Valentine Huyghues Despointes, Bureau “Wreck desk”
bureau plat, style Empire, XXe siècle • © Isabelle Bideau
Fullmano, Chaise “S’ATTACHER”
Empilement tendancieux
Deux chaises superposées, ligotées à la manière du shibari, le bondage japonais… C’est l’art transgressif de Fullmano (de son vrai nom José Manuel Teixeira), un artiste brodeur mêlant pop art et culture gay, marqué par son enfance dans le nord du Portugal, entouré de brodeuses et couturières. Approchez-vous des dossiers pour admirer le dessin de ce torse masculin cordelé, en résonance avec les motifs floraux de l’assise dans laquelle y sont restées plantées des aiguilles… Une intervention qui ne manque pas de piquant !
paire de chaises, bois peint, style Empire, XXe siècle • © Isabelle Bideau
Alexandre Jeanson, Lustre “Blonde Vein Luster”
Sous la blondeur d’un lustre capillaire
C’était un plafonnier en bronze doré et albâtre daté de 1925, devenu un lustre grandiose rasant presque le parquet de sa chevelure flottante… L’artiste canadien Alexandre Jeanson, habitué des créations à base de cheveux humains (il en fait des robes, masques, coiffes et même un tipi) a su détourner la monture de bronze d’origine pour décupler la taille de l’objet désormais structuré à l’aide de longues tresses et de mèches tantôt rassemblées en ramures, tantôt lâchées, questionnant avec brio l’usage de nos matériaux traditionnels.
plafonnier, bronze doré et albâtre, vers 1925 • © Alexandre Jeanson
Lilian Daubisse, Table “Récif”
Récif sur piédestal
Chez les adeptes du carton, il y a bien sûr l’artiste Eva Jospin, orfèvre de forêts et grottes démesurées, mais aussi Lilian Daubisse, ancien scénographe pour le théâtre et l’opéra, formé à l’École nationale des beaux-arts de Nantes, qui sait en dégager tout le merveilleux grâce à des installations grandioses et des masques hybrides inspirés de l’art africain. Ici, il a construit un récif sur le plateau en chêne d’une grande table provenant de la Banque de France, faisant d’elle un puissant socle. Sa sculpture cartonnée y semble proliférer sans lui, gagner de la surface au fil du temps…
table en provenance de la Banque de France, succursale de Lille, chêne et métal patiné, XXe siècle
Cédric Matet et Jane Kleis, Secrétaire ” Anatomie du secrétaire”
Un secrétaire Louis-Philippe qui fait de vieux os
« Tel un écorché en anatomie, nous avons souhaité comprendre et ainsi révéler le secret de ce secrétaire datant du XIXe siècle », expliquent les artistes Cédric Matet et Jane Kleis, scénographes et photographes diplômés de l’école de cinéma des Gobelins. Leur curiosité les a poussés à sectionner cette pièce historique en acajou verni pour en dévoiler l’ossature, ses tiroirs cachés derrière l’abattant, ses fixations, qu’ils ont reliés à un étonnant squelette, sculpté après modélisation 3D. Décharné, dénervé, voilà que ce secrétaire passé par le Palais-Royal et le château de Rambouillet n’a jamais paru aussi vivant…
secrétaire à abattant, acajou verni, époque Louis-Philippe • © Isabelle Bideau
Héléna Guy Lhomme, Tapis ” Aliénées”
Sculpture de laine féministe
Au départ, un grand tapis uni, noué main « dans les années 1960 par les femmes de harkis parachutées dans le sud de la France après la guerre, près de la manufacture de Lodève », raconte Héléna Guy Lhomme, artiste autodidacte éprise de laine cardée, une laine naturelle de mouton qui se travaille par piquetage. Si elle aurait pu intervenir sur la surface du textile, l’artiste a plutôt choisi de le laisser enroulé pour en faire un « totem féminin », en hommage à ces artisanes « définies comme 'femme de’ » (militaires algériens enrôlés par l’armée française lors de la guerre d’Algérie), y greffant une forme rose bonbon, molle, dégoulinante, tel un organe génital en liquéfaction…
tapis de la manufacture de Lodève uni blanc, noué main, vers 1970 • © Isabelle Bideau
Nicolas Aubagnac, Commode “Oblivion”
Les mystères d’une commode à la dérive
Dans la famille des commodes revisitées qui jalonnent le parcours, celle-ci redouble de poésie et de subtilité : cloutée de 3 000 petites têtes d’argent par le designer Nicolas Aubagnac, elle est aussi affublée d’inventives poignées – des galets fondus dans du bronze. En hommage à ces meubles qui parfois renferment des lettres secrètes, Nicolas Aubagnac a écrit au fond des tiroirs, au feutre blanc, des passages de son carnet de bord tenu pendant ses six mois de travail. « Mes interrogations, mes certitudes, mes trouvailles, j’ai tout consigné dans l’obscurité (…) », peut-on lire dans son post Instagram. La clé y est plantée sur le dessus, « là où convergent toutes ces étranges molécules argentées ».
chêne verni, seconde moitié du XIXe siècle. • Coll. Mobilier National, Paris • © Hervé Lewandowski
Les Aliénés du Mobilier national, le retour !
Du 11 octobre 2023 au 7 janvier 2024
www.mobiliernational.culture.gouv.fr
Mobilier national • 1 Rue Berbier du Mets • 75013 Paris
www.mobiliernational.culture.gouv.fr
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Un bureau épave, vingt mille lieues sous les mers
C’est l’œuvre incontournable de ce parcours : un bureau épave, « comme s’il avait été plongé au fond de la mer et qu’un écosystème corallien avait poussé dessus », explique Valentine Huyghues Despointes, plasticienne en maroquinerie qui a fait ses armes chez Baccarat, Dior ou encore Vuitton. Grâce à son associée Mélanie Durand, elle joue du cuir comme de la dentelle, lui attribuant toutes les formes et textures, de l’écaille de poisson à l’algue ondoyante. Et magnifie cette copie de bureau Empire datée du XXe siècle bonne pour les abysses.