Vue de l’exposition “Giacometti / Morandi. Moments immobiles” à l’Institut Giacometti de Paris, 2024
© Institut Giacometti
Ils ne se sont pas connus. Aucune trace d’un quelconque regard de l’un sur l’autre ne subsiste. Pourtant, l’Institut Giacometti à Paris a décidé d’exposer face-à-face Alberto Giacometti (1901–1966) et Giorgio Morandi (1890–1964), dans un va-et-vient entre les dessins de l’un et les gravures de l’autre, entre les fines silhouettes sculpturales du premier et les natures mortes vibrantes du second.
À leurs débuts, ils explorent, tâtonnent. « Morandi et Giacometti inaugurent tous deux leur travail par une traversée des langages artistiques de l’avant-garde : cubisme, futurisme, peinture métaphysique, surréalisme, où s’affirment les pôles de Rome et de Paris », explique ainsi Françoise Cohen, directrice artistique de l’Institut Giacometti, dans le catalogue de l’exposition.
Alberto Giacometti, Femme qui marche, 1932
Bronze • 150,3 × 27,7 × 38,4 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Fondation Giacometti / Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris, 2024
Mais leurs trajectoires diffèrent ; Morandi voyage peu, créant depuis sa chambre de Bologne la majorité de ses toiles, tandis que Giacometti quitte sa Suisse natale pour s’installer à Paris, multiplie les rencontres. Le premier peint obsessionnellement des natures mortes, arrangeant et réarrangeant bouteilles, coupes et bols dans une recherche constamment renouvelée. Le deuxième modèle des figures humaines, seules ou en groupe, d’une matière tremblée, qui laisse voir la trace de la main, le doute de l’artiste.
Mais, effectivement, l’idée de les rapprocher fait sens, surtout dans cet endroit merveilleux, l’Institut Giacometti, installé depuis 2018 dans l’ancien hôtel particulier du décorateur Paul Follot, en face du cimetière du Montparnasse. Domestique, le lieu est intime, avec ses petites pièces qui invitent à se rapprocher des œuvres, celles-ci n’étant d’ailleurs pas si nombreuses. Leur petit nombre, leur simplicité, leur vérité appellent une concentration absolue, et c’est un moment hors du temps que l’on passe ici, un moment sans époque – il n’y a de toute façon aucun marqueur dans leurs œuvres respectives.
Le petit peuple de Giacometti est ici parfaitement à l’aise, passant d’une pièce à l’autre de son allure altière, portant à chaque enjambée une réflexion métaphysique sur l’existence. Le monde de Morandi s’y accorde tout aussi bien, avec sa vaisselle en camaïeux mats de bruns, de beiges et de bleus, qui ouvre une fenêtre sur un monde quotidien, à deux pas de la grande table de l’Institut où l’on peut s’asseoir et consulter un livre.
Giorgio Morandi, Nature Morte, 1944
Huile sur toile • 30,5 × 53 cm • Coll. Centre Pompidou, Paris • © Adagp Paris 2024 / Photo Bertrand Prevost
La commissaire de l’exposition rapproche les deux hommes en synthétisant par ces mots leurs recherches : « Créer des formes essentielles. » C’est juste, infiniment juste. La visite se passe de mots ; devant l’un comme devant l’autre, il n’y a pas besoin de cartel, pas besoin de notice biographique. Ces deux artistes, comme l’écrit Alessia Masi dans le catalogue, « se rejoignent dans un univers où l’art est conçu comme une manière d’aborder l’infini, comme un salut de l’être, comme un absolu qu’il ne faut pas chercher par-delà le monde, mais dans le monde même, dans notre quotidien, hic et nunc. » À voir, donc.
Giacometti / Morandi. Moments immobiles
Du 15 novembre 2024 au 2 mars 2025
Fondation Giacometti • 5 Rue Victor Schoelcher • 75014 Paris
www.fondation-giacometti.fr
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