Art contemporain

Pourquoi le fait divers fascine les artistes : le MAC VAL mène l’enquête !

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Un crime, un accident, un vol, un procès retentissant… Chaque jour, les faits divers nourrissent la presse et l’imaginaire collectif, allant jusqu’à inspirer les écrivains et les cinéastes, mais aussi les artistes plasticiens. Le MAC VAL réunit 80 d’entre eux dont les œuvres aux formes extrêmement variées traduisent la puissante portée de ces « catalyseurs d’affects ». Une exposition majeure !
Eduardo Arroyo, Heureux qui comme Ulysse…
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Eduardo Arroyo, Heureux qui comme Ulysse…, 1977

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Huile sur toile • 180 x 220 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • Photo GrandPalais Rmn presse / © Adagp, Paris 2025 / Photo Bertrand Prévost

Du crime atroce de De sang-froid de Truman Capote (1966) aux escroqueries insolentes d’Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg (2002), des cambriolages de The Bling Ring de Sofia Coppola (2013) aux mensonges mortels de L’Adversaire  d’Emmanuel Carrère (2000), le fait divers captive. Au théâtre, le metteur en scène Milo Rau a récemment défrayé la chronique en allant jusqu’à reconstituer l’incompréhensible suicide collectif d’une famille du nord de la France dans Familie (2020)… « Le fait divers est la révélation de l’insondable mystère de la banalité », écrivent Nicolas Surlapierre et Vincent Lavoie, commissaires de l’exposition dédiée à ce thème au MAC VAL.

« Il est le grain de sable qui grippe la morne routine des choses, l’anomie brutale, l’explosion de violence sous l’eau qui dort, la cruauté chez les braves gens. » Inspirés par leur lecture de Roland Barthes et de sa Structure du fait divers (1964), les deux commissaires ont souhaité interroger la place du fait divers dans l’art contemporain, comme la diversité des formes qu’il inspire. Ils ont conçu un parcours en cinq chapitres, dans lequel les artistes sont reliés entre eux par un abécédaire de 26 mots (« Assassinat », « Lieux », « Féminicide ? », « Disparition », « Médias ») qui racontent, mine de rien, « la complexité et la profondeur [du réel] » révélées par les faits divers.

Inspiré d’une histoire vraie

« Inspiré d’une histoire vraie », toutes les œuvres le sont. C’est volontiers bouleversant… Camille Gharbi, dans sa série « Preuves d’amour » (2018), photographie les objets banals qui ont été utilisés par des hommes pour tuer des femmes : un oreiller, un fer à repasser, une casserole, un sac plastique. Chaque image est accompagnée d’une liste de prénoms, d’âges et de communes, qui dit à quel point les femmes meurent partout, à n’importe quel âge, tout le temps, sous les coups de leurs conjoints ou ex-conjoints. De son côté, Samuel Bollendorff a photographié des paysages où se sont immolées des personnes poussées à bout par leurs entreprises ou par des conditions atroces de précarité (Jean-Louis Cuscusa, 8 août 2012, Rémy Louvradoux, 26 avril 2011, 2013 Éric C., 14 mai 2011, 2013).

Vue de l’exposition « Faits divers », MAC VAL 2024-2025. À gauche, Mac Adams, Lamp I, Chrome, Colander, série « Post Modern Tragedy », 1998-2013, photographies couleur. À droite, Camille Gharbi, Preuves d’amour, 2018, photographiese et de Fidal
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Vue de l’exposition « Faits divers », MAC VAL 2024–2025. À gauche, Mac Adams, Lamp I, Chrome, Colander, série « Post Modern Tragedy », 1998–2013, photographies couleur. À droite, Camille Gharbi, Preuves d’amour, 2018, photographiese et de Fidal

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Courtesy gbAgency, Paris / © Adagp, Paris 2025. Courtesy Camille Gharbi. Photo Aurélien Mole

À ces natures mortes et paysages, Yan Morvan ajoute une série de portraits poignants de personnes amputées, clichés associés à des citations qui détaillent leur histoire (« Après l’accident », 2001) ; l’artiste en a eu l’idée après avoir lui-même connu un grave accident de moto et un long séjour à l’hôpital ayant bouleversé sa vie et son regard sur le corps. Non loin, le duo Brognon Rollin signe une série de portraits en vidéo de pilotes d’avion ayant connu une expérience de mort imminente (Ejection Tie Club, 2021). Questionnant elle aussi l’irreprésentable, Claire Dantzer s’attache à représenter au crayon sur papier et d’après des photographies les visages de tueurs en série, la plupart s’étant adonnés au cannibalisme (Pour mieux te manger mon enfant, 2007).

Matière et fiction

« Par le cadrage, l’échelle, l’éclairage, la couleur et la profondeur de champ, je tente d’apporter intimité et émotion à la scène du crime. »

Corinne May Botz

D’autres œuvres s’intéressent à la matière même du fait divers. Corinne May Botz photographie des maquettes de scènes de crime, réalisées avec un soin méticuleux par une criminologue dans les années 1950 pour former les agents du FBI (The Nutshell Studies of Unexplained Death, 2004). « Par le cadrage, détaille l’artiste dans le catalogue de l’exposition, l’échelle, l’éclairage, la couleur et la profondeur de champ, je tente d’apporter intimité et émotion à la scène du crime. Je veux que les spectateurs aient l’impression de vivre dans ces miniatures, qu’ils perdent le sens des proportions et qu’ils ressentent le grand dans le petit. »

Philippe Ramette, Le suicide des objets : le fauteuil
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Philippe Ramette, Le suicide des objets : le fauteuil, 2001

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Installation Tabouret et fauteuil en bois, corde • dimensions variables • Coll. Frac Grand Large – Hauts-de-France • © Adagp, Paris 2025

Nils Vandevenne accroche quant à lui au mur des planches de bois peintes de motifs noirs : ces compositions apparemment abstraites ont été en réalité réalisées à partir de bancs récupérés dans d’anciennes cellules de dégrisement… Chaque relief raconte alors une trace laissée par un détenu (Le Couple, Derniers Moments/Martyr, 2023).

Mais si le fait divers raconte le monde et ses débordements, certains artistes s’amusent à le travestir pour mieux plonger dans l’imaginaire et réfléchir à nos mythes ou croyances. Parmi eux, Claude Closky photographie des ciels où une forme indistincte apparaît, signe flou d’une éventuelle présence extraterrestre (Soucoupe volante, rue Pierre Dupont, 1996).

Une exposition puzzle qui fait écho à notre plus profonde humanité

En ornant un gilet de sauvetage d’une élégante cravate noire, David Ancelin souligne par le choix de son titre (Titanic, 2004) qu’une catastrophe annoncée ne saurait dissuader certains d’ôter leur costume – synonyme de privilège masculin et viriliste –, même en plein naufrage… Natascha Niederstrass photographie, quant à elle, avec précision différentes pièces à conviction fictives, pour mieux reconstituer le meurtre d’une femme dont le fantôme hanterait depuis le XIXe siècle le quartier de Griffintown à Montréal (Déconstruction d’une tragédie, 2013)…

David Ancelin, Titanic
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David Ancelin, Titanic, 2004

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Technique mixte • 71 × 15,5 × 41 cm • © David Ancelin / © Adagp, Paris, 2025

Le fait divers apparaît comme un concentré de ce qui fait de nous des êtres humains, faillibles et fragiles.

Singulier puzzle donc que cette exposition qui dit d’emblée qu’elle n’apportera aucune réponse à quoi que ce soit, entre morceaux de réel poignants et purs objets de fiction. Tout, pourtant, semble ici concourir à la construction d’un humanisme à toute épreuve, qui ose regarder dans les yeux les meurtriers, s’approcher des gouttes de sang, s’inviter dans les familles dysfonctionnelles, braquer une vive lumière sur les rapports de genre et de classe, s’intéresser aux victimes invisibles, s’interroger sur les légendes urbaines, observer les traces laissées par les uns et les autres, y compris les plus horrifiantes. Le fait divers apparaît comme un concentré de ce qui fait de nous des êtres humains, faillibles et fragiles – un concentré infiniment fertile d’histoires, de fantasmes et de formes.

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Faits divers. Une hypothèse en 26 lettres, 5 équations et aucune réponse

Du 15 novembre 2024 au 13 avril 2025

www.macval.fr

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