En partenariat avec Fondation d'entreprise Martell

Mode, design, arts, dessin, vidéo, performance… Les œuvres soigneusement sélectionnées par le duo de curateurs d-o-t-s (Laura Drouet et Olivier Lacrouts) usent d’une grande diversité de mediums, parfois même olfactifs et sonores, pour déclencher un panel de sensations et activer ainsi les mécanismes de notre mémoire. Certaines réemploient des matériaux oubliés ou réveillent des espèces disparues, quand d’autres soulignent des traumatismes dont il est bon de tirer des leçons essentielles (sécheresses, inondations, bactéries dévastatrices…).
Piochées sur les cinq continents, elles racontent une mobilisation globale et nécessaire en pleine crise écologique. Leur rassemblement souligne l’ambition grandissante de la Fondation d’entreprise Martell (engagée en faveur de l’environnement depuis 2022) qui cherche à « provoquer la réflexion, susciter l’émotion, motiver l’engagement et enjoindre à l’action environnementale ».
Pour ce faire, le lieu accueille aussi des artistes en résidence tel que le designer Pablo Bras qui, à l’occasion d’une carte blanche, y dévoile le fruit de ses recherches visionnaires sur la question de l’énergie dans l’habitat. Ses objets disséminés recréent des micro-climats d’où s’échappent des courants d’air, des effets de chaleur, de ventilation… Épatant !
The Monkeys x Collider, « Tuvalu », capture d’écran
Transférer les données d’un archipel vers le cloud ? C’est la seule solution trouvée à ce jour pour sauvegarder la mémoire des îles Tuvalu. Situées au cœur de l’océan Pacifique, celles-ci devraient être totalement englouties avant la fin du siècle à cause de la montée des eaux. « Nous n’avons d’autre choix que de devenir la première nation digitale », déclarait le ministre Simon Kofe en 2021, lors de la conférence de la COP26 dans une vidéo où il est immergé jusqu’aux genoux. À mesure que la caméra se recule, surgit autour de lui une plage, des rochers et de l’eau numériquement ajoutés au paysage : l’œuvre de deux agences de création australiennes, The Monkeys et Collider, chargées de reconstituer en réalité virtuelle l’archipel – non seulement sa cartographie et ses reliefs, mais aussi ses courants marins, sa langue locale (le tuvaluan), ses traditions et ses légendes. Une œuvre colossale et poignante, qui constitue, peut-être, la première d’une longue série du même genre…
Vue de l’exposition « Memo. Souvenir Du Futur » à la Fondation d’entreprise Martell
© Pauline Assathiany
Felix Blume, Los Grillos del Sueño
© Félix Blume
Et si les grillons disparaissaient de la surface de la Terre ? Que jamais plus nous n’entendrons leur reposante stridulation ? C’est le scénario très probable inventé par l’artiste sonore Félix Blume. Alerté par la disparition des insectes (80 % au cours des trois dernières décennies), ce dernier a mené un atelier avec des enfants dans le centre culturel Cecrea de La Ligua, au Chili. Il leur a d’abord demandé d’élever un couple de grillons pour enregistrer le chant du mâle pendant la nuit, puis a mis au point des « grillons-haut-parleurs », tels des insectes robots. Ces substituts électroniques sont aussi devenus les héros d’un court-métrage réalisé avec ces apprentis artistes et ingénieurs. Une initiative aussi remarquable que poétique.
Suzanne Husky, Pour l’eau en été la terre avait prévu un castor, 2023
© Courtesy Galerie Alain Gutharc
L’artiste franco-américaine se devait d’apparaître dans cette exposition engagée : grande défenseuse des castors, elle présente ici des aquarelles prouvant leur rôle essentiel dans la biodiversité. Saviez-vous que le nom de ces mammifères semi-aquatiques avait influé sur celui de nombreuses rivières, de vallées et de villes en France et en Belgique ? Que le paysage s’en retrouverait bouleversé par leur absence ? « Le cours d’eau est déconnecté de la plaine », peut-on lire sous l’un de ses schémas. Ailleurs, ce sont même des traces de feu et de fumée qui se lisent dans la forêt alentour si ces ingénieurs de la nature disparaissent du paysage. « Le rapport du GIEC de 2022 préconise la collaboration avec les castors comme solution face au réchauffement climatique », explique Suzanne Husky, cultivant une démarche artistique qui flirte avec les sciences. Le résultat est d’une redoutable efficacité.
À gauche : Vue de l’exposition « Memo. Souvenir Du Futur » à la Fondation d’entreprise Martell ; À droite : Iamisigo, Collection SS2024
À gauche : © Pauline Assathiany ; À droite : © Bugu Ogisi
Un corset, un large pantalon et une grande veste tailleur style patchwork, le tout orné de bijoux en bronze… Difficile de savoir que ce look glamour, imaginé par la créatrice nigériane Bubu Ogisi, fondatrice et directrice artistique de la marque de mode I A M I S I G O, est fait de fibre végétale non tissée, plus particulièrement de tissus d’écorce. Il s’agit là d’un textile traditionnel proche du cuir qui provient de l’arbre Mutuba et qui nécessite un long processus de traitement. Porté par des membres de la famille royale ou des chefs spirituels, il a peu à peu disparu avec la colonisation et l’arrivée des missionnaires chrétiens. L’artiste revalorise ainsi ce matériau oublié qu’elle qualifie de « système magique », pour faire le lien entre les différentes générations africaines. Fascinant !
Memo. Souvenirs du futur
Du 13 juin 2025 au 4 janvier 2026
www.fondationdentreprisemartell.com
Fondation d'entreprise Martell • 16 avenue Paul Firino Martell • 16100 Cognac
www.fondationdentreprisemartell.com
Fondation d'entreprise Martell
Ouverture du mercredi au dimanche, de 14h à 19h
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