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Meryl Meisler, Studio54 – Stretched on floor, 1977
tirage argentique • © Meryl Meisler
Du haut de ses 71 ans, elle a le regard pétillant d’une fillette un soir de Noël. Meryl Meisler découvre, dans la salle d’exposition de l’ancien casino de Vichy, tout en dorure et faste Second Empire, ses clichés accrochés en série. Elle semble surprise de l’accueil enthousiaste que lui réserve les organisateurs de la 10e édition du festival Portrait(s) dont elle est l’invitée. Et pourtant, c’est une vraie révélation ! Qui rappelle, il y a quelques années, celle de Vivian Maier, la nourrice de Manhattan désormais la plus célèbre de la planète. Mais il s’agit plutôt aujourd’hui d’une Vivian Maier sous acide, car c’est une autre vision de New York qui se livre dans ses images.
Meryl Meisler, The Meisler, Forkash & Cash Clan Welcoming a Sweet New Year, North Masspequa, NY, Rosh Hashanah, 1974
tirage argentique • © Meryl Meisler
Née en 1951, Meryl Meisler grandit dans une famille juive de Long Island. Cette banlieue, est, dans les années 1950, un joyeux melting-pot. Son père, imprimeur, lui a transmis sa passion pour l’argentique. À sept ans, il lui offre un petit appareil, l’Adventurer, qui ne la quittera pas pendant toute son enfance, mitraillant inlassablement sa famille. Mais surtout, ses parents lui lèguent une curiosité sans borne. « Mon père, Jack, et ma mère, Sylvia, surnommée Sunny, étaient des personnes aimantes et généreuses avec un grand sens de l’humour, traditionnels mais très ouverts d’esprit. Ils étaient membres fondateurs du Mystery Club » se souvient-elle. Réunissant onze couples, The Mystery Club planifie des sorties « mystérieuses » qui les mènent dans des maisons hantées, à des séances d’hypnose, dans des studios d’enregistrement, dans un sauna gay de New York ou dans un camp nudiste du New Jersey. « Maman et papa riaient encore pendant des jours après une aventure du Mystery Club. Mes frères et moi aimions entendre leurs histoires, qui ont été une source d’inspiration pour mes explorations nocturnes. Cela m’a fait réaliser que je n’avais pas besoin de voyager loin pour explorer de nouveaux mondes… »
Meryl Meisler, Self-Portrait, A falling Star, North Massapequa, NY, janvier 1975
tirage argentique • © Meryl Meisler
La scène résume bien son œuvre, à mille lieues des conventions sociales ou du puritanisme américain.
Son premier autoportrait, réalisé à l’âge de 24 ans, en dit long sur sa maturité artistique et son regard photographique. Posant dans la maison de ses parents, elle s’immortalise sur un fauteuil, la tête en bas, bras et jambes en croix, un sein échappé de son corsage. La scène paraît absurde et joyeuse, provocante et ingénue. Elle résume bien son œuvre, à mille lieues des conventions sociales ou du puritanisme américain. « Lors de mon inscription à mon premier cours de photographie en 1973, j’ai remis en question mon identité sexuelle. Cette interrogation est plus évidente dans mes premiers autoportraits. En 1975, j’ai déménagé à New York, et j’ai été ravie de me retrouver dans une ville remplie de gens de divers horizons. En raison de toutes ces influences et de ma personnalité, j’y ai développé ma vision décalée et queer. »
Meryl Meisler, Cherrygrove Ice Palace triodance, 1977
tirage argentique • © Meryl Meisler
S’enchaînent les folles soirées new-yorkaises des années 1970, où tout semble permis. Du Studio 54 aux soirées underground et punks du CBGB, autre club mythique de l’époque, l’appareil de Meryl est de toutes les fêtes. Grâce à son amie Judi Jupiter, alors grande figure du monde de la nuit, elle s’infiltre partout, capturant les poses improbables des danseurs, les intimités éphémères, les drogues dissoutes dans l’euphorie, etc. À Vichy, elle nous évoque très vite les photographes qui l’ont inspirée. En premier lieu Lisette Model bien sûr, qui a été sa professeure. Puis tous azimuts, Jacques Henri Lartigue, Weegee, Diane Arbus, Brassaï. Et l’on retrouve, dans ses images, le même œil affûté que ses mentors. Comme des bonnes fées, elle a hérité d’un peu de chacun : de Lartigue, la tendresse ; de Diane Arbus, la justesse ; de Brassaï, le grain de folie…
Devenue professeure dans une école du quartier de Bushwick, à Brooklyn, en 1982, elle passe à la couleur. « J’ai fait l’acquisition d’un petit appareil photo couleur, simple à transporter et discret. Je ne voulais pas me faire voler mon Norita Graflex. » Le quartier est à l’époque complètement abandonné, et malfamé. Pourtant, ses images donnent à voir une certaine joie de vivre. Malgré un décor souvent délabré à l’arrière-plan, entre bâtisses en ruine et épaves de voitures, les enfants s’amusent, sourient à l’objectif.
Meryl Meisler, Boyz 2 men, 1982
tirage argentique • © Meryl Meisler
« Le meilleur est encore à venir. »
Meryl Meisler
Depuis 2010, et la fin de sa carrière d’enseignante, elle peut enfin se consacrer à son grand œuvre : se plonger dans ses milliers de planches-contacts et trier ses épreuves ! « J’ai toujours photographié depuis ce premier cours à l’automne 1973. Il y a d’innombrables images dans des pochettes de négatifs, des boîtes de diapositives et des fichiers numériques que je n’ai jamais encore regardés. Il y a tant à découvrir, à éditer et à contextualiser. J’en suis venu à réaliser que pour moi, la photographie est un journal visuel. Tout mon travail reflète ma vie personnelle et professionnelle, ma famille, mes amis, ma communauté et mes voyages au cours des 49 dernières années. » Elle finit par glisser avec malice : « Si la santé suit, le meilleur est encore à venir. » Une révélation, donc, qui en présage encore d’autres.
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