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Anthony Cudahy, The Sculptor (Jenna Beasley), 2023
Huile sur toile • 122 × 122 cm • © Lance Brewer / Courtesy Semiose, Paris
Brooklyn – Dole. Des milliers de kilomètres séparent l’atelier de l’artiste du musée jurassien. Ce qui les réunit ? Un goût pour le dialogue entre l’art contemporain et l’histoire de l’art. Car dans sa peinture, Anthony Cudahy (né en 1989) prend un malin plaisir à citer des œuvres mythiques, de la tapisserie de Bayeux à Rembrandt. Le responsable des collections, Samuel Monier, l’a donc incité à piocher dans les réserves du musée des pièces pour les exposer en miroir des siennes. Et le résultat peut surprendre : aux Courbet et Simon Vouet, l’artiste a préféré des peintures non attribuées, de petites curiosités ou paysages bucoliques, qui lui ont inspiré une trentaine de nouvelles toiles – soit la moitié du corpus exposé.
Portrait de l’artiste Anthony Cudahy
© Aurélien Mole / Courtesy Semiose, Paris
Ce sont de grands formats brossés avec spontanéité, où des personnages masculins saisis dans leur intimité, en couple ou isolés, fixant le spectateur, comme pour le mettre dans la confidence. On tente alors de deviner ce qui se trame, ce qui dort silencieusement sous l’acrylique… C’est la fameuse « étincelle narrative » que traque sans relâche l’artiste, puisant dans l’iconographie queer et ses récits individuels. Ainsi, les cadrages serrés sur les modèles, les teintes acides et les motifs végétaux distillent un cocktail romantique… quoiqu’explosif – telle une fine bulle rose menaçant d’éclater.
Né en Floride en 1989, Anthony Cudahy, fraîchement diplômé du Hunter College de New York en 2020, a connu récemment une ascension fulgurante. Représenté par la galerie Semiose en France, il a déjà exposé de nombreuses fois aux États-Unis et au Royaume-Uni avant cette première exposition dans une institution française. Mais ce récent succès ne doit pas tromper : « Lorsque j’ai terminé mes études, la peinture figurative n’était pas une activité pour des artistes sérieux, surtout à New York, où l’on était considéré comme un peu idiot si l’on s’intéressait à la peinture en général, et complètement décalé si l’on voulait faire de la peinture figurative », raconte-t-il dans le catalogue d’exposition. En 2011, au Pratt Institute de New York où le jeune homme étudie, la tendance est plutôt à l’installation, la performance ou l’abstraction.
Anthony Cudahy, À gauche, “Daydream of Frank Vickers (Steen & Colt)” (2022). À droite, “Our Earth” (2022-2023)
Crayons de couleur sur papier ; Huile sur toile • 109 × 76 cm ; 183 × 183 cm • Courtesy de l'artiste & Courtesy Semiose, Paris / Lance Brewer
« Dans mes récits, il y a souvent un sentiment de précarité. »
Les peintres qu’il admire : Lucian Freud, Francis Bacon ou Jenny Saville. Peu enclin à mener une vie d’artiste précaire, il se tourne alors vers l’illustration et le graphisme. Même si rapidement « le processus, les restrictions, les sujets » le rebutent, il éditera en tout une dizaine de fanzines où se télescopent photographies, œuvres historiques, notes et dessins. « Ce n’est que lorsque je suis entré dans le programme doctoral en 2018 qu’il y a eu cette conjonction positive très forte, cette intense synchronicité et que les gens ont commencé à s’intéresser à la figuration queer. Dès le premier semestre, j’ai rencontré la personne qui est devenue mon premier galeriste, le fondateur de la galerie 1969 à New York. Et les choses se sont enchaînées. »
Une véritable conversation entre l’exposition « Anthony Cudahy » et les collections du musée des Beaux-arts de Dole. À droite, « Ian dancing under moon » de Anthony Cudahy (2023)
Huile sur toile • 36 × 28 cm • © Lance Brewer / Courtesy Semiose, Paris
Face à ce succès naissant, l’artiste reste discret. Et s’il est peu loquace sur ton travail, c’est pour mieux ouvrir la porte à l’imaginaire. D’autres fois, « c’est simplement moi qui traite de choses de ma vie, ou de mes sentiments envers moi-même, envers Ian ou d’autres personnes. » Il fait référence ici à son mari, le photographe Ian Lewandowski souvent identifié sur ses toiles, l’œil rivé sur le spectateur ou entouré de ses appareils photos vintage. Ses amis artistes jouent aussi parfois les modèles. Il y a derrière sa manière de peindre, derrière cette palette incandescente, comme un filtre propre aux rêves et aux souvenirs.
Anthony Cudahy, The photographer III, 2022
Huile sur toile • 122 × 91 cm • Courtesy de l’artiste & Courtesy Semiose, Paris / Lance Brewer
Mais dessous, est presque toujours tapie une inquiétude, une menace. C’est, par exemple, un regard vide, un serpent, ce poisson découpé en morceaux sur une assiette (en référence à une nature morte du XVIIe exposée sur le mur opposé), ou ce nu masculin en pleine chute, inspiré d’un tableau de Jérôme Bosch. « Dans mes récits, il y a souvent un sentiment de précarité. Les tableaux ont différentes zones et il y a parfois un sentiment de danger ou une figure qui attend anxieusement », confirme-t-il, habitué à regarder ses tableaux des heures après leur réalisation (qui elle-même prend au minimum douze heures d’affilée) pour ajouter des détails, superposer des couches de peinture. Voilà pourquoi ses toiles comme ses dessins (au crayonné circulaire) s’inspectent longuement. L’on apprend alors qu’une image peut en recéler mille autres, quand un film inconscient se déroule ainsi, secrètement.
Conversation. Anthony Cudahy
Du 28 avril 2023 au 10 septembre 2023
Musée des Beaux-Arts de Dole • 85, rue des Arènes • 39100 Dole
www.doledujura.fr
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