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LONDRES

Leigh Bowery ou l’extravagance comme art dans une expo très queer à la Tate Modern

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Publié le , mis à jour le
Figure de l’underground londonien des années 1980, le flamboyant Leigh Bowery, muse du peintre Lucian Freud dans de saisissants portraits, est à l’honneur à la Tate Modern de Londres. Cette rétrospective retrace le parcours d’un artiste inclassable, entre corps travestis, performances radicales et esthétique queer visionnaire.
Fergus Greer, Leigh Bowery Session 1 Look 2
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Fergus Greer, Leigh Bowery Session 1 Look 2, 1988

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Courtesy Michael Hoppen Gallery / © Fergus Greer

Il est une figure incontournable des nuits queers du Londres des années 80, croisement flamboyant entre créateur de mode, performeur extrême, et œuvre vivante. Grand, corpulent, le crâne souvent rasé, Leigh Bowery (né en 1961) refuse tout complexe. Son corps devient son médium, une surface à modeler, dissimuler ou surexposer. Il se maquille comme un tableau expressionniste, se transforme en créature mutante. L’expression d’une vision du monde, à contre-courant des normes de genre, de beauté, de morale.

Dès l’entrée de l’exposition de la Tate Modern, le ton est donné. De gigantesques costumes trônent dans la salle : combinaison moulante à motifs géométriques ou tenue gonflée jusqu’à l’absurde, masques façon lucha libre, corsets sculpturaux, sequins et plumes à profusion. Véritables sculptures textiles, ces pièces sont pensées non pas pour être portées, mais pour être incarnées. Elles transforment le corps, influencent les mouvements, imposent une manière de danser, de marcher, de se tenir.

Le Taboo, un espace de libération au cœur des années Thatcher

Leur puissance est mise en lumière dans plusieurs vidéos restaurées, dont The Fall (1987), une chorégraphie de l’Écossais Michael Clark, où les corps costumés de l’artiste et des danseurs deviennent des entités hybrides.

Fergus Greer, Leigh Bowery Session 4 Look 19
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Fergus Greer, Leigh Bowery Session 4 Look 19, août 1991

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Courtesy Michael Hoppen Gallery / © Fergus Greer

Dans Mrs Peanut Visits New York (1999), réalisé par Charles Atlas, on le suit dans la rue, grimé, corseté, exhibant son corps comme un manifeste ambulant. En 1988, lors d’une installation à la galerie Anthony d’Offay, il pousse cette logique à l’extrême en se métamorphosant lentement, derrière un miroir sans tain, exposant son corps aux regards cinq jours durant. Et quand ses transformations sont immortalisées par les photographes tels que Fergus Greer, Nick Knight ou Johnny Rozsa, elles forment une série d’images devenues iconiques. Enveloppé dans un costume moulant en latex noir ou en léopard fluo, le visage intégralement masqué, les lèvres redessinées, Leigh Bowery pose de manière théâtrale.

Mais l’Australien né à Melbourne, enfant terrible adoptif de la Grande Bretagne, n’était pas seulement un faiseur d’image, c’était aussi un créateur de lieu. En 1985, il fonde le Taboo, installé dans un ancien sex-club gay à Soho. L’exposition restitue cette ambiance clubbing grâce à de nombreuses vidéos, des flyers et des photographies d’époque.

Vue de l’exposition « Leigh Bowery ! » à la Tate Modern, 2025
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Vue de l’exposition « Leigh Bowery ! » à la Tate Modern, 2025

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© Tate / Photo Larina Fernandes

Plus qu’un lieu de fête, le Taboo devient un sanctuaire queer où l’excentricité fait loi. À l’entrée, une question provoque : « Will you let you in ? » Tout est dit. Ici, tout le monde est déguisé, travesti, transformé. On y croise Boy George, John Galliano ou Alexander McQueen. Loin de l’Angleterre puritaine de Margaret Thatcher, Taboo devient un espace de libération, un laboratoire de formes et d’identités.

Muse de Lucian Freud

Et puis, dans une salle plus calme, presque solennelle, se déploient les impressionnants portraits que Lucian Freud réalisa de lui. De 1990 à 1994, Leigh Bowery fait office de muse pour le peintre, posant sans maquillage ni costume. Nu, impassible, massif, il devient un sujet d’étude, une masse de chair offerte à l’œil de l’artiste, auscultée dans ses moindres détails. Le pinceau implacable de Lucian Freud capte l’homme vulnérable derrière le masque, une autre forme d’exposition, peut-être plus brutale encore que ses performances. C’est toute la force de cette rétrospective : montrer les contradictions d’un artiste à la fois provocateur hors pair, diva grotesque et figure solitaire hantée par ses propres démons.

Lucian Freud, Nude with Leg Up (Leigh Bowery)
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Lucian Freud, Nude with Leg Up (Leigh Bowery), 1992

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Huile sur lin • 182,9 × 229 cm • Coll. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington • © The Lucian Freud Archive. All Rights Reserved 2024.

En 1994, Leigh Bowery meurt des suites du SIDA, à 33 ans. En à peine quinze ans, il a ouvert la voie à toute une génération de créateurs, de Björk à Lady Gaga, en passant par Rick Owens. Son nom résonne toujours aussi puissamment sur la scène drag contemporaine ou dans le milieu de l’art queer politique. La rétrospective que lui consacre la Tate Modern jusqu’à la fin de l’été est une mise en lumière salutaire de son art total, à la fois intime, politique et spectaculaire.

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Leigh Bowery !

Du 27 février 2025 au 31 août 2025

www.tate.org.uk

Retrouvez dans l’Encyclo : Lucian Freud

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