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Portrait

Lucien Lévy-Dhurmer, magicien du pastel

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Pastelliste virtuose de la fin du XIXe siècle, Lucien Lévy-Dhurmer laisse derrière lui d’étonnantes visions symbolistes et vaporeuses. Une dizaine de ses œuvres sont à admirer au Petit Palais dans une rare exposition de 130 pastels, jamais prêtés en raison de leur fragilité… Portrait.
Lucien Lévy-Dhurmer, Ophélie
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Lucien Lévy-Dhurmer, Ophélie, 1900

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Pastel sur papier • 45,5 × 65 cm • Coll. particulière • © Akg-images / Erich Lessing

Poudre de feu, rêveries bleutées… Véritable magicien du pigment, Lucien Lévy-Dhurmer est considéré comme l’un des pastellistes les plus fascinants de son époque. Son talent éclate très tôt : à seulement dix-sept ans, ce natif d’Alger, inscrit dans une école de dessin parisienne, expose déjà une toile au Salon de la Société des artistes français. Mais l’artiste, s’il est d’abord lithographe pour gagner son pain, puis céramiste à la manufacture de Massier à Golfe-Juan, s’intéresse surtout au pastel.

Très prisée au XVIIIe siècle, la technique revient à la mode à la fin du XIXe siècle. Moins coûteux que la peinture à l’huile, plus efficaces pour saisir des sujets sur le vif, ces bâtonnets de pigment pur séduisent de nombreux artistes, auxquels bourgeois et aristocrates commandent des portraits veloutés et sensuels. Soucieux d’exprimer leurs rêves et leurs sentiments profonds, les peintres symbolistes s’entichent de leur texture poudreuse et de leurs harmonies de teintes subtiles, idéales pour représenter une atmosphère mystérieuse et irréelle.

François Vizzavona, Le peintre et sculpteur Lucien Levy-Dhurmer
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François Vizzavona, Le peintre et sculpteur Lucien Levy-Dhurmer, 1920

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Photographie • Coll. agence photo RMN-Grand Palais, Paris, fonds Druet-Vizzavona • © RMN-Grand Palais / François Vizzavona / reproduction RMN-Grand Palais

Le jeune Lucien Lévy-Dhurmer est vite attiré par ce courant artistique, qui troque les représentations réalistes contre des sujets rêveurs inspirés de la littérature et de la mythologie. En 1896, il participe à l’exposition collective des « Peintres de l’âme », organisée dans le hall d’un théâtre parisien : il prend place parmi les paysages crépusculaires d’Émile-René Ménard, les déesses d’Alphonse Osbert contemplant la lune ou le soleil couchant, et les allégories (Orphée et sa lyre, la Beauté idéale, la Pensée), sirènes et autres chimères d’Alexandre Séon. Sans oublier Carlos Schwabe, illustrateur des Fleurs du Mal de Baudelaire et précurseur de l’Art nouveau, ou encore Edmond Aman-Jean, élève du pointilliste Georges Seurat.

Toujours en 1896, Lévy-Dhurmer fait un portrait songeur de son nouvel ami, le poète symboliste Georges Rodenbach : au pastel, il immortalise la douceur de son expression, de ses yeux gris-bleu et de sa moustache blonde, avec la ville de Bruges en arrière-plan, en hommage à son roman Bruges-la-morte. Grâce à l’appui de l’écrivain, Lévy-Dhurmer expose la même année dans la galerie du puissant marchand d’art Georges Petit : proches de l’esthétique symboliste, ses 24 œuvres (dont 16 pastels) y rencontrent un succès fulgurant.

Lucien Lévy-Dhurmer, Ève
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Lucien Lévy-Dhurmer, Ève, 1896

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Pastel sur papier • Coll. particulière • © Bridgeman Images

Parmi elles, Bourrasque – une femme dont les cheveux roux, emportés par le vent, se mêlent à des feuilles d’automne – et Le Silence, un énigmatique personnage posant deux doigts sur sa bouche sur fond de nuit étoilée. Ou encore le portrait d’une Ève douce et gracieuse, enveloppée dans sa chevelure rousse, entourée de fruits défendus et d’un serpent scintillant, où l’influence botticellienne dialogue avec celle de l’Art nouveau.

Lucien Lévy-Dhurmer, Feu d’artifice à Venise
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Lucien Lévy-Dhurmer, Feu d’artifice à Venise, version de 1917

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Pastel sur carton • 87,5 × 53,8 cm • Coll. Petit-Palais, Paris • © Roger-Viollet presse

Italie, Turquie, Espagne, Afrique du Nord : à partir de 1897, Lévy-Dhurmer croque des paysages idéalisés lors de nombreux voyages en Europe et au Proche-Orient, peut-être inspirés par l’écrivain bourlingueur Pierre Loti dont il a fait le portrait. En 1906, il signe Feu d’artifice à Venise : au pastel, dans une symphonie de reflets, fumées et lumières féériques, les contours du palais des Doges apparaissent comme brouillés par une multitude de gouttelettes d’eau en suspension. L’artiste commence déjà à s’éloigner des thèmes symbolistes pour se concentrer sur le développement d’une technique diffuse faite de modelés souvent bleutés, nimbant ses sujets d’une aura de plus en plus rêveuse et surnaturelle.

Apprécié de Gustave Moreau et d’Émile Bernard, Lévy-Dhurmer devient l’ami du compositeur Debussy, dont les rêveries cristallines l’inspirent. Il admire également le déjà mythique Beethoven, dont il réalise un fascinant portrait en 1906 : au centre d’un triptyque au pastel, la tête du virtuose allemand, entourée de deux allégories de ses œuvres les plus célèbres (la sonate Appassionata et l’Hymne à la joie), apparaît dans une brume rougeâtre et flamboyante, auréolée d’une chevelure électrique traduisant sa fougue créatrice. Grâce à un travail d’estompe, au doigt ou avec un petit chiffon doux, le peintre obtient un remarquable effet de sfumato, technique des grands maîtres de la Renaissance qu’il a admirés en Italie. L’évocation à la musique se retrouvera encore plus tard, dans une série de paysages représentants des calanques et réunis sous le nom de Quatuor.

Lucien Lévy-Dhurmer, La Calanque
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Lucien Lévy-Dhurmer, La Calanque, vers 1936

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Pastel sur papier • 79 × 63 cm • Coll. Musee d’Orsay, Paris • © Akg-images / Erich Lessing

Très demandé, il réalise de nombreux portraits au pastel dans son atelier parisien, comme son évanescente Dame au turban (ou Mademoiselle Carlier, 1910), vêtue de mousseline blanche et alanguie sur un coussin. Mais à partir de 1920, outre de cotonneuses vues de Versailles aux couleurs de guimauve, Lévy-Dhurmer se consacre surtout à de nombreux nus raffinés en grand format, s’inspirant de Georges Seurat pour la division des couleurs en une multitude de petites miettes lumineuses. De face ou de dos, modelées par de fines stries en camaïeu de roses et de bleus, des femmes nues et sans visage semblent émerger des nuages ou s’y enfoncer. D’une douceur de plume, leurs chairs vaporeuses flottent dans une atmosphère lunaire… De quoi prouver que le pastel, loin de se cantonner à l’esquisse, peut être un art à part entière !

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L'Art du pastel, de Degas à Redon

Du 15 septembre 2017 au 8 avril 2018

Retrouvez dans l’Encyclo : Symbolisme

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