PARIS

Les troublantes sculptures d’Elmgreen & Dragset envahissent la nef du musée d’Orsay

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Publié le , mis à jour le
S’immiscer au cœur du musée d’Orsay de manière à la fois discrète et monumentale : voilà le défi que se sont lancé Elmgreen & Dragset ! Avec « L’Addition », l’impertinent et percutant duo expose une série de sculptures en dialogue avec les collections permanentes du musée jusqu’au 2 février 2025.
Vue de l’exposition d’Elmgreen & Dragset “L’Addition”, Musée d’Orsay, Paris, 2024
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Vue de l’exposition d’Elmgreen & Dragset “L’Addition”, Musée d’Orsay, Paris, 2024

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© 2024 Andrea Rossetti © Adagp, Paris, 2024

Perché sur un plongeoir, un jeune garçon hésite : osera-t-il sauter ? Inattendue, cette sculpture d’un blanc immaculé (The Choice), dressée au beau milieu du musée d’Orsay, s’apprête à faire le grand plongeon parmi ses illustres aînés ! Connu pour ses installations hyperréalistes à l’humour grinçant, le duo d’artistes Elmgreen & Dragset s’est en effet faufilé parmi les sculptures de la nef pour un accrochage exceptionnel, à voir jusqu’au 2 février 2025. L’idée ? Ajouter à la collection permanente une nouvelle dimension, contemporaine et ludique, sans perturber l’harmonie de l’ensemble. D’où le titre de l’exposition : « L’Addition ».

Se glisser dans les interstices d’accord, mais non sans panache ! Elmgreen & Dragset maîtrise l’art de créer la surprise et de bouleverser la perspective. En témoigne la plateforme placée au-dessus des sculptures du XIXe siècle, à laquelle sont suspendues leurs propres œuvres, en miroir. Un jeune homme est assis sur une machine à laver, un autre porte un casque de réalité virtuelle, un troisième brandit son drone en direction de la grande horloge…

Un dialogue impertinent avec les sculptures d’Orsay

Le duo met en scène des individus très connectés, dans des scènes anodines de la vie quotidienne mais qui empruntent les postures des statues d’Orsay. Ainsi, le garçon au drone (Boy with Drone) reprend le geste de l’Anacréon (1851) d’Eugène Guillaume qui tient une tasse sur laquelle repose un oiseau. En confrontant leurs figures à celles du musée, Elmgreen & Dragset proposent une réflexion autour de la masculinité, qu’ils veulent plus douce et poétique, face aux représentations virilistes et guerrières qui peuplent les lieux.

Vue de l’exposition d’Elmgreen & Dragset « L’Addition », Musée d’Orsay, Paris, 2024
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Vue de l’exposition d’Elmgreen & Dragset « L’Addition », Musée d’Orsay, Paris, 2024

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© 2024 Andrea Rossetti © Adagp, Paris, 2024

Plus loin, un autre personnage porte un casque de réalité virtuelle. Debout, le regard porté vers ses deux mains, l’homme est plongé dans un environnement que le spectateur ne peut contempler. « Il est dans son propre monde. Mais en réalité, tout ce que l’on voit au musée d’Orsay reflète aussi un monde qui n’existe pas vraiment, un monde idéal », explique Ingar Dragset. Et son acolyte, Michael Elmgreen, d’ajouter : « Nous sommes toujours à deux endroits à la fois, là où nous sommes en pensée, et là où nous nous trouvons physiquement. »

« Une ville, habitée de sculptures et de visiteurs »

Vue de l’exposition d’Elmgreen & Dragset « L’Addition », Musée d’Orsay, Paris, 2024
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Vue de l’exposition d’Elmgreen & Dragset « L’Addition », Musée d’Orsay, Paris, 2024

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© 2024 Andrea Rossetti © Adagp, Paris, 2024

Autre œuvre qui se joue de la frontière entre réalité et simulacre, un enfant semble avoir franchi une fine barrière de sécurité pour dessiner au plus près de l’immense toile académique de Thomas Couture, les Romains de la décadence (1847) Agenouillé, il est complètement absorbé par sa création… Étonnant de réalisme, le garçonnet à l’air de s’être échappé d’un groupe pour profiter du musée à sa guise.

En prenant de la hauteur à l’étage supérieur, une autre perspective s’offre à nous sur la nef, bientôt noire de monde. Pour le duo d’artistes, le musée d’Orsay est un terrain de jeu idéal : « c’est quasiment une ville, habitée de sculptures et de visiteurs. » Nous voilà cette fois dans la peau d’un photographe-voyeur (The Examiner, Fig.3), prêt à capturer le plongeon de ce pauvre garçon, paralysé par le vertige…

Au-dessus de la plateforme suspendue, une nouvelle scène se dévoile : un voyageur solitaire s’est extirpé de la masse pour marcher droit devant lui, sur un sol recouvert de (fausse) neige. Un joli écho au paysage enneigé de Cuno Amiet, Schneelandschaft (1904), que l’on retrouve dans une salle voisine. Où va-t-il ? À quoi pense-t-il ? Mille et une questions nous viennent. C’est là tout le génie d’Elmgreen & Dragset : faire vivre avec malice un petit théâtre de personnages dans lesquels nous, spectateurs ébahis, nous projetons immédiatement.

Elmgreen & Dragset. L'Addition

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