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Beatrix Potter, Le Conte de Benjamin Lapin, Pierre avec un mouchoir, 1908
Aquarelle et crayon sur papier • © National Trust Images.Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
Siroter une camomille au coin du feu tout en observant par la fenêtre le spectacle charmant de la campagne anglaise… C’est l’envie qui nous prend lorsque l’on se plonge dans les tendres contes écrits et illustrés au début du XXe siècle par la célèbre auteure anglaise Beatrix Potter. Tout un univers élégant et enchanté auquel redonne vie le V&A à l’occasion d’une exposition monographique comprenant plus de 200 objets personnels et ce qu’il faut de distractions pour les bambins – entre les trous de souris dans les murs et les costumes des personnages à enfiler. Plus d’un siècle après sa création, le charme de ce petit monde imaginaire continue d’opérer, sur les petits comme les grands…
Installation dans l’exposition
© Victoria and Albert Museum, London. Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Helen Beatrix Potter, née le 28 juillet 1866, n’a pas grandi au milieu des champs et des animaux, mais au numéro 2 de Bolton Gardens à Kensington, quartier très chic de l’Ouest londonien. Ici, elle reçoit une éducation complète de petite fille issue de la bourgeoisie (ses deux grands-pères ont fait fortune et son père est avocat), encouragée par sa nurse puis ses deux gouvernantes. À neuf ans, la fillette boulimique de littérature se dit « absorbée » par les gravures sur bois de John Tenniel, devenu célèbre pour ses illustrations d’Alice au pays des merveilles. Son ouvrage préféré : un recueil d’oiseaux dessinés par Jemima Blackburn, qu’elle s’amuse à recopier sur de petits carnets.
Page d’un carnet de croquis de Beatrix Potter (à l’âge de 9 ans)
Linder Bequest © Victoria and Albert Museum, London. Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
Cette passion pour l’art et la nature, Beatrix la partage avec son petit frère Bertram (qui deviendra plus tard un talentueux graveur et peintre de paysages). Ensemble, ils élèvent et étudient leurs animaux de compagnie : des grenouilles, une tortue, des salamandres, des chauves-souris, des souris et des lapins. Une vraie ménagerie ! Sans oublier la grande armoire renfermant dans leur chambre une fabuleuse collection d’insectes, de coquillages, d’œufs d’oiseaux et de roches.
Les après-midi, la jeune artiste esquisse tout ce qu’elle peut : animaux, fossiles, herbes… Ce qui lui permet à quinze ans de décrocher d’excellentes notes en dessin et poterie lors de ses cours du soir au South Kensington Museum. Son talent précoce n’échappe d’ailleurs pas au célèbre peintre préraphaélite John Everett Millais, voisin et ami de son père, qui lui fait remarquer son sens inné de l’observation…
Une aptitude que Beatrix Potter va développer encore davantage en achetant en 1892 un microscope. Grâce à l’instrument, la jeune femme de vingt-six ans peut minutieusement tracer les poils, les plumes, les ailes de papillon et surtout… les germes de champignons ! Prise d’une véritable passion pour la mycologie, elle collecte puis dessine les différentes espèces aux teintes et formes variées, spéculant sur leur méthode de reproduction. Elle écrit même un article à propos de la germination, qu’un ami présentera à la Linnean Society of London à sa place – les femmes n’ayant pas le droit d’y assister. Ses dessins d’une stupéfiante précision servent aujourd’hui encore aux scientifiques.
Beatrix Potter, « La souris au travail : Enfiler l’aiguille » dans Le tailleur de Gloucester, 1902
Aquarelle, encre et gouache sur papier • © Tate/ Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
Sa véritable aventure artistique démarre en septembre 1893. Désirant remonter le moral de Noel, le fils malade de son ancienne gouvernante et amie Annie Moore, Potter lui envoie une lettre figurant pour la première fois son plus célèbre personnage : Peter Rabbit, inspiré de son propre lapin de compagnie, Peter Piper, « prêt à jouer des tours lorsqu’il a faim », capable de sonner une cloche et de jouer du tambourin. Plus tard, elle griffonne une grenouille « gentleman » dans une seconde lettre destinée au frère de Noel, Éric. Puis c’est au tour de leur sœur Norah de pouvoir admirer un écureuil sur une autre missive.
Son idée : concevoir un ouvrage qui tienne entre les mains d’enfants, vendu à un prix accessible et richement illustré.
Vivement encouragée par la mère des enfants, Beatrix Potter se lance quelques mois plus tard dans la réalisation d’un livre. Son idée : concevoir un ouvrage qui tienne entre les mains d’enfants, vendu à un prix accessible et richement illustré. Résultat, aucun éditeur ne veut l’imprimer. Qu’à cela ne tienne, elle décide de le publier elle-même, à seulement 250 exemplaires. Elle autorisera ensuite Frederick Warne & Co. à en diffuser une version abrégée et en couleurs qui connaîtra cinq éditions en un an : « Le public doit adorer les lapins ! Quelle épouvantable quantité de Peter vendus », s’étonne la maison.
Beatrix Potter, « Madame Lapin versant le thé pour Pierre » dans Pierre Lapin, 1902
© Victoria and Albert Museum, London, courtesy Frederick Warne & Co Ltd. Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
Noisette l’écureuil, Deux vilaines souris, Jérémie Pêche-à-la-Ligne, Jeannot Lapin, Le tailleur de Gloucester… Deux livres de contes sont publiés par an. Beatrix Potter y décrit, toujours à la manière d’une lettre écrite à un enfant, les aventures rocambolesques d’animaux de la forêt anthropomorphisés. Les illustrations, de douces aquarelles émergeant du papier sans cadre, mettent en scène les créatures dessinées avec un grand réalisme, entourées de végétation et de fleurs finement tracées. Ils sont souvent pris sur le vif, en plein vol de laitue ou tentant d’échapper aux humains. Peter Rabbit, par exemple, est un lapin rondouillet malin et facétieux, vêtu d’un gilet et chaussé de mini sabots, habitué à chaparder dans le potager de monsieur MacGregor… C’est cocasse, insolite et tendre. De quoi conquérir le cœur de tous les publics !
Rubert Potter, Beatrix Potter, âgée de 15 ans, avec son chien, vers 1880–1881
impression sur papier • Linder Bequest. © Victoria and Albert Museum, London, courtesy Frederick Warne & Co Ltd. Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
« Je n’invente pas, je copie » prétend Beatrix Potter qui aura, tout au long de sa vie, pas moins de 92 animaux de compagnie ! Elle retranscrit ainsi minutieusement leurs attitudes et leur physionomie mais s’inspire aussi de son propre environnement pour dépeindre leur univers, en témoigne les chaises de ses petites souris correspondant à l’exact modèle de la marque Thonet, qu’elle avait obtenu de sa grand-mère ! « Je ne me souviens pas d’un temps où je n’essayais pas de m’inventer un royaume de conte de fées » raconte aussi Potter, influencée par l’imaginaire romantique et féerique en vogue dans l’Angleterre victorienne.
En juillet 1905 cependant, à l’âge de trente-neuf ans, elle se met à bâtir son propre conte de fées à Hill Top Farm, un cottage (devenu un musée consacré à l’artiste) situé dans le Lake District, au nord de l’Angleterre. Un lieu idyllique qu’elle restaure après la tragique disparition de son mari, l’éditeur Norman Warne, décédé seulement un mois après leur mariage. Quatre ans plus tard, elle achète une autre propriété dans la même région et se remarie en 1913, avec un avocat de la région, William Heelis. Une nouvelle vie s’offre à elle, dans laquelle le dessin laisse place à l’agriculture : Beatrix Potter devient éleveuse de moutons, se consacrant à la conservation des terres et des techniques agricoles traditionnelles.
Beatrix Potter,, Madame Tiggy-Winkle, novembre 1904 – juillet 1905
Aquarelle et encre sur papier • © National Trust Images. Beatrix Potter: Drawn to Nature at the Victoria and Albert Museum, London, 12 February 2022 – 8 January 2023.
À sa mort, le 22 décembre 1943, à l’âge de 77 ans, l’auteure lègue 14 fermes et plus de 4 000 acres à l’association National Trust. Son amour inconditionnel de la nature, l’artiste l’aura ainsi transmis aux générations futures à travers sa vie comme ses contes, qui demeurent aujourd’hui encore d’indétrônables classiques des bibliothèques enfantines, dont les récentes adaptations 3D au cinéma ont de quoi leur assurer encore de beaux jours.
Beatrix Potter : Drawn to Nature
Du 11 février 2022 au 8 janvier 2023
Victoria and Albert Museum • Cromwell Road • SW7 2RL Londres
www.vam.ac.uk
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