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EN IMAGES

Les étoiles de la photographie sud-américaine brillent à la fondation Bemberg

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Ils sont originaires du Mexique, du Pérou, du Brésil, du Venezuela… Parmi la centaine de photographes sud-américains réunis à la fondation Bemberg, à Toulouse, seule une petite poignée est connue en France. Issues de l’immense collection de Leticia et Stanislas Poniatowski, leurs images retracent près d’un siècle d’histoire de la photographie en Amérique latine et donne à voir toute la diversité et la vitalité de cette scène artistique. Morceaux choisis.
Simón Flechine (Semo), Les mains de Pita Amor, Mexico
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Simón Flechine (Semo), Les mains de Pita Amor, Mexico, vers 1950

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Simón Flechine : entre photographie et peinture

Deux mains manucurées surgissant de l’obscurité comme d’un rêve. L’image aux accents surréalistes est signée Simón Flechine (1894–1981), photographe originaire d’Ukraine (alors dans l’Empire russe) dont la vie s’apparente à un roman : émigré aux États-Unis à 15 ans, il décide de revenir à Petrograd en 1917. Il fréquente alors avec sa compagne Mollie Steiner les cercles anarchistes, connaît la prison puis l’exil. Tous deux fondent à l’aube des années 1930 un studio photo à Berlin avant de devoir fuir à nouveau, rattrapés par le nazisme. Après un bref passage à Paris, le couple embarque pour le Mexique, où il rouvre son studio et se rapproche des cercles intellectuels de Mexico. Ces mains énigmatiques, ici réhaussées de peinture rouge, sont celles de la poétesse Pita Amor (1918–2000), surnommée la « Onzième Muse ».

Tirage gélatino-argentique d'époque rehaussé par l'artiste • 34 x 26,2 cm • Coll. Leticia et Stanislas Poniatowski • © Simón Flechine

Gustavo F. Silva et Nahui Olin, Nahui Olin, Mexico
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Gustavo F. Silva et Nahui Olin, Nahui Olin, Mexico, vers 1921

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Gustavo F. Silva face à Nahui Olin

Bien qu’originaires d’horizons différents, nombre de photographes réunis dans l’exposition partagent un goût immodéré pour la manipulation des images grâce à toutes sortes de procédés et d’interventions – découpages, collages, peinture… Ce portrait de Nahui Olin (1893–1978) par Gustavo F. Silva ne fait pas exception. Regard bleu profond, bouche carmin : c’est le modèle lui-même qui a réhaussé son portrait de couleurs. « J’ai un corps si beau que je ne pourrai jamais priver l’humanité d’admirer cette œuvre », disait en toute modestie celle qui fut aussi artiste, femme de lettres et muse, entre autres, de Diego Rivera. Plus de 100 ans après, on est encore hypnotisé par son regard magnétique, sublimé par la peinture.

Tirage gélatino-argentique d’époque de Gustavo Silva peint par Nahui Olin • 16,7 × 11,8 cm • Coll. Leticia et Stanislas Poniatowski • © Gustavo F. Silva

Grete Stern, Autoportrait
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Grete Stern, Autoportrait, 1950

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Grete Stern : autoportrait codé

Avant de devenir une figure des avant-gardes en Argentine, Grete Stern (1904–1999) a fait ses armes au Bauhaus et fondé à Berlin un studio photo spécialisé dans le portrait et la publicité. Virtuose du photomontage, elle poursuit son activité à Buenos Aires lorsque Hitler arrive au pouvoir. Grete Stern collabore alors avec la revue féminine Idilio et illustre la rubrique consacrée à l’interprétation des rêves. Poétique, surréaliste, tout l’univers de Grete Stern se trouve condensé dans cet autoportrait : le visage de l’artiste apparaît en pleine introspection dans un miroir tandis qu’autour sont éparpillés toutes sortes d’objets – lierre, coquillage, punaises, équerres et objectifs d’appareil photo. Aux spectateurs de décrypter leur symbolique mystérieuse…

Tirage gélatino-argentique d’époque • Coll. particulière • © Estate Grete Stern / Courtesy Galerie Jorge Mara - La Ruche

Paz Errázuriz, Tango
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Paz Errázuriz, Tango, 1987

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Paz Errázuriz : le tango fait de la résistance

On retrouve dans le parcours de l’exposition truffé de découvertes quelques noms plus familiers, tels que Graciela Iturbide ou Paz Errázuriz. Née en 1944 au Chili, cette dernière a durant toute sa carrière tourné son objectif vers les marges. À la fin des années 1980, tandis que la dictature de Pinochet touche à son terme, elle pousse la porte des clubs de tango et photographie les couples de danseurs. Il n’y a ni musique ni mouvement dans cette image emblématique extraite de sa série « Tango ». Avec cette main manucurée figée sur l’épaule d’un homme (qui fait curieusement écho à la main de Pita Amor photographiée par Simón Flechine), Paz Errázuriz dénonce l’aveuglement d’une partie de la société chilienne, plus de quinze ans après le coup d’état du dictateur, qui a plongé son pays dans la violence et la tourmente.

Tirage gélatino-argentique d’époque • Coll. Leticia et Stanislas Poniatowski • © Paz Errázuriz Korner / ADAGP, Paris 2024

Flavia Gandolfo, Transformismas #31
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Flavia Gandolfo, Transformismas #31, vers 1990-1991

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Flavia Gandolfo : mélange des genres

Corps et identités forment le fil conducteur de cette exposition dans laquelle on croise aussi bien des visages alors célèbres en Amérique latine comme des figures plus underground, à l’image du petit groupe de travestis liméniens dont Flavia Gandolfo (née en 1967) a partagé le quotidien au début des années 1990. La photographe, diplômée des beaux-arts à l’Université du Texas d’Austin, a réalisé à leur côté ses premiers clichés. Parmi eux, figure ce portrait en noir et blanc, plein de dignité et follement queer.

Tirage gélatino-argentique • Coll. Leticia et Stanislas Poniatowski • © Flavia Gandolfo

José Luis Venegas, Afife Baloyan
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José Luis Venegas, Afife Baloyan, 1973

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José Luis Venegas : photographes de père en fille

Dans la famille Venegas, je demande le père ! D’abord assistant d’un photographe portraitiste aux États-Unis, José-Luis Venegas (né en 1944) a bâti sa notoriété lorsque dans les années 1970, il a ouvert son propre studio photo à Tijuana. Sa spécialité : les cérémonies, mariages, baptêmes… Couleurs franches, cadrages audacieux : son regard novateur et son style personnel font mouche auprès de la haute société mexicaine, qui à travers l’œil du photographe se sent exister en tant que groupe social. On retrouve aussi dans l’exposition sa fille, Yvonne Venegas (née en 1970), qui a, comme son père, fait de la photographie son médium de prédilection.

Tirage chromogène • Coll. Leticia et Stanislas Poniatowski • © José Luis Venegas

Felipe Ehrenberg, Service de luxe (Servicio de lujo)
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Felipe Ehrenberg, Service de luxe (Servicio de lujo), 1987

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Felipe Ehrenberg : l’art et la vie confondus

Les photographies glanées sur les marchés aux puces ou dans la presse constituent un formidable terreau de création pour ces artistes qui font rimer vernaculaire avec spectaculaire. Membre hyperactif du mouvement Fluxus, Felipe Ehrenberg (1943–2017) n’a eu de cesse de mêler l’art et la vie, érigeant des images a priori de « mauvais goût » au rang d’icônes subversives et pop – le tout avec une passion pour la couleur. Explosif !

Collage associant photographie et peinture en bombe • Coll. Leticia et Stanislas Poniatowski • © Felipe Ehrenberg / ADAGP, Paris 2024

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Les paradis latins : étoiles sud-américaines. Collection Leticia et Stanislas Poniatowski

Du 7 juin 2024 au 3 novembre 2024

www.fondation-bemberg.fr

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