Giovanni Boldini, Portrait de James McNeill Whistler, 1897
Huile sur toile • 170.8 × 94.6 cm • Coll. musée de Brooklyn, New York • © Brooklyn Museum
James Abbott McNeill Whistler, Symphonie en blanc ou La Petite Fille Blanche, 1864
Rêveuse japonisante
Ce portrait d’une femme rêveuse est l’un des chefs-d’œuvre de cette exposition. Comme beaucoup de peintres impressionnistes et d’artistes de son époque, Whistler collectionne les estampes japonaises et la porcelaine asiatique – dont de très beaux exemples sont présentés dans le parcours. Ces inspirations transparaissent pleinement dans ce portrait délicat, que ce soit à travers le reflet du modèle dans le miroir, l’éventail nippon, la présence décorative de fleurs roses translucides (travaillées au doigt !) sur fond noir dans le coin inférieur droit, les forts contrastes et l’asymétrie de la composition.
Huile sur toile • 76,5 x 51,1 cm • Coll. Tate Britain, Londres • © Tate Britain
James Abbott McNeill Whistler, Variations en violet et vert, 1871
Inspiration nipponne
Bien que différent des autres impressionnistes, Whistler se rapproche d’eux par sa liberté de touche, ses couleurs tendres et pâles, un goût pour les paysages brumeux, et des cadrages audacieux inspirés par les estampes japonaises. Avec ce paysage vertical, le peintre opte pour une composition très nipponne, asymétrique et décentrée, scandée par des lignes diagonales, avec un grand vide laissé au centre, ainsi qu’une plus grande place accordée à l’eau qu’au ciel et à la terre. Le tout assorti de petits personnages délicats, évoquant des geishas à ombrelles, et de fleurs décoratives semés en bas de l’image !
Huile sur toile • 61,5 x 36 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Andrée Karpelès, Symphonie en blanc, 1908
Dame whistlerienne
Ce tableau de la peintre Andrée Karpelès (1885–1956) fait partie d’une constellation de portraits féminins en blanc qui gravitent, dans une belle salle introductive, autour d’Harmonie en blanc et bleu (1872–1874) de Whistler. Si le style de chaque artiste demeure unique, l’exposition entend démontrer « l’effet papillon » produit par la peinture de Whistler, qui a transmis à ses pairs la fièvre du « whistlerisme ». Les ingrédients récurrents de cette recette : des figures féminines hiératiques, une absence de profondeur, une palette restreinte variant du blanc au gris, et une peinture appliquée sous la forme d’un voile très fin, qui donne un aspect vaporeux au sujet représenté.
Huile sur toile • 142,5 x 79,7 cm • Coll. musée d'arts de Nantes • © droits réservés -Musée d'arts de Nantes / Photo Cécile Clos
Heinrich Kühn, Étude (Study), 1911
Spectre photographique
Si les photographes pictorialistes sont influencés par la peinture, Whistler est en retour très inspiré par la photographie. « Sa matière picturale, très fine, vient imprégner le support à la manière des sels d’argent qui révèlent l’image photographique », explique la co-commissaire Florence Calame-Levert. Ce tirage mystérieux du photographe autrichien Heinrich Kühn (1866–1944), réalisé en 1911, fait ainsi écho de manière surprenante au portrait Harmonie en blanc et bleu de Whistler, non seulement par sa matière, son flou et sa pâleur, mais aussi avec cette ombre projetée sur le mur derrière le modèle, et l’évanescence de la femme représentée, qui semble nous échapper tel un fantôme…
Héliogravure à la manière noire • 18,7 x 13,8 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
James McNeill Whistler, Gris et argent : Chelsea Wharf (Grey and Silver: Chelsea Wharf), vers 1864-1868
Paysage brumeux
« Pour Whistler, un tableau est totalement dégagé du sentiment, de la morale, ou de la politique : c’est un ordonnancement de formes et de couleurs qui va nous procurer une sensation » explique la commissaire. En travaillant avant tout la composition, les teintes et la matière de ses toiles, qu’il retravaille sans cesse par grattage, l’Américain peint ainsi de nombreux paysages brumeux, comme ce quai londonien avec ses grues de levage plongées dans le brouillard (exposé au côté de l’une des vues du Parlement de Londres par Claude Monet), où les formes se dissolvent pour tendre vers un résultat quasiment abstrait…
Huile sur toile • 61 × 46 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington • © National Gallery of Art Washington
Alfred Stieglitz, Nuit glaciale (Icy Night), 1903
Lueurs mystérieuses
Sous forme de peintures ou de lithographies en noir et blanc, Whistler crée d’énigmatiques paysages nocturnes, comme des lumières électriques luisant au bord de l’eau dans un bain gris-bleu, ou, sur fond noir, une éclaboussure de feu (presque abstraite) lors d’un spectacle pyrotechnique. Une ambiance proche de celle capturée ici par le photographe Alfred Stieglitz (1864–1946) dans cette vue nocturne d’une rue enneigée bordée d’arbres, avec, au loin, la lueur des réverbères créant des halos mystérieux dans la brume…
Héliogravure • 13 x 16 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
James Abbott McNeill Whistler, Arrangement en gris et noir n° 1, ou La Mère de l’artiste, 1871
Composition moderne
Ce portrait de la mère de Whistler est l’un des plus célèbres tableaux de l’artiste. Si la pose figée du modèle, assise de profil sans nous regarder, et sa gamme chromatique lui confèrent une certaine austérité, l’œuvre interpelle aujourd’hui par la modernité de sa composition : la robe noire de la vieille femme se détache comme une forme abstraite sur un fond où s’imbriquent plusieurs rectangles et carrés de couleur unie, dont un monochrome gris figuré par le mur situé derrière elle. Si bien que cette peinture annonce les toiles d’artistes comme Kasimir Malevitch, Piet Mondrian et Mark Rothko !
Huile sur toile • 144,3 x 163,0 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Photo Jean Schormans
Mark Rothko, Light Red Over Black, 1957
Héritier moderne
Comme en écho à la première œuvre de l’exposition (une femme en noir et rouge tenant un éventail, par Whistler en 1891), le parcours se clôt par cette œuvre abstraite de Mark Rothko (1903–1970) peinte en 1957, plus d’un demi-siècle après le décès du dandy. Sur les murs adjacents, des paysages de Whistler et d’artistes cousins démontrent une dissolution progressive de la figure qui, peu à peu, tend vers des simples agencements de masses colorées aux contours flous. Une bonne façon de souligner la modernité visionnaire de Whistler et l’étendue de son héritage !
Huile sur toile • 230,6 x 152,7 x 38 cm • Coll. Tate Britain, Londres • © Tate Britain
James Abbott McNeill Whistler – L’effet papillon
Du 24 mai 2024 au 22 septembre 2024
Musée des Beaux-Arts de Rouen • Esplanade Marcel Duchamp • 76000 Rouen
mbarouen.fr
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Dandy raffiné
Assis négligemment de côté, la moustache et les sourcils frétillants, Whistler nous regarde d’un œil espiègle à travers son monocle tenu d’une main précieuse. Ce dandy effronté, qui fréquente à Paris le poète Stéphane Mallarmé et ne se déplace jamais sans sa fine canne en bambou sculpté (présente dans l’exposition), a servi d’inspiration à Marcel Proust pour le personnage du peintre Elstir dans À la recherche du temps perdu, et à Joris-Karl Huysmans pour celui de Jean des Esseintes dans À Rebours. Portraitiste virtuose du Paris mondain de la Belle Époque, le peintre italien Giovanni Boldini (1842–1931) le saisit ici au faîte de sa gloire, la Légion d’honneur figurée par un petit point rouge sur son habit noir.