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Fontainebleau

La recette des fêtes grandioses à la cour des Valois

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Bals somptueux, mascarades extravagantes, spectacles nautiques… Au XVIe siècle, de François Ier à Henri III, les fêtes battent leur plein à la cour des rois de France. Destinées à démontrer la puissance du royaume tout en faisant oublier les guerres, ces parades de séduction, auxquelles le château de Fontainebleau consacre une superbe exposition, mobilisent les plus grands artistes de la Renaissance. Voici les huit piliers d’une nouba réussie chez les Valois !

1. Des chars et des architectures éphémères

Jean Martin, Entrée de Henri II à Paris
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Jean Martin, Entrée de Henri II à Paris, 1549

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Gravure sur bois • © RMN-Grand Palais (musée de la Renaissance, château d’Ecouen) / Mathieu Rabeau

Après son sacre, le souverain fait une entrée royale dans la ville : un moment crucial qui mérite une fête éclatante sans limites de moyens ! Inspirés par la littérature de l’Antiquité et de la Renaissance, les plus grands artistes de l’époque tels que Jean Cousin l’Ancien (1500–1589), Le Tintoret (1518–1594) et Primatice (1503–1570), grand maître bolonais de l’école de Fontainebleau, griffonnent à la plume des obélisques et des arcs de triomphe éphémères aux décors foisonnants, ainsi que des chars fantasques, tirés par des éléphants ou des chevaux déguisés en licornes. À l’occasion de l’entrée d’Henri II à Paris en 1549, Jean Goujon conçoit même une sculpture de rhinocéros portant sur son dos un obélisque de 21 mètres de haut. Une célébration qui a fait date !

2. D’éclatantes salles de bal

Au XVIe siècle, les châteaux se parent de salles de bal exceptionnelles. D’une superficie de 300 m², celle de Fontainebleau, décorée sous le règne d’Henri II, est particulièrement somptueuse avec ses piliers habillés de lambris de chêne à pilastres cannelés, son plafond à caissons et ses fresques mythologiques. Enchevêtrements festifs de personnages peints par Nicolo dell’Abbate (1512–1571) sous la direction de Primatice, ces dernières représentent Bacchus, dieu du vin, une scène de préparation du pain, Apollon entouré de muses ou encore la déesse Éris jetant sa pomme d’or de la discorde au centre de la table d’un festin. Des œuvres dont certains des dessins préparatoires à la sanguine, prêtés par le MoMA de New York, sont présentés pour la première fois au château !

Salle de bal, château de Fontainebleau
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Salle de bal, château de Fontainebleau

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© Serge Reby

3. Des décors luxuriants

Rien n’est trop beau pour les Valois. À l’occasion du « Ballet comique de la Reine », donné pour célébrer les noces du duc de Joyeuse, favori du roi Henri III, un luxuriant jardin artificiel envahit la salle du Petit-Bourbon à Paris. Et lorsque la nature ne s’invite pas à l’intérieur, c’est la fête qui vient à elle. Sous Catherine de Médicis, de nombreux projets de fontaines, de grottes rustiques et de théâtres de verdure fleurissent pour les Tuileries, Chenonceau et Charleval. Le but ? Créer de véritables palais naturels où pourront se dérouler les plus belles fêtes en plein air !

Jardin de Catherine de Médicis, château de Chenonceau
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Jardin de Catherine de Médicis, château de Chenonceau

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Wikimedia commons

4. Des spectacles nautiques surréalistes

Parfois, ces célébrations à ciel ouvert s’animent de spectacles nautiques mêlant décors mobiles, machines improbables, figurants costumés et scénarios chorégraphiés. En témoignent deux des trois tapisseries de l’impressionnante Tenture des Valois (1575–1584) présentées dans l’exposition : sur l’étang aux Carpes du château de Fontainebleau, une île artificielle est installée pour mettre en scène l’attaque d’une tribu de « sauvages ». Sur le fleuve l’Adour, devant les ambassadeurs du roi d’Espagne invités par Catherine de Médicis, une baleine mécanique est attaquée par des guerriers vêtus à l’antique ou à l’orientale… avant que le calme ne revienne grâce à un concert de tritons jouant de la trompette, juchés sur une tortue géante animée ! Venue d’Italie, cette mode des automates fut importée notamment par Léonard de Vinci, qui a laissé sa marque à l’aube du XVIe siècle avec son lion mécanique créé pour François Ier.

Tenture des Valois, La Baleine
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Tenture des Valois, La Baleine, 1582–1585

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Tapisserie • Galerie des Offices, Florence

5. Des costumes extravagants

Entourage de Rosso Fiorentino, Costume de guerrier
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Entourage de Rosso Fiorentino, Costume de guerrier

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Encre, lavis, rehauts d’or, plume • Musée du Louvre, Paris • © RMN / Thierry Le Mage

Crêpe d’argent, houppes d’or, soie incarnate, pierres précieuses… La mode joue un rôle primordial dans ces réjouissances où les habits de draps d’or et d’argent brillent de mille feux, tout autant que les déguisements d’une inventivité folle dessinés par les artistes pour les ballets, pièces de théâtre et mascarades… au cours desquelles le roi François Ier surgit déguisé en ours, en arbre ou en crevette, et Henri II en fontaine parfumée ! Croqué par Bernardo Buontalenti, un costume délicat de nymphe en satin bleu, écailles d’argent, perles, coquillages et corail côtoie ainsi un homme-grenouille imaginé par Antoine Caron, ainsi qu’un loup coiffé d’une ville fortifiée et un chevalier à dos de cygne esquissés par Primatice… Des créations parfois si érudites que leur sens demeure énigmatique !

6. Des tournois sophistiqués

Joute, quintaine, bague, carrousel… Destinés à exalter la bravoure au combat, les tournois ont la cote au XVIe siècle et prennent de multiples formes. Là encore, armures étincelantes, décors, chevaux empanachés de plumes d’autruche et costumes colorés sont de sortie, comme en témoigne un tableau d’Antoine Caron, Carrousel à l’éléphant. Lors des fêtes de Bayonne de juin 1565, des boules de feu, ancêtres des feux d’artifice, se joignent même aux réjouissances !

Antoine Caron, Bastion à l’éléphant
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Antoine Caron, Bastion à l’éléphant, vers 1598

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Huile sur panneau • Coll. particulière, Paris • Wikimedia commons

7. De la musique et des danses endiablées

Qui dit fête dit, bien sûr, danse et musique. D’autant plus que sous le règne d’Henri III, deux bals sont organisés chaque semaine ! Lyre, viole, luth, clavecin, cornet, bombarde, flûte, violon… Au son de nombreux instruments (le musée de la Musique en prête plusieurs pour l’occasion, dont un remarquable orpharion – l’un des deux seuls conservés au monde – orné d’un Apollon et de muses sculptés), on danse la pavane, des voltes ou des gaillardes. Un spectacle immortalisé par des peintres de cour spécialisés qui détaillent aussi bien la grâce des postures que les somptueuses tenues des convives.

Anonyme, Bal à la cour des Valois
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Anonyme, Bal à la cour des Valois, 1850

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Huile sur bois • Musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Le Mage

8. Des témoignages tissés d’or

Tenture des Valois, Le Carnaval de 1564 à Fontainebleau
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Tenture des Valois, Le Carnaval de 1564 à Fontainebleau, 1582–1585

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Tapisserie • Galerie des Offices, Florence

Pour garder une trace de ces fêtes spectaculaires, la Tenture des Fêtes des Valois est tissée dans les ateliers de Bruxelles : un exceptionnel ensemble de huit tapisseries en laine et soie rehaussées de fils d’or et d’argent, narrant l’une un tournoi grandiose, l’autre un spectacle nautique mémorable. Envoyées à Florence par Catherine de Médicis pour le mariage de sa petite-fille, les voici au cœur de l’exposition, grâce à un prêt du Palazzo Pitti. Un témoignage unique de la splendeur des Valois !

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L’art de la fête à la cour des Valois

Du 10 avril 2022 au 4 juillet 2022

www.chateaudefontainebleau.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : École de Fontainebleau

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