyages de Girault de Prangey (1804-1892)

Du 17 juillet 2021 au 30 septembre 2021

www.musees-langres.fr

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Girault de Prangey, photographe

Du 3 novembre 2020 au 7 février 2021

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