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Normandie Impressionniste

David Hockney, « l’impressionniste » pop dans une expo en demi-teinte à Rouen

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Publié le , mis à jour le
C’est l’un des temps forts du festival Normandie Impressionniste, qui fête cette année les 150 ans du mouvement : le musée des Beaux-Arts de Rouen accueille au sein de ses collections une expo gratuite consacrée au pétillant peintre octogénaire David Hockney. Un artiste aux couleurs pop qui s’inspire beaucoup des impressionnistes et de la campagne normande, où il habite depuis 2019, pour y observer la nature au fil des saisons.
David Hockney, Wind on the Pond
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David Hockney, Wind on the Pond, 2023

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Acrylique sur toile • 91 x 122 cm • © David Hockney / Photo Jonathan Wilkinson

Pour ceux qui ne connaissent de lui que ses tableaux de piscines californiennes aux lignes nettes, ses villas géométriques et ses palmiers graphiques peints dans les années 1960, l’artiste britannique David Hockney (né en 1937) peut apparaître comme un invité surprenant au sein d’un festival normand consacré à l’impressionnisme ! Mais sa longue carrière est loin de se résumer à ces images iconiques du « Golden State ».

En 2019, l’artiste s’est installé dans une ferme du pays d’Auge, en Normandie, région chère aux impressionnistes. Comme ces derniers, il y observe avec émerveillement les pommiers en fleurs, les meules de foin, le cycle des saisons et les changements de lumière sur la campagne. En 2021, il exposait même un grand panorama normand au musée de l’Orangerie, en contrepoint des Nymphéas de Monet. « Hockney vit chaque passage de saison comme une fête. Il dit envier la chance qu’a eue Monet d’avoir pu voir 46 fois l’arrivée du printemps à Giverny ! », explique Florence Calame-Levert, commissaire de l’exposition rouennaise.

Des liens forts avec Monet

David Hockney, Self Portrait, 22nd November 2021
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David Hockney, Self Portrait, 22nd November 2021, 2021

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acrylique sur toile • 91 × 76 cm • © David Hockney / Photo Jonathan Wilkinson

Cette nature française qu’il observe au quotidien est représentée au centre du parcours par trois peintures à l’huile de 2023 dérivées d’œuvres sur iPad. L’une figure une maison à colombages entourée de pommiers en fleurs, les deux autres des étangs où flottent des feuilles de nénuphars. Deux superbes tableaux animés de couleurs lumineuses et de contrastes vibrants : sur l’un, l’étang se plisse de ridules sous l’effet du vent ; sur l’autre, le ciel bleu ponctué de nuages blancs et la végétation d’un vert vif éclatant s’y reflètent comme dans un miroir immobile.

Nymphéas, jeux de reflets, pont japonais, usage lumineux du blanc, méditation aquatique, cadrage qui oblitère le ciel et accorde davantage de place à l’eau qu’à la terre… Les liens avec l’impressionnisme, et en particulier avec l’œuvre de Monet, sont nombreux. Bien sûr, les différences sont également importantes : les aplats de couleurs pop, les contrastes tranchés et le style y sont le fruit d’autres influences comme le fauvisme d’Henri Matisse, l’art naïf du Douanier Rousseau et la palette stridente de Vincent van Gogh !

David Hockney, Giverny by DH
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David Hockney, Giverny by DH, 2023

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Huile sur toile • 91 × 122 cm • © David Hockney / Photo © Jonathan Wilkinson

C’est là que le bât blesse : ces éléments jurent terriblement avec les œuvres impressionnistes des collections du musée rouennais avec lesquelles ils sont mis en dialogue. À leurs côtés, les paysages brumeux de Monet qui ont été choisis (alors que d’autres œuvres auraient été plus à-propos tant en termes de motifs que de chromatisme) paraissent fades et jaunâtres.

Un dialogue inesthétique

Pierre-Auguste Renoir, Jeune Femme au miroir
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Pierre-Auguste Renoir, Jeune Femme au miroir, vers 1915

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Huile sur toile • 59,5 × 46,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Rouen

Ce dialogue inesthétique et peu pertinent se retrouve aussi dans la première salle, où la Jeune Femme au miroir d’Auguste Renoir (1915) semble perdue au milieu des portraits d’amis et connaissances normands d’Hockey – l’argument des « similitudes dans la construction et les carnations des visages », dixit la commissaire, peinant à convaincre. Certes, le miroir qu’elle tient dans sa main ferait référence à celui que Hockney a utilisé pour son autoportrait, ainsi qu’aux relations de l’artiste avec les maîtres du passé, qu’il « reflète » en les transformant, et à l’importance du reflet (sur l’eau) chez lui comme chez les impressionnistes – une justification tout de même artificielle.

L’artiste est si friand de l’iPad qu’à sa demande, Apple a même créé spécialement de nouveaux motifs préfabriqués.

En revanche, on apprécie les écrans qui nous montrent des œuvres sur iPad (support numérique que l’artiste utilise depuis son invention en 2010) en train de se faire – ce qui démontre toujours (comme c’était déjà le cas dans la superbe rétrospective Hockney présentée au Centre Pompidou en 2017) de façon ludique toute la virtuosité de l’artiste, sa rapidité, son extraordinaire capacité de synthèse et son génie de la composition.

Vue de l’exposition « Normandism » de David Hockney
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Vue de l’exposition « Normandism » de David Hockney, 2024

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© Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Des aplats de couleurs saupoudrés de points et barrés de quelques traits savamment placés suffisent ainsi à faire naître sous nos yeux un étang sous la pluie. L’artiste est si friand de cet outil qu’à sa demande, Apple a même créé spécialement de nouveaux motifs préfabriqués, parmi lesquels une petite feuille d’arbre stylisée, dont le peintre sème à l’infini ses tableaux numériques pour habiller ses arbres, comme s’il collait des gommettes.

Une « Moon room » avec des œuvres inédites

L’exposition est enfin sauvée par son point d’orgue : la « Moon room ». Plongée dans la pénombre, cette merveilleuse salle est consacrée à des œuvres inédites de David Hockney réalisées sur iPad et tirées sur papier : des paysages normands au clair de lune, saisis au fil des heures et des saisons, dans l’esprit des séries de Monet. Ces œuvres poétiques aux tons bleutés, sur lesquels tranchent les silhouettes noires des arbres, nimbées d’une lueur irréelle, rappellent tout autant les peintures nocturnes des surréalistes René Magritte et Paul Delvaux que la magie des estampes japonaises du XIXe siècle et du théâtre d’ombres.

David Hockney, 26th November 2020, No. 2
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David Hockney, 26th November 2020, No. 2, 2020

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peinture IPad • © David Hockney

« David Hockney a le génie d’être à la fois un grand classique et un immense moderne, sans qu’il y ait de contradiction entre les deux, insiste la commissaire. Il est toujours figuratif, mais transforme la réalité, par ses couleurs, son sens de la synthèse, sa remise en cause de la perspective classique… Il a énormément regardé les maîtres anciens et réfléchit constamment à la manière dont on peut révolutionner l’art en s’inspirant des classiques ». Un objectif sans conteste atteint !

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David Hockney. Normandism

Du 22 mars 2024 au 22 septembre 2024

mbarouen.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme David Hockney

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