Article réservé aux abonnés
Dans la France de Louis XIII et de Richelieu, Simon Vouet (1590–1649) était le chef de file d’une école française qu’il a contribué à créer. Opérant la synthèse entre le baroque italien et l’art classique français, Vouet est l’initiateur du grand décor mythologique dans les palais royaux et les hôtels particuliers. Avec sa touche élégante et enlevée, son style théâtral et ses couleurs franches, il est un peu le Véronèse français. Ce contemporain de Nicolas Poussin était à la tête d’un atelier prolifique, annonçant la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture sous Louis XIV.
Simon Vouet, Autoportrait, 1626 ou 1627
Huile sur toile • 45 × 36,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Lyon
« Simon Vouet est le maître qui a fourni les plus nombreux et les plus excellents élèves à la peinture française. » – Philippe de Chennevières
Né à Paris, en 1590, dans une famille de peintres, Simon Vouet apprend précocement les rudiments du métier. Très jeune, il voyage : d’abord en Angleterre (1606–1604), puis à Constantinople (1611–1612) où il accompagne une mission diplomatique.
L’Italie a été le pays de Vouet pendant une quinzaine d’années. Installé à Rome, il obtient d’importantes commandes religieuses, notamment pour la basilique Saint-Pierre (Le Portrait du Pape Urbain III). Pour autant, il reçoit une pension du roi de France. C’est un artiste accompli, qui connaît un grand succès en Italie, et fréquente d’autres expatriés comme Nicolas Poussin. Nommé à la tête de l’Académie de Saint-Luc en 1624, il pratique un art en phase avec le caravagisme.
À la différence de Poussin qui a fait carrière en Italie, Vouet rentre en France pour amorcer la création d’une véritable école nationale. Il y revient en 1627, sur la demande de Louis XIII. Nommé peintre du roi, ainsi que son maître de dessin, il importe en France l’esthétique du baroque italien, mais y introduit plus de mesure et de pondération. Il s’écarte aussi du caravagisme, proposant une peinture plus classique et colorée, qui reprend la palette des peintres vénitiens.
Le peintre rénove la notion de grand décor, en introduisant des thématiques mythologiques et l’art de la tapisserie. Il dirige la décoration de châteaux et d’hôtels particuliers.
Simon Vouet est à la tête d’un puissant atelier où sont formés tous les grands peintres de la génération suivante : Charles Le Brun, Eustache Le Sueur, Pierre Mignard… Il exerce une influence profonde sur ses élèves, qui adoptent parfois un style proche du sien. Son atelier est d’une grande productivité, Vouet acceptant de trop nombreuses commandes, ce qui l’amène à faire travailler ses élèves et à peindre avec une célérité parfois qualifiée de facilité.
L’artiste décède en 1649, un an après la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture, sous la régence d’Anne d’Autriche, le conduisant à fonder en concurrence l’Académie de Saint-Luc.
Simon Vouet, Louis XIII entre deux figures de femmes symbolisant la France et la Navarre, 1620
Huile sur toile • 163 × 154 cm • Paris, musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Adrien Didierjean
Louis XIII entre deux figures de femmes symbolisant la France et la Navarre, 1620
Peintre favori de Louis XIII, Simon Vouet représente le monarque en armure tenant un bâton de commandement. Il porte les couleurs blanche et bleue, symboles monarchiques, mais aussi la croix de l’Ordre du Saint-Esprit. Les deux allégories féminines à ses pieds sont dans une attitude admirative. En commandant ce portrait à son peintre, Louis XIII veut doter le royaume d’une iconographie officielle, qui l’assoie comme chef de guerre et représentant de la religion catholique romaine.
Simon Vouet, Allégorie de la richesse, 1630–1640
Huile sur toile • 170 × 124 cm • Paris, musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec
Allégorie de la richesse, 1630–1640
Probablement peinte pour le château de Saint-Germain-en-Laye, cette allégorie personnifierait la richesse, encore que cette interprétation fasse débat. Elle représente une victoire drapée tenant dans ses bras un enfant, tandis qu’un autre lui présente des bijoux et pierreries. La figure féminine est ample et souple, et sa beauté magnifiée par un jaune d’or lumineux qui éclaire le tableau. C’est une œuvre élégante et sensuelle, qui correspond aux goûts de l’aristocratie à cette époque.
Simon Vouet, L’Enlèvement d’Europe, 1640
Huile sur toile • 179 × 141,5 cm • Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza • © Photo Josse / Bridgeman Images
L’Enlèvement d’Europe, 1640
Vouet se montre fidèle au récit poétique Les Métamorphoses d’Ovide en peignant l’un des amours adultères de Zeus. Apparu sous la forme d’un taureau blanc, le dieu mythologique enlève la fille d’un roi phénicien. Cette scène précède le rapt. Vouet y introduit une dimension érotique en représentant une Europe dépoitraillée, écartant les jambes et s’agrippant à la corne du taureau à l’air grivois. Il est probable que ce tableau appartenait à un cycle décoratif pour une résidence royale.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique