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Style en vogue durant le siècle de Louis XV, le rococo prend la suite du baroque. Son nom viendrait du mot rocaille, qui désigne les grottes et rochers artificiels. Le rococo, en effet, est un art d’illusionnisme, pour aristocrates et riches commanditaires de la cour. Incarné, dans la peinture française, par François Boucher et Antoine Watteau, il se caractérise par la recherche du luxe, le sujet frivole voire fripon, et une tendance nettement décorative. Considéré comme superficiel, le rococo subit les foudres des philosophes, en particulier Voltaire et Diderot. Il s’illustre aussi dans les arts décoratifs, l’architecture et la sculpture, avant de passer de mode dans les temps précédant la Révolution française.
Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, 1777
Huile sur toile • 73 × 93 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-GP / Stéphane Maréchalle
La société du XVIIIe siècle français est présentée comme décadente, par réaction au faste du siècle de Louis XIV. La consommation sexuelle est intense dans la haute société : des lieux sont dédiés au libertinage, les maisons et appartements abritent des boudoirs, alcôves et cabinets particuliers. C’est dans ce contexte que se déploie le goût pour la peinture rococo.
Le rococo plonge ses racines dans l’art baroque, qui a mis le décor et le faste au premier plan. Les mécènes adressent aux peintres autant des commandes de sujets de genre frivoles que de portraits, délicatement rendus au pastel. Bien souvent, les scènes se déroulent dans le cadre d’une nature idéalisée, qui abritent des rencontres amoureuses ou des fêtes, à l’exemple des toiles d’Antoine Watteau, reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture dans le genre des « fêtes galantes » spécialement créé pour lui.
Le goût rococo a concerné toutes les cours d’Europe, en France comme en Angleterre, car il est attaché à la commande aristocratique. En France, Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, roi réputé libertin, est l’une des premiers mécènes.
Ce style exclut les thèmes religieux pour se concentrer sur la vie mondaine ou les scènes mythologiques sans portée morale. La manière des artistes, comme Jean-Honoré Fragonard ou François Boucher, s’accordent avec ces thèmes légers : ils peignent avec générosité, leur touche est déliée et les coloris sont pleins de gaieté.
Dans le domaine de l’architecture, du mobilier et de la décoration, on utilise plutôt le mot rocaille pour définir un style ostentatoire, faisant la part belle aux grotesques, aux ornements floraux et aux thèmes mythologiques. Les décors adoptent des lignes serpentines, séduisantes comme le corps d’une femme. La fantaisie prime sur l’ordonnance classique.
Jean-Honoré Fragonard, Les Hasards heureux de l’escarpolette, 1767
Huile sur toile • 81 × 64 cm • The Wallace collection, Londres • © Photo The Wallace Collection, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the Wallace Collection
Jean-Honoré Fragonard, Les Hasards heureux de l’escarpolette, 1767
Fragonard a eu un succès fou avec ses scènes frivoles. L’artiste avait vite remisé sa carrière de peintre de cour pour s’adonner à ces sujets plus à la mode et plus lucratifs, à destination de financiers ou de courtisanes royales comme la fameuse Madame du Barry, l’une des favorites de Louis XV. À la demande d’un collectionneur, il représente sa maîtresse sur une balançoire, moyen subtil de dévoiler les dessous féminins. Le mari cocu apparaît en arrière-plan, tandis que l’élu jouit de la vue sur sa belle. Le paysage est comme le complice des deux amants.
Antoine Watteau, Pèlerinage à l’île de Cythère, 1717
Huile sur toile • 129 × 194 cm • Paris, musée du Louvre • 41 • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle
Antoine Watteau, Pèlerinage à l’île de Cythère, 1717
Dans une nature idéalisée, inspirée de l’Antiquité, des couples s’apprêtent pour un départ. Ils sont placés sous la protection d’Aphrodite, déesse de l’amour, représentée à droite sous la forme d’une sculpture. La touche de Watteau est à la fois enlevée et rapide, enveloppant cette scène d’une atmosphère aussi vaporeuse qu’un rêve ou un caprice. Le peintre réserve une part d’énigme quant à la temporalité de l’action presque théâtrale : les voyageurs quittent-ils à regret l’île de l’amour ? C’est l’hypothèse la plus crédible à ce jour.
François Boucher, Odalisque brune, 1745
Huile sur toile • 53 × 64 cm • Paris, musée du Louvre • © Bridgeman Images
François Boucher, Odalisque brune, 1745
François Boucher était un libertin. Figure du rococo, le peintre s’est rendu célèbre par ses scènes à connotation érotique et sexuelle. Pour peindre cette Odalisque brune, qui n’a d’orientaliste que le nom, il aurait pris pour modèle son épouse. La toile représente une femme en chemise – dernière étape avant la nudité –, allongée sur le ventre, sur un sofa, le fessier ouvert et les jambes écartées. Le visage tourné vers le spectateur, elle semble arrêtée dans son mouvement, après avoir roulé sur la couche. Les plis et les drapés revêtent ici une importance capitale, évoquant les replis secrets du corps féminin.
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Boudoir torride
Est-ce un jeu ou un viol ? Un homme enlace une femme de son bras gauche tout en verrouillant la porte de sa main droite, avide de la soumettre à son désir fougueux… Au XVIIIe siècle, l’amour galant a son pendant grivois : le libertinage. Loin des idylles champêtres à l’eau de rose, ce chef-d’œuvre de Fragonard nous plonge dans l’obscurité de l’alcôve et le goût brûlant de l’époque pour les plaisirs licencieux. Le peintre ne lésine pas sur les métaphores coquines, du verrou à glissière à la pomme rouge, en passant par les rideaux fendus de plis très érotiques…