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BELGIQUE

Rodin en majesté dans une sublime exposition à Mons

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, la Belgique occupe une place majeure dans la biographie de Rodin. Le musée des Beaux-Arts de Mons explore ce pan méconnu de l’art du maître à travers une exposition réussie, qui tisse par ailleurs un émouvant dialogue avec la plasticienne belge Berlinde De Bruyckere.
Auguste Rodin, Monument des Bourgeois de Calais
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Auguste Rodin, Monument des Bourgeois de Calais, 1889

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Bronze, 3ème fonte, Fonderie nationale des Bronzes de Bruxelles, 1905-1906 • 217 x 255 x 197 cm • Coll. musée royal de Mariemont • © BE CULTURE

Pourquoi aller voir des Rodin dans le Hainaut belge lorsque le musée du sculpteur à Paris explore son œuvre en long, en large et en travers depuis plus de cent ans par des expositions sans cesse renouvelées ? L’artiste n’a décidément pas fini de nous surprendre et l’exposition « Rodin : une Renaissance moderne » au musée des Beaux-arts de Mons est peut-être l’occasion de s’arrêter, d’une part, sur sa relation entretenue avec la Belgique et, d’autre part, sur sa lecture très personnelle de la Renaissance.

Auguste Rodin (1840–1917) n’est plus tout à fait un jeune homme lorsqu’il arrive à Bruxelles en 1871. Il réalise de la statuaire décorative pour son maître Albert-Ernest Carrier-Belleuse depuis quelques années déjà et suit ce dernier lors de son exil après la guerre franco-prussienne. Sous l’influence de son maître, mais aussi de Jean-Baptiste Carpeaux, « Rodin est un artiste connecté au XVIIIe siècle », comme l’explique Xavier Roland, directeur de l’institution, un siècle de la grâce et de l’élégance qui se reflète dans un buste fleuri de Suzon, sculpté peu avant le retour en France, en 1877.

L’Âge d’airain, un nu déterminant

Auguste Rodin, L’Âge d’airain
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Auguste Rodin, L’Âge d’airain, 1877

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Bronze, fonte Alexis Rudier (en principe antérieure à 1952) • 181 × 66,5 × 63 cm • Coll. musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice

Mais ce n’est pas ce Rodin qui a fait le génie universel que l’on connaît. Ce n’est pas non plus celui méconnu qui, lorsqu’il est las de l’agitation urbaine, s’éclipse en forêt de Soignes pour peindre des figures en plein air dans l’esprit de Gustave Courbet. Le Rodin fougueux, celui que l’on connaît, s’exprime déjà en Belgique ! L’Homme au nez cassé, cette tête dont la première terre est tombée encore fraîche au sol, conduisant l’artiste à conserver la défiguration plutôt que de se reprendre. L’œuvre date d’avant les années bruxelloises mais la version acceptée pour la première fois au Salon de 1875 est bien sortie de l’atelier d’Ixelles. L’Âge d’airain, ce nu déterminant car sans prétexte allégorique ou mythologique et qui a valu à l’artiste des accusations de moulage sur nature au Salon de 1878 : c’est aussi en Belgique que le motif s’impose au sculpteur. Tout a donc commencé à Bruxelles !

La capitale belge reste une ville de cœur pour Rodin, qui rencontre tant de déboires pour ses projets monumentaux en France. Alors qu’il ne parvient pas à faire ériger à Calais la commande des Bourgeois obtenue en 1885, c’est un entrepreneur et collectionneur belge, Raoul Warocqué, qui lui offre l’occasion d’inscrire en plein air un tirage en bronze monumental qu’il commande en 1905, pour l’installer au ras du sol – selon la volonté du sculpteur – dans le parc du château de Mariemont. Un lieu, que l’œuvre a d’ailleurs exceptionnellement quitté durant l’exposition pour rejoindre le jardin du Mayeur, au centre de Mons [ill. en Une].

Un dialogue avec la Renaissance nordique et la sculpture contemporaine

Ville pionnière dans l’importation de la Renaissance au nord de l’Europe, sous l’influence des chanoinesses de la collégiale Saint-Waudru au XVIe siècle, Mons permet à Rodin de construire en Belgique sa propre vision de la Renaissance. Il y trouvera en particulier l’individualisation des figures, qui rend si touchants les Bourgeois de Calais. Le goût du sculpteur pour l’Italie et Michel-Ange (qu’il a pu admirer lors d’un séjour dans la péninsule en 1876) n’est plus à démontrer. Mais Rodin se nourrit aussi de la Renaissance nordique : ainsi les robes de ces mêmes Bourgeois sont redevables aux gravures de Dürer tandis que leurs « gueules » ne sont pas étrangères à l’art flamand, et à Rubens en particulier.

À gauche, “Je suis belle” d’Auguste Rodin. À droite “Arcangelos” de Berlinde De Bruyckere, exposés à la collégiale de Sainte Waudru de Mons
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À gauche, “Je suis belle” d’Auguste Rodin. À droite “Arcangelos” de Berlinde De Bruyckere, exposés à la collégiale de Sainte Waudru de Mons

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© BE CULTURE

Autre dialogue tissé en Belgique, mais ici avec une artiste d’aujourd’hui : celui entre Rodin et Berlinde De Bruyckere (née en 1964), plasticienne majeure de la scène belge contemporaine, qui elle aussi traite du corps auquel elle donne une singulière transparence par l’emploi de cire colorée. De quoi résonner avec les bronzes de Rodin, « l’un des premiers à faire émerger la vie à l’arrière de la peau », pour Xavier Roland.

Voir Rodin sous un nouveau jour

Auguste Rodin, Grosse Femme accroupie à masque d’Iris
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Auguste Rodin, Grosse Femme accroupie à masque d’Iris, vers 1910

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Bronze, fonte Alexis Rudier, 1911 • 53 × 98 × 44 cm • Coll.&© Victoria and Albert Museum, Londres

« L’exposition donne une image de Rodin, sculpteur et dessinateur, très complète et équilibrée, en approfondissant ses sources et en ouvrant sur la modernité grâce à Berlinde De Bruyckere dont la présence est convaincante », précise l’ancienne directrice du musée Rodin (de 1994 à 2006), Antoinette Le Normand-Romain co-commissaire de l’exposition. Une vie consacrée à l’étude de la sculpture n’empêche donc pas d’en apprendre encore sur Rodin… Et venir à Mons est l’occasion de le (re)découvrir. Pour apprécier sous un nouveau jour des sculptures rarement sorties des réserves, telles que ces étonnantes Cariatides.

Vue de l’exposition « Rodin, Une Renaissance moderne »
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Vue de l’exposition « Rodin, Une Renaissance moderne », 2024

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© BE CULTURE

Pour se laisser porter aussi par l’éclairage diffus et le beau vert de zinc choisi pour la scénographie, en écho aux bronzes. Pour s’émouvoir devant le dos d’un Homme qui marche – « Un pur travail d’abstraction, un magma… C’est de l’art rupestre ! », s’émerveille Xavier Roland. Pour voir pour la première fois la Grosse Femme accroupie, habituellement conservée au Victoria and Albert Museum. Pour enfin quitter les murs du musée et vibrer dans la collégiale dont les pierres sont un écho vibrant aux figures de Rodin et de Berlinde De Bruyckere.

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Rodin. Une Renaissance moderne, en dialogue avec Berlinde De Bruyckere

Du 13 avril 2024 au 18 août 2024
L’exposition se déroule également à la collégiale Saint-Waudru et dans le jardin Mayeur de l’Hôtel de Ville.

musees-expos.mons.be

Retrouvez dans l’Encyclo : Auguste Rodin

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