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Berlin

Otto Mueller, magicien du modernisme

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Peintre, mentor, magicien. C’est un artiste singulier de l’expressionnisme allemand que la Hamburger Bahnohf de Berlin met actuellement en lumière. Ce membre de « Die Brücke », souvent éclipsé par ses amis Ernst Ludwig Kirchner ou Max Pechstein, fut pourtant une figure clé des avant-gardes germano-polonaises. L’exposition révèle, notamment, comment il enseigna à une nouvelle génération magnétisée par son progressisme et sa vision.
Otto Mueller, Deux jeunes filles
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Otto Mueller, Deux jeunes filles, vers 1925

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Détrempe sur toile de jute • 175 × 111 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie • © bpk / Nationalgalerie, SMB / Foto: Jörg P. Anders / achat réalisé avec le soutien du Land Berlin 1953

Max Glauer, Otto Mueller dans son atelier à Wrocław
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Max Glauer, Otto Mueller dans son atelier à Wrocław, décembre 1926

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Archiv der Otto Mueller Gesellschaft e. V. Weimar

Unique en son genre, l’art d’Otto Mueller (1874–1930) s’identifie au premier coup d’œil. Celui qui voulait « exprimer avec la plus grande simplicité, la sensation du paysage et de l’homme » peint des figures féminines anonymes et intemporelles, efflanquées et anguleuses, représentées devant un paysage, comme en parfaite harmonie avec la nature. Une impression de spontanéité et d’innocence primitive, que renforce l’utilisation d’une peinture à la détrempe appliquée sur des fonds grossiers en toile de jute. Et si le peintre amorce ce style si caractéristique au début des années 1910, celui-ci ne s’affirme véritablement qu’à partir de 1919, lorsque Mueller quitte Berlin pour enseigner à l’académie des Beaux-Arts de Wrocław.

Au cours des années 1920, l’enseignement artistique dans cette ville de Silésie va être considéré comme l’un des plus progressistes. Dirigée par le peintre Oskar Moll, qui fut l’un des fondateurs de l’Académie Matisse à Paris, l’institution prône l’interdisciplinarité et encourage les orientations artistiques de tous horizons. Le corps professoral regroupe aussi bien des expressionnistes (Otto Mueller pour la peinture et Hans Scharoun pour l’architecture) que des membres de la Nouvelle Objectivité (Alexander Kanoldt et Carlo Mense, bientôt rejoints par Oskar Schlemmer en provenance directe du Bauhaus). Des conceptions artistiques différentes mais qui, en fonctionnant par influences réciproques, feront de Wrocław un creuset de premier ordre pour le modernisme. En replaçant cette émulation dans son contexte, l’exposition s’intéresse également aux interactions et aux parallèles existant à la fois avec les autres avant-gardes de la région, à Berlin, Dessau, Cracovie et Poznań. Mais aussi avec l’art baroque et médiéval très présent en Silésie.

Otto Mueller, Autoportrait avec pentagramme
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Otto Mueller, Autoportrait avec pentagramme, vers 1924

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Détrempe sur toile de jute • 120 × 75,5 cm • Coll. Von der Heydt-Museum, Wuppertal • © Von der Heydt-Museum Wuppertal / Foto: Antje Zeis-Loi, Medienzentrum Wuppertal

Un environnement propice à l’affirmation de chacun et où les aspirations d’Otto Mueller à la liberté et à un mode de vie antibourgeois s’affirment de plus en plus. Dès 1907, cette personnalité atypique avait servi de modèle à son ami le poète silésien Carl Hauptmann pour son roman Einhart, der Lächler [Einhart, l’homme au sourire], dans lequel le héros – également peintre – rejette la société pour se retrouver dans la nature. Des convictions que l’on retrouve dans ses séjours réguliers à partir de 1924 auprès des populations tsiganes d’Europe de l’Est dont il fera le portrait dans l’un de ses chefs-d’œuvre, une série de neuf lithographies de grand format. Cet artiste bohémien, tel qu’il se représente dans son Autoportrait avec pentagramme, est alors qualifié de « magicien » par ses collègues. Ils voient dans cette figure anticonformiste l’incarnation de l’artiste hors norme doté d’une perception plus aiguë du monde sensible, selon une idée particulièrement répandue dans les avant-gardes du début du XXe siècle.

Otto Mueller, Madone tsigane
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Otto Mueller, Madone tsigane, 1926

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Lithographie • 69,7 × 50,1 cm • Coll. particulière

Un charisme qui suscite également la fascination chez ses élèves. Au contraire d’autres professeurs, celui-ci ne fait aucune distinction entre les deux sexes dans son atelier, affirmant que seul importe le talent. Aussi malgré sa volonté de laisser libre cours à l’imaginaire de ses étudiants, son art fait forte impression et imprègne durablement le travail de Grete Jahr-Queißner, Johnny Friedländer, Alexandre Camaro, Horst Strempel, etc. Avec l’arrivée au pouvoir des nazis, leur art qualifié de dégénéré et les œuvres de Mueller saisies, ceux-ci devront faire face à un début de carrière difficile, témoignant toutefois de l’influence de Mueller dans l’immédiat après-guerre et jusque dans la création contemporaine.

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Peintre, mentor, magicien, Otto Mueller et son entourage à Wrocklaw

Du 12 octobre 2018 au 3 mars 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Expressionnisme

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