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Épingles à cheveux à décor de crabe, Dynastie Ming
filigrane d’or incrusté de perles et rubis • 13,7 x 14,2 cm, poids 19,3 / 20,5 g. • Coll. musée des Beaux- Arts Qujiang, Xi’an • © Peter Viem Kwok’s Dong Bo Zhai Collection
Ming. Ce nom résonne comme un âge d’or lorsque l’on évoque l’histoire de la Chine. La Grande Muraille, la Cité interdite à Pékin… : autant de symboles que l’on doit aux empereurs de cette dynastie, qui régnèrent du XIVe au XVIIe siècle. Durant près de trois cents ans d’une histoire mouvementée, de successions douloureuses en trahisons afin de conserver un pouvoir centralisé mais usé qui entraînera la chute de la dynastie, les arts décoratifs s’épanouissent, jusqu’à marquer l’histoire de l’art asiatique.
Des délicates porcelaines aux motifs blanc et bleu, qui ont inondé le marché européen dès la Renaissance, au mobilier en bois naturel, les artisans chinois sont passés maîtres dans la réalisation d’objets de luxe, entre simplicité des formes et richesse des motifs. Le raffinement de la cour impériale n’a d’égal que sa fragilité politique.
Arrivant après la domination du pays par les Mongols, la nouvelle dynastie Ming (1368–1644) est autochtone, de l’ethnie Han, encore majoritaire aujourd’hui. Son fondateur, l’empereur Hongwu, est issu d’une famille pauvre de paysans. Après sa conquête du pouvoir (qui passe par un séjour dans un monastère, où il s’instruit, et par un talent militaire qui s’exprime dans les combats contre les Mongols), il choisit, pour asseoir le rayonnement culturel du pays, de s’inscrire dans la tradition des grandes dynasties du début de l’empire chinois, notamment celle des Tang (618–907), à l’origine d’une période faste et prospère. Ce retour à la culture des temps anciens va permettre aux Ming de s’affranchir de la parenthèse mongole et de marquer leur puissance. L’orfèvrerie n’échappe pas à cet épanouissement des arts.
Dans son exposition d’automne, le musée Guimet lève le voile sur cet aspect encore peu exploré de l’art chinois. Comme l’explique Hélène Gascuel, conservatrice du musée et l’une des deux commissaires de l’exposition, « nous savons peu de chose concernant ces productions et très peu d’objets d’orfèvrerie sont conservés car, comme partout ailleurs dans le monde, le métal précieux a une telle valeur qu’à partir du moment où la mode est passée, ces objets sont vendus pour en réaliser de nouveaux. Les pièces sont donc très rares et les informations restent parcellaires sur les centres de production. »
Sceptre ruyi, Dynastie Ming, période Wanli (1573–1620), daté 1601
De nombreux mystères entourent ce sceptre quant à ses origines et ses fonctions. Comme un rébus, les motifs végétaux qui l’ornent se lisent ainsi : « Puissiez-vous avoir bonheur, longévité et vos désirs exaucés. » Purement décoratif, l’objet a certainement été offert à une personne de haut rang. Le médaillon en jade sculpté prend la forme d’un lingzhi ou « champignon d’immortalité ».
filigrane d’or incrusté de jade, de rubis et de saphirs • 36,5 × 4,2 cm, poids 476,8 g • Coll. musée des Beaux- Arts Qujiang, Xi’an • © Peter Viem Kwok’s Dong Bo Zhai Collection
La cour impériale, que Yongle (successeur de Hongwu) installe définitivement dans la nouvelle capitale, Pékin, en 1421, considère l’or comme un matériau aussi précieux que le jade. Les empereurs, investis du rôle de reconquête de l’ensemble du territoire jadis occupé par les Mongols, s’emparent aussi du contrôle de l’or et veillent à en limiter l’utilisation pour leur usage unique. Cette matière noble, dont les mines sont exploitées depuis sept ou huit siècles déjà, particulièrement dans les régions du sud-ouest, acquiert donc une place prépondérante. Mais l’or fera aussi l’objet de transactions commerciales plus larges, avec les pays voisins ou les grandes puissances européennes.
Au tournant du XVe siècle et au début du XVIe, les explorations maritimes chinoises, ainsi que l’épanouissement des comptoirs commerciaux ouverts par les Espagnols et les Portugais, permettent l’arrivée en masse de métaux précieux, que ce soit l’or pour les bijoux ou l’argent pour battre monnaie. La population, marquée par la pauvreté, verra dans ce commerce régional côtier de nouvelles possibilités de s’enrichir.
Pour Hélène Gascuel, « à l’époque Ming, avec le développement du commerce et le développement urbain, notamment dans le sud du pays, apparaissent de nouvelles élites, les marchands, très dépréciés d’un point de vue moral (ils ne font que s’enrichir) et considérés comme la pire des classes, après les paysans, dans une société confucianiste qui connaît une hiérarchie très marquée, dans le corps social comme dans la famille. Cependant, à l’époque Ming, cette classe marchande va réussir économiquement, acquérir des privilèges et parfois même des titres de noblesse. Elle finira par rivaliser avec les élites traditionnelles. » Les marchands voudront eux aussi briller en société, et rien de tel que des accessoires en or pour le faire avec élégance !
Boîte à décor de daim, Dynastie Ming, période Wanli (1573–1620), daté 1601
Cette boîte polylobée, faisant partie d’une paire, est surmontée par un cervidé, symbole de richesse et de longévité. La grande finesse de son exécution illustre à merveille la « souplesse de saule » de l’or, vantée par l’encyclopédiste chinois Song Yingxing en 1637.
filigrane d’or incrusté de rubis et saphirs • 13 × 9,5 cm, poids 270,6 g • Coll. musée des Beaux- Arts Qujiang, Xi’an • © Peter Viem Kwok’s Dong Bo Zhai Collection
Dans ce contexte, l’aristocratie impériale, la noblesse dite « de sang », mais aussi ceux que l’on appelle l’aristocratie terrienne, composée pour une grande part de lettrés, ont à cœur de se démarquer. Cela passera par le choix de symboles, qui apparaissent sur les pièces ornementales. Des vases d’apparat, dont l’usage reste encore quelque peu mystérieux, portant le sceau des ateliers impériaux s’ornent de dragons et de phénix.
Seul l’empereur, dont le pouvoir est d’origine céleste, peut se prévaloir de ces créatures. Déjà dans les époques archaïques, sous les dynasties Shang et Zhou, les bronzes funéraires et cultuels arboraient des représentations stylisées de dragons. Les artisans Ming pousseront encore plus loin le réalisme de ces figures.
« Dans la manière de faire chinoise, le matériau est important, mais pas plus important que la symbolique que l’on veut donner aux décors. »
Ceux-ci excellent aussi dans la technique du filigrane et de la granulation. Associée au martelage, au sertissage, à la technique du repoussé ou encore au découpage à jour, elle permet une variété de formes et une opulence dans la réalisation. Deux boîtes à décor de daim, dont la réalisation montre la maîtrise de celui qui les a créées, allient plusieurs de ces techniques, dont la granulation, le découpage à jour et le sertissage de quelques pierres de couleur. L’artisan s’est joué de la plasticité de l’or pour rendre ces cervidés, symboles de richesse et de longévité, d’un réalisme saisissant.
Vase à anses en forme de phénix, Dynastie Ming
Les phénix demeuraient des motifs réservés à l’usage exclusif de l’empereur et de sa famille. Ces oiseaux divins, liés à la chaleur du soleil et à la lumière, étaient considérés comme annonciateurs de bon gouvernement et de prospérité.
filigrane d’or incrusté de perles, rubis et saphirs • h. 26 cm, d. 6,7 cm, poids 718,8 g • oll. musée des Beaux- Arts Qujiang, Xi’an • © Peter Viem Kwok’s Dong Bo Zhai Collection
Les ornements de coiffure et les parures vestimentaires présentent eux aussi des éléments devant attirer la chance et les bons augures. Hommes et femmes de la haute société recherchent avant tout des porte-bonheur. Arnaud Bertrand, conservateur au musée et co-commissaire de l’exposition, souligne que « dans la manière de faire chinoise, le matériau est important, mais pas plus important que la symbolique que l’on veut donner aux décors ».
Crabes et chauves-souris deviennent des éléments décoratifs prisés. Portés en épingle à cheveux, ils protègent leurs propriétaires du mauvais sort. La chauve-souris est associée au bonheur, dont elle partage le caractère d’écriture. Quant au crabe de rivière, il est synonyme d’harmonie. Ces homophonies permettaient des compositions complexes. C’est ainsi que sur certaines épingles à cheveux, le crabe était associé à un épi de céréale, signifiant « l’harmonie qui se perpétue au fil de l’année ».
Agrémenté de perles et de rubis, le bijou se transformait en véritable talisman, au programme symbolique chargé. Hélène Gascuel précise : « Les pierres utilisées, que ce soit le jade, les émeraudes, les rubis ou les grenats, étaient essentiellement choisies pour leur couleur et l’on retrouve ici la théorie des cinq éléments (bois, métal, feu, terre et eau), dont chacun est associé à une direction (en Chine, dans la pensée traditionnelle, le centre est une direction), à une couleur, à un animal. Il existe donc une forme de complémentarité de tous ces éléments qui sont mouvants. L’idée, sur les bijoux comme sur les pièces d’orfèvrerie, est de combiner les cinq couleurs et de réunir ainsi tous les principes essentiels. »
Ornement en forme de chauve-souris surmontée du caractère shou, Dynastie Ming
L’association de cette petite chauve-souris aux ailes filigranées, symbole du bonheur, avec le motif de la longévité (shou), était très appréciée par les femmes chinoises pour leurs parures.
filigrane d’or ajouré et incrusté de rubis et saphirs • 7 × 5,8 cm, poids 19,8–24,5 g • Coll. musée des Beaux- Arts Qujiang, Xi’an • © Peter Viem Kwok’s Dong Bo Zhai Collection
Plus que simples fournisseuses de parures ou d’objets de décoration, la joaillerie et l’orfèvrerie Ming décrivent une société profondément codifiée que même la révolution culturelle voulue par Mao n’aura pas fait totalement disparaître. Le confucianisme demeure présent dans la vie quotidienne et, surtout, les élites chinoises continuent plus que jamais à vouloir briller devant leurs pairs. Les joailliers actuels l’ont bien compris, qui proposent des pièces lourdes de symboles à cette nouvelle aristocratie chinoise.
L'or des Ming. Fastes et beautés de la Chine impériale (14e-17e siècle)
Musée national des arts asiatiques – Guimet
Du 18 septembre 2024 au 13 janvier 2025
Adresse : 6, place d'Iéna • 75116 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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L’artisan qui a réalisé ces deux épingles a réussi à donner vie aux crabes de rivière qui semblent jouer avec les épis de blé. Les deux motifs associés signifient « l’harmonie qui se perpétue au fil de l’année ». La femme qui arborait ces ornements de cheveux tenait ainsi à s’attirer les bonnes grâces du destin.