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Edward Coley Burne-Jones, Tête de jeune femme les yeux baissés, 1872
mine de plomb • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN - Grand Palais / Photo Stéphane Maréchalle
Gustave Moreau, Bethsabée, XIXe siècle
Beauté encapsulée
Parmi les trésors du fonds d’art graphique du musée d’Orsay, figurent des aquarelles d’un raffinement digne de peintures à l’huile, à l’image de cette œuvre de Gustave Moreau (1826–1898) qui en avait fait son médium de prédilection. Le maître des symbolistes français y représente un fabuleux palais oriental à la tombée du jour, envahi d’une végétation luxuriante et d’oiseaux multicolores. C’est dans ce cadre envoûtant (et quelque peu inquiétant) que la belle Bethsabée s’adonne à sa toilette aidée d’une suivante, tandis que l’épie au loin, perché sur une terrasse, le roi David qui bientôt l’enlèvera pour la faire sienne. L’écrin se mue en piège fatal.
aquarelle • 59,2 x 41,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Photo Tony Querrec
Odilon Redon, Caliban, petit monstre ou gnome, 1881
Dans les abymes de l’imagination
Figure à part dans le paysage artistique français du XIXe siècle, Odilon Redon (1840 – 1916), adepte du fusain et du pastel, a peuplé son œuvre de créatures déconcertantes, tantôt grotesques, tantôt mélancoliques. Son personnage de Caliban, sorte d’enfant difforme à la tête de gnome, trouve son inspiration dans « La Tempête » de William Shakespeare. L’artiste passionné de littérature est aussi fasciné par les origines de la vie. Son œuvre (d’abord noire, puis colorée) se nourrit de cet imaginaire hybride d’une grande singularité.
fusain sur papier • 49,9 x 36,7 cm • Coll. musée d'Orsay, conservé au musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Photo Gérard Blot
Carlos Schwabe, Le Rêve – femme ailée se penchant, 1891
L’illustration prend son envol
L’exposition consacre un chapitre entier à l’illustration qui connaît à la fin du XIXe siècle un âge d’or sous l’effet du développement de l’édition et devient le terrain d’expérimentation de nombreux artistes. C’est ainsi que se fait connaître le symboliste Carlos Schwabe (1866–1926), artiste mystique et introverti venu de Suisse. Les sublimes planches aux volutes sophistiquées qu’il exécute pour Le Rêve d’Émile Zola lui valent une renommée rapide et font de lui un précurseur de l’Art nouveau. L’histoire de la jeune brodeuse Angélique au destin de martyre se trouve ici synthétisée à travers des éléments symboliques tels que la fleur de lys, le fleuve ensanglanté, l’ange et la chaîne lestée d’un boulet…
Coll. musée d'Orsay • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Photo Tony Querrec
Gustave Courbet, Femme assise, endormie, tenant un livre, la main droite sur une table, 1849
Le désir en éveil
« Ferme l’œil de ton corps afin de voir avant toute chose ta propre image par l’œil de l’esprit » professait Caspar David Friedrich, influant sur toute une génération d’artistes après lui. Aussi l’exposition fait-elle la part belle aux figures de dormeurs et de dormeuses absorbés dans un ailleurs, nous refusant l’accès à leur monde intérieur. Chez Gustave Courbet (1819–1877), qui a peint et dessiné un grand nombre d’endormies, le sommeil est aussi le moment où le corps s’abandonne, comme ici : la main est relâchée, le corsage est défait, la tête est tombante comme alourdie par les pensées insinuées par la lecture de son ouvrage laissé ouvert. Une image de rêverie pleine de sensualité.
Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orasy) / Photo Stéphane Maréchalle
William Degouve de Nuncques, Nocturne au Parc Royal de Bruxelles : croisement d’allées, 1897
L’énigme du réel
C’est une inquiétante étrangeté que distillent les paysages de William Degouve de Nuncques (1867–1935), trop sages pour ne pas recéler une tragédie sourde, quelques fantômes ou la menace d’une catastrophe. Proche du cercle des poètes belges et associé aux symbolistes du groupe des XX, l’artiste nous mène ici à travers une succession d’allées semblables les unes aux autres, enveloppées d’une lueur bleutée – produite par des réverbères semblables à des lunes – qui semble dissoudre la réalité… Une image énigmatique, entêtante, qui annonce le surréalisme d’un René Magritte ou même le cinéma de David Lynch.
Pastel • Coll. musée d'Orsay, Paris • Wikimedia Commons
Lucien Lévy-Dhurmer, Le Lac Léman, 1925
Le paysage au sommet
Ode aux paysages alpins, que le symboliste Lucien Lévy-Dhrumer (1865–1953) admire à l’occasion de différents séjours, cette majestueuse vue du lac Léman fusionne dans un même rêve d’épure les sommets montagneux et le miroir d’eau. Seuls les reflets dorés du soleil viennent esquisser l’horizon et les crêtes enneigées. Ce pastelliste hors pair explore ainsi, avec une grande économie de moyen et dans un quasi monochrome bleu, la puissance poétique du paysage tout en capturant, à la manière des impressionnistes, son caractère atmosphérique.
© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Photo Hervé Lewandowski
Gustave Doré, Paysage de montagne avec un promeneur, 1879
La quête du sublime
Connu pour ses illustrations des grands classiques de la littérature que sont les contes de Perrault, la Bible ou Don Quichotte, Gustave Doré (1832–1883) avait aussi une âme d’aventurier : alpiniste de la première heure, il arpenta les sommets suisses une douzaine de fois, capturant même de manière saisissante la tragique ascension du mont Cervin dans laquelle sept explorateurs perdirent la vie en 1865. Ici, c’est une scène plus sereine qu’il immortalise, celle d’un promeneur solitaire subjugué par la nature grandiose qui se déploie autour de lui au crépuscule. Une aquarelle qui évoque l’expérience du sublime dont les artistes romantiques se font l’écho au XIXe siècle.
Aquarelle et graphite • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Les Arpenteurs de rêves. Dessins du musée d'Orsay
Du 2 juillet 2022 au 1 novembre 2022
Palais Lumière • Quai Charles Albert Besson • 74500 Évian-les-Bains
ville-evian.fr
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Songe léonardesque
Quelle délicatesse ! Paupières baisées et lèvres closes, ce visage d’une grande douceur est une étude pour le célèbre tableau La Roue de la Fortune (également conservé à Orsay) d’Edward Burne-Jones (1833–1898). L’artiste autodidacte fait ici montre de toute sa virtuosité et de sa maîtrise du sfumato emprunté à Léonard de Vinci. Appartenant à la deuxième génération des préraphaélites, l’artiste voue un véritable culte à l’art de la Renaissance italienne dont il s’inspire pour ses compositions oniriques aux lignes pures.