Alors que le Printemps du dessin bat son plein avec une myriade d’événements dans toute la France, la capitale n’est pas en reste. Tandis que le Salon du dessin s’est emparé du palais Brongniart avec son cortège de grands maîtres, la foire Drawing Now, consacrée à la création contemporaine, vient d’ouvrir ses portes au Carreau du Temple.
Encre, pastel, fusain, stylo-bille : la variété des propositions nous a cette année encore emballés. Emil Ferris, Nazanin Pouyandeh, Kris Knight, Morgane Ely… Zoom sur 10 artistes toutes générations confondues, dont le talent démontre l’infinie vitalité du dessin contemporain.
Susanna Inglada, Alboroto, 2025
Fusain sur papier coloré • 192 × 182 cm • Courtesy Susanna Inglada / Galerie Maurits Van de Laar, Toussaintkade
Lauréate de la 14e édition du prix Drawing Now, Susanna Inglada (née en 1983) crée d’époustouflants collages à partir de fragments dessinés au fusain, à l’encre et, dans une moindre mesure, à l’acrylique. Une fois assemblés, ces derniers forment une narration puissante autour de questions liées aux luttes de pouvoir, aux systèmes d’oppressions, aux inégalités entre les genres. Semblables à des pantins désarticulés, les corps s’entremêlent dans une danse furieuse, nous embarquant, sur le stand de la galerie Maurits van de Laar, dans leur lutte contre des forces invisibles mais néanmoins destructrices.
À voir sur le stand
Galerie Maurits van de Laar • C15
Nina Mae Fowler, Leather, 2025
Fusain sur papier • 260 × 209 cm • Courtesy Nina Mae Fowler / Galerie Suzanne Tarasieve, Paris
10 ans, c’est le temps qu’il aura fallu à Nina Mae Fowler (née en 1981) pour achever cette composition monumentale, qui attire irrésistiblement l’œil sur le stand de la galerie Suzanne Tarasieve. Le trait virtuose de la dessinatrice britannique nous plonge dans l’envers du décor du glamour hollywoodien, façon roman noir. Un œil cinéphile aura ainsi reconnu Marlene Dietrich en pleine extase, mais aussi Ava Gardner, Elizabeth Taylor ou encore Elvis Presley, dont la silhouette domine cette improbable scène et semble prête à se jeter dans le vide. Teinté d’inquiétante étrangeté, cette œuvre dialogue avec une série de portraits inspirés d’archives de films, eux aussi réalisés au fusain.
À voir sur le stand
Galerie Suzanne Tarasieve • A11
Thibaut Huchard, Cuius Culpa Est, 2025
Stylo acrylique et or sur toile de lin • 155 × 80 cm • Courtesy galerie Valérie Delaunay, Paris
Au feu, Notre-Dame brûle ! Sur le stand de la galerie Valérie Delaunay, le souvenir de l’incendie qui a ravagé la cathédrale en 2019 se mue en retable apocalyptique. Dans cette composition dantesque à l’encre, rehaussée d’acrylique dorée, Thibaut Huchard (né en 1987) multiplie les références à l’histoire de l’art, des frères Van Eyck à Jérôme Bosch, qu’il associe à des motifs contemporains, puisés notamment dans la pop culture. À la fois drôle et effrayant, l’ensemble foisonne de détails étonnants et n’a rien à envier à la folle inventivité des maîtres flamands.
À voir sur le stand
Galerie Valérie Delaunay • C11
Elene Usdin, Robert Memories, 2023
Crayon et gouache sur papier • 150 × 200 cm • Courtesy Elene Usdin / Galerie Barbier, Paris
Impossible de ne pas être instantanément happé par les couleurs vibrantes des œuvres d’Elene Usdin (née en 1971), à qui la galerie Barbier consacre un solo show. Diplômée en 1996 de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, cette artiste protéiforme est à la fois photographe, illustratrice et autrice de bande dessinée (notamment du très beau René.e aux bois dormants paru chez Sarbacane). Son œuvre graphique, qui fait la part belle au rêve et à la fantaisie, est peuplée de figures énigmatiques et d’étranges créatures (méduses fluorescentes, monstres gentils, poupées…) qui semblent tout droit sorties d’un conte fantastique.
À voir sur le stand
Galerie Barbier • C17
Emil Ferris, Karen and her Stick, 2021–2023
Stylo bille sur papier • 23 × 30 cm • Courtesy Galerie Martel, Paris-Bruxelles
Faut-il encore présenter Emil Ferris (née en 1962) ? L’autrice de la saga Moi, ce que j’aime, c’est les monstres (éd. Monsieur Toussaint Louverture), succès planétaire couronné de nombreux prix, nous ensorcelle sur le stand de la galerie Martel avec une sélection de dessins originaux extraits de son œuvre culte. On y retrouve l’irrésistible Karen croquée au stylo-bille, technique de prédilection de la dessinatrice, qu’elle manipule avec une intensité et une virtuosité rare. De quoi donner envie de replonger illico dans les invraisemblables aventures de la jeune héroïne.
À voir sur le stand
Galerie Martel• B16
Nazanin Pouyandeh, Sans titre, 2023
Technique mixte sur papier • 49 × 34,5 cm • Courtesy Nazanin Pouyandeh / Templon, Paris – Bruxelles – New York / Photo © Laurent Edeline
Sur le stand de la galerie Templon, on a aimé la fantaisie sans limite d’Antoine Roegiers et les délires cauchemardesques d’Oda Jaune, mais l’on a aussi été subjugué par les têtes tatouées de Nazanin Pouyandeh (née en 1981), peintre d’origine iranienne installée à Paris. Une joue se pare de précieuses écailles, sur un front s’envolent des oiseaux, tandis que d’une oreille s’échappe un dragon semblable à ceux qui orne les soieries chinoises… En couvrant de motifs enchanteurs les sublimes visages de ces jeunes femmes, l’artiste fait se télescoper les époques et les arts. Une délicate invitation au rêve.
À voir sur le stand
Galerie Templon • A4
Kris Knight, Half Sleeper, 2025
Pastel, crayon sur papier préparé teinté à la main • 40,6 × 30,5 cm • Courtesy Kris Knight / Galerie Alain Gutharc, Paris
Sur le stand de la galerie Alain Gutharc, le Canadien Kris Knight (né en 1980) défie les codes de la virilité avec une infinie sensibilité. À quoi rêvent donc ces beaux jeunes hommes au regard lointain ? Ici, ils s’abandonnent à leurs pensées dans une forme de mélancolie heureuse, qui gagne irrépressiblement le spectateur, plongé à son tour dans une profonde introspection. À ces délicats portraits répondent ceux, plus oniriques encore, de l’artiste Edi Dubien. Un accrochage queer particulièrement réussi.
À voir sur le stand
Galerie Alain Gutharc • A8
Vue des œuvres de Morgane Ely présentées par la galerie Paris·B, Paris
à gauche : Kaoru Kuroki, 2024
150 × 112 cm
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au centre : Série « Binibon », 2025
30 × 21 cm (chaque)
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à droite : « So you are breaking up with me because I’m too blonde ? », 2024
70 × 70 cm
Gravure sur bois courbée et encrée
S’emparer d’icônes de la pop culture pour les élever au rang d’œuvres d’art, c’est toute la démarche de Morgane Ely (née en 1995). Diplômée des Beaux-Arts de Paris, elle reprend des images a priori « pauvres » glanées sur internet, qu’elle grave et rehausse parfois de peinture fuchsia. Une technique bluffante qui demande de longues heures de travail. Ses modèles préférées ? Les candidates de téléréalité et autres « bad bitches » hypersexualisées qui se muent en héroïnes féministes hyper badass… Un vent de subversion souffle sur le stand de la galerie Paris-B !
À voir sur le stand
Galerie Paris-B • B1
Tudi Deligne, Pink Angel, 2025
80 × 60 cm • 80 × 60 cm • Courtesy Tudi Deligne / Galerie Lara Sedbon, Paris
L’IA va-t-elle remplacer les artistes ? Non, assurément. En témoignent, sur le stand de la galerie by Lara Sedbon, les pastels hypnotiques de Tudi Deligne (né en 1986) habités de formes organiques et fragmentées. L’œil croit d’abord reconnaître un corps ou un fluide, avant de s’abandonner simplement à la contemplation de cet univers unique, né d’un dialogue fertile entre l’intelligence artificielle et l’intelligence de la main. L’alliance très réussie de l’homme à la machine.
À voir sur le stand
Galerie by Lara Sedbon • B18
Peter Depelchin, The Great God Pan, 2020
Crayon sur Papier CIAT • 245 × 350 cm • Courtesy Peter Depelchin / Husk Gallery, Bruxelles
Pas de répit pour vos yeux ! Sur le stand de la Husk Gallery, le dessinateur virtuose Peter Depelchin (né en 1985) nous embarque dans un univers fantasmagorique foisonnant, dans lequel cohabitent de multiples références aux maîtres anciens associées à des formes géométriques et même à des phénomènes astronomiques. La pièce maîtresse du stand, The Great God Pan, qui rend hommage au célèbre dieu de l’Antiquité, démontre à elle seule toute la force et la vitalité du dessin contemporain. Hallucinant !
À voir sur le stand
Husk Gallery • C8
Drawing Now Art Fair Paris 2025
Du 27 mars 2025 au 30 mars 2025
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller • 75003 Paris
www.carreaudutemple.eu
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