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Valère Novarina peignant les décors de la pièce de théâtre “Vous qui habitez le temps”, 1989
© Thierry Gründler
« Valère Novarina va faire la visite en morse », annonce le directeur des lieux, Paul Rondin face au groupe de journalistes ayant fait le voyage jusqu’à Villers-Cotterêts (Aisne). On sourit – certains savent à quoi s’attendre. De fait, l’auteur né en 1942 en Suisse n’est pas loquace ; il laisse parfois échapper quelques mots, qui racontent son rapport à l’écriture et au langage, un peu aussi sa peinture, exposée ici en majesté. Abstraite, expressionniste, marquée de grands mouvements, de coulures colorées, celle-ci laisse deviner une pratique spontanée, fluide, dansante. Elle ressemble à ses pièces, pourrait-on dire, où les mots sont guidés par un fluide sans queue ni tête, animé pourtant d’un esprit vif ; on peut n’y rien comprendre, et sentir nettement leur séduction, leur intelligence.
De celui qui a étudié la littérature et la philosophie, a énormément écrit, beaucoup mis en scène, tourné aussi, on découvre donc à la Cité de la langue française un focus sur le dessin, le travail de l’image, la peinture. Celle-ci peuple ses scènes, apparaît comme un décor autonome, comme un personnage de plus sur le plateau. Cependant, aucune n’a de date, car il lui arrive de reprendre des années plus tard une toile et de la retoucher, pour « y voir autre chose », souffle-t-il. La fluidité, encore, toujours : ici, la peinture est un art vivant.
Valère Novarina dans son atelier en Normandie, 2018
© Antonio Maria Stoc
Il y a aussi les toiles qu’il fait pour lui et non pour la scène. Toutes, ici, sont mélangées, et le visiteur sera bien en peine de faire la différence ; son scénographe (le même depuis trente ans), Philippe Marioge, indique sobrement que « la logique [de l’accrochage] s’est faite sur place ». Les œuvres sont exposées avec « un système de béquilles et de suspensions qui rappelle ce que l’on peut faire au théâtre », donnant l’impression au visiteur d’entrer sur une scène ; ou dans des coulisses, aussi ordonnées que désordonnées, dans un espace de travail et de pensée jouant d’associations et d’accumulations.
Valère Novarina, Donné au pélican, 1995
Acylique sur toile • 150 × 150cm • © Léonard Novarina
Il ne s’agit pas ici de montrer l’écrivain d’un côté, le peintre de l’autre.
La pensée, justement : elle est « le final de la respiration », dit Valère Novarina, rappelant qu’en grec ancien, « le souffle et l’esprit sont le même mot ». Elle irrigue ses œuvres plastiques, qui surgissent comme un prolongement de l’écriture. L’artiste raconte ainsi comment, il y a quelques années de cela, il s’est installé dans son chalet isolé pour écrire. « Et rien, pas un mot. J’ai commencé à dessiner, sans arrêt, toute la journée. » Qu’importe s’il ne sait alors pas quoi représenter : « je dessinais un sandwich quand j’avais faim ».
Tout au long du parcours, on pourra entendre le murmure des quelques vidéos qui accompagnent les peintures, les captations des spectacles dans lesquels elles apparaissent. Les mots restent ainsi présents, flottant dans l’air, illustrant ce propos de l’auteur : « Le geste de la peinture est une écriture en soi. » On pense ici à la réflexion de la poétesse et peintre libanaise Etel Adnan, qui a donné naissance à une splendide exposition au Centre Pompidou-Metz en 2021, « Écrire, c’est dessiner ».
Vue de l’exposition « Traces d’écriture, peintures, renversement. Valère Novarina envahit la Cité » à la Cité internationale de la langue française, Villers-Cotterêts, 2025
© CMN
Ces deux créateurs affirment la souplesse dansante d’une pensée qui adopte différentes formes, différents signes, pour sortir de la cage d’une tête et surgir dans le monde réel. Il ne s’agit donc pas ici, précise Paul Rondin, de montrer l’écrivain d’un côté, le peintre de l’autre. L’exposition met en évidence l’aspect pictural de la langue de Valère Novarina, et inversement. « Sans didactisme, sans démonstration », il s’agit plutôt de donner à sentir « l’ivresse » des langues – de la peinture, des mots, du plateau…
Traces d’écriture, peintures, renversement. Valère Novarina envahit la Cité
Du 8 février 2025 au 27 avril 2025
Château de Villers-Cotterêts - Cité internationale de la langue française • 1 Place Aristide Briand • 02600 Villers-Cotterêts
www.cite-langue-francaise.fr
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