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Sagmeister & Walsh, “Color Room” dans l’exposition “Sagmeister & Walsh : Beauty”, au musée des arts appliqués de Vienne en 2018, 2018
© Aslan Kudrnofsky/MAK
Stefan Sagmeister et Jessica Walsh
© John Madere
Qu’est-ce que la beauté ? Est-elle futile ou nécessaire ? Selon Stefan Sagmeister et Jessica Walsh, la beauté est salutaire. Puisqu’elle séduit, égaye, surprend, elle est un besoin essentiel à l’Homme et à la planète. En témoigne un superbe paon empaillé présenté dès l’entrée de l’exposition : si son extraordinaire plumage déployé l’empêche de voler, il lui permet surtout de séduire sa partenaire… pour se reproduire ! « Beauté = fonction » introduisent-ils alors avec panache, amorçant un parcours interactif dans lequel le visiteur est invité à voter pour sa forme ou sa couleur préférée, le paysage qui le fait le plus rêver… Avec un objectif : convaincre de l’importance de la beauté en croisant des faits historiques et des preuves scientifiques. Car l’heure est grave : la beauté, les graphistes en sont persuadés, a fui le monde du design et celui de l’art contemporain…
Vue de l’exposition « Sagmeister & Walsh : Beauty » à la fondation Martell
© Jean François Tremege
Références du design graphique sur la scène internationale, Stefan Sagmeister et Jessica Walsh se sont rencontrés en 2010, lorsque le célèbre Autrichien offre une place à la jeune designer américaine dans son agence new-yorkaise, après avoir feuilleté son portfolio. Deux ans plus tard, ils annoncent leur fusion en diffusant une photographie d’eux complètement nus dans leur bureau… Sagmeister & Walsh est né. Ensemble, ils combinent leurs savoir-faire et leurs spécialités : lui, star du graphisme connu pour ses pochettes d’albums de David Byrne, Lou Reed ou encore The Rolling Stones ; elle, monstre de talent mêlant photographie, dessin, peinture et design digital. Le duo cartonne et se lance de nouveaux défis, dont le « Beauty project », qui ambitionne à plusieurs échelles, de l’objet à l’urbanisme, d’injecter de la beauté en tous lieux négligés. L’exposition de la fondation Martell (après un premier stop au musée des arts appliqués de Vienne) leur permet d’exposer leurs théories.
Sagmeister & Walsh, Logo « Beauty »
© Sagmeister & Walsh
Une première approche déroutante, qui interroge, titille, provoque… et incite à la réflexion. Dès les premières installations (il y en a plus de soixante !), un voyage à l’ère préhistorique dévoile la surprenante symétrie des haches en pierre, preuve d’un sens déjà aiguisé de l’esthétique. Puis le duo s’éparpille : il déniche de cocasses contradictions chez les théoriciens du minimalisme pour mieux critiquer leur volonté de dépouillement, introduit des expériences sensorielles et olfactives, élargissant la notion de beauté aux autres sens… Le clou du spectacle ? Une salle meublée, entièrement recouverte de motifs roses et bleus [ill. en une], où le visiteur est invité à se vêtir d’un imperméable pour… disparaître dans le décor. Car une fois le pied dans cet étrange salon éclairé d’une lampe à vapeur de sodium, tout devient jaunâtre et semble se confondre dans l’espace. Si l’on en croit le livret d’exposition, il s’agit d’une invitation à découvrir son propre rapport à la couleur. De quoi ébahir le visiteur.
Sagmeister & Walsh, Selfie-Booth, lors de l’exposition « Sagmeister & Walsh : Beauty », au musée des arts appliqués de Vienne, 2018
© Aslan Kudrnofsky/MAK
Il est démontré que les quartiers investis par les artistes font chuter le taux de criminalité et augmentent leur attraction touristique…
Conclusion : la beauté est ornementale ; la beauté est colorée, décorative, alambiquée. Mais aussi agréable, bénéfique, reposante. « Beauté = humanité » martèlent-ils. Car au milieu de ce parcours récréatif émergent de forts questionnements sociaux : photographies et vidéos à l’appui, il est démontré que les quartiers investis par les artistes font chuter le taux de criminalité et augmentent leur attraction touristique… Sagmeister & Walsh en sont persuadés : la beauté participe au bien-être collectif. Pour l’illustrer, un lustre baroque signé Thierry Jeannot et entièrement composé de déchets en plastique récupérés par des habitants au Mexique. C’est de ce type d’action dont le duo souhaite nourrir leur « Beauty project », une sorte de mission humanitaire destinée à nous sauver de la laideur…
Vue de l’exposition « Sagmeister & Walsh : Beauty » à la fondation Martell
© Jean François Tremege
Désormais menée seul par Stefan Sagmeister, Jessica Walsh ayant décidé d’ouvrir son propre studio pour répondre aux demandes commerciales et ainsi devenir l’une des rares femmes à diriger une agence publicitaire (tout en restant l’associée de Sagmeister). Mais cette absence n’affaiblit en aucun cas la détermination du designer autrichien, préoccupé par sa nouvelle vocation : envoyer valser le fonctionnalisme du XXe siècle toujours de rigueur, entre les doctrines du Bauhaus, de son compatriote Adolf Loos (1870–1933) ou du maître de l’architecture moderne, Le Corbusier (1887–1965). Tenterait-il de lancer un nouveau mouvement international prônant l’ornement et l’ostentation ? Si le projet demeure encore flou, le manifeste tente d’émettre une ligne directrice qui sonne comme une déclaration de guerre : « nous viserons les espaces considérés affreux, délaissés et ignorés ». À bon entendeur !
Sagmeister & Walsh : Beauty
Du 20 mai 2021 au 19 décembre 2021
www.fondationdentreprisemartell.com
Fondation d'entreprise Martell • 16 avenue Paul Firino Martell • 16100 Cognac
www.fondationdentreprisemartell.com
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