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PHOTOGRAPHIE

Ken Domon, grand maître du réalisme japonais méconnu en France

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Publié le , mis à jour le
Son nom ne vous dit probablement rien et c’est normal : jamais le travail de Ken Domon (1909–1990) n’avait été montré en France. C’est désormais chose faite à la maison de la culture du Japon à Paris, qui consacre enfin à cette grande figure de la photographie nippone une rétrospective riche (et gratuite !) d’une centaine de clichés.
Ken Domon, Femmes se promenant, Sendai
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Ken Domon, Femmes se promenant, Sendai, 1950

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Photographie • © Ken Domon, Museum of Photography

Ken Domon : derrière ce nom largement méconnu en France se cache l’un des plus grands photographes du Japon, pionnier du réalisme. Il faut dire que les occasions de voir son travail exposé en France, et même en Europe, ont été bien rares… Fort heureusement, la maison de la culture du Japon à Paris comble enfin ce manque et rassemble jusqu’à l’été plus d’une centaine d’images réalisées par celui qui fut surnommé dans son pays – où il a un musée – le « diable de la photographie ». Le parcours, qui présente ses premiers travaux de photojournaliste jusqu’à ses dernières séries consacrées aux temples anciens, dessine en creux le portrait d’un photographe dont l’œil influencé par Henri Cartier-Bresson ou Eugene Smith a saisi la société japonaise dans toute sa complexité, dans son attachement aux traditions comme dans sa quête de liberté, dans ses moments de joie comme dans ses drames immenses. 

Ken Domon, Le Lézard, Kôto
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Ken Domon, Le Lézard, Kôto, 1955

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Photographie de la série « Enfants » • © Ken Domon, Museum of Photography

Né en 1909 à Sakata, dans le nord de l’île de Honshū, Ken Domon a fait ses débuts à 24 ans auprès de Yônosuke Natori, importante figure du photojournalisme, éditeur de la revue Nippon, alors diffusée au Japon et à l’international. Gargotes à sushis, fabricants de parapluies, jeunes pêcheurs de truite, rituels de bénédiction :  il réalise ses premiers reportages (destinés à promouvoir le Japon), dans un contexte où le pays plonge peu à peu dans le nationalisme. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, comme pendant toute la durée du conflit, sa pratique se soumet aux règles strictes de la propagande. Le photographe est alors contraint de documenter les sujets qui s’inscrivent dans la ligne du pouvoir, entre commémorations militaires et camps d’entrainement d’infirmières bientôt envoyées au front. Alors que de nombreuses revues se trouvent interdites de publication, Ken Domon reste l’un des rares photographes professionnels autorisés à exercer.

Un photographe engagé

Ken Domon, Carrefour à Ginza 4-chôme, Tokyo
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Ken Domon, Carrefour à Ginza 4-chôme, Tokyo, 1946

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Photographie • © Ken Domon, Museum of Photography

Alors que la photographie réaliste au Japon connaît, après la guerre, son apogée, les reportages de Ken Domon deviennent une référence. Ce dernier témoigne de l’effervescence d’un pays qui, pour panser ses traumatismes, se met en quête d’un renouveau artistique et intellectuel, et s’occidentalise : les femmes adoptent la mode américaine, les étals des marchands de journaux débordent de revues de cinéma… Attentif à ces grands bouleversements, le photographe n’est pas pour autant aveugle face aux inégalités. Il arpente les rues des quartiers populaires de Tokyo ou d’Osaka et tourne son objectif vers les enfants aux conditions de vie misérables, contraints, pour survivre, d’escalader des montagnes de déchets à la recherche de charbon. Jamais misérabilistes, ses images implacables, dans lesquelles pointe malgré tout une forme d’insouciance désarmante, suscite une vive émotion dans tout le Japon.

Ken Domon, À gauche, l’Enfant aveugle (1957). À droite, le Dôme de la bombe atomique et la rivière Motoyasu (1957)
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Ken Domon, À gauche, l’Enfant aveugle (1957). À droite, le Dôme de la bombe atomique et la rivière Motoyasu (1957)

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Photographies de la série " Hiroshima " • © Ken Domon, Museum of Photography

Une autre série, publiée dans un livre en 1958, provoque, elle aussi, un grand choc. Consacrée aux conséquences de la catastrophe d’Hiroshima, celle-ci fait en 180 clichés la synthèse d’un travail monumental qui compte plusieurs milliers de négatifs réalisés par Ken Domon en une trentaine de jours. Les images du photographe, accompagnées de son précieux témoignage, montrent sans fard la vie quotidienne de gens ordinaires, treize ans après l’explosion des bombes atomiques. Pour ce faire, Ken Domon s’est rendu au chevet des victimes dans les orphelinats et les instituts pour aveugles, photographiant sans pudeur les cicatrices, les malformations et la mort.

Au cœur de la tragédie, il traque l’espoir et la joie dans leurs moindres interstices, comme lorsqu’il capture l’insouciance d’un groupe d’enfants qui barbotent joyeusement dans une rivière, tandis que s’élève derrière eux l’inquiétant squelette d’un bâtiment en ruine (le dôme de la bombe atomique, transformé en musée du mémorial de la Paix). Ou encore lorsqu’il immortalise le bonheur poignant d’un couple grièvement blessé, célébrant, des années après le drame, la naissance de leur bébé en parfaite santé… La vie avant tout.

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Ken Domon – Le maître du réalisme japonais

Du 26 avril 2023 au 13 juillet 2023

www.mcjp.fr

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