Connaissez-vous Madeleine Dinès, la fille de Maurice Denis ? Et les travaux déchirants d’Hannelore Baron, une Américaine d’origine allemande traumatisée par le nazisme ? Pour découvrir ces talents méconnus, il faudra filer à la galerie Pauline Pavec et à la galerie Zlotowski, qui mettent toutes deux en lumière des travaux longtemps restés dans l’ombre.
Intrigués par Hassan Hajjaj, allez donc jeter un œil à la 193 Gallery ! Les férus d’art contemporain iront chez Marian Goodman pour découvrir les mondes d’Ana Jotta. Enfin, les collectionneurs d’abstraction trouveront peut-être leur bonheur avec Louise Barbu, qui fut dans l’écurie de la galeriste Iris Clert.
Madeleine Dinès, Le Lit défait aux pantoufles rouges, vers 1930
Huile sur toile • 64,7 × 100,5 cm • Courtesy galerie Pauline Pavec, Paris
La peinture, Madeleine Dinès (1906–1996) avait ça dans le sang ! Pas seulement parce qu’elle était la fille de Maurice Denis, auprès duquel elle s’est formée avant de fréquenter la Grande Chaumière, l’Académie Ranson et le Bateau-Lavoir. La comparaison s’arrête là entre le Nabi et sa fille qui, dès les années 1920, signe ses premières œuvres du pseudonyme anagramme « Dinès ». Loin des thèmes spirituels et mythologiques chers à son père, mais aussi des avant-gardes telles que le surréalisme dont elle reste à l’écart, cette femme libre de la première heure explore le quotidien avec subtilité. Ce que nous révèle pour la première fois l’exposition d’une dizaine d’œuvres à la galerie Pauline Pavec. Dans la continuité de ses projets autour de Juliette Roche, Marie Bracquemond ou Jacqueline Lamba, la galerie parisienne représente depuis peu l’estate de Madeleine Dinès et a fait l’acquisition d’un important ensemble d’œuvres auprès de ses ayants droit.
Madeleine Dinès – J’ai un terrible désir de peindre, de peindre, de peindre
Du 29 mars 2025 au 3 mai 2025
Galerie Pavec • 4 Rue de Jarente • 75004 Paris
www.paulinepavec.com
Hannelore Baron, Untitled (C81079), 1981
Technique mixte : tissu, papier, encre et monotype • 17,5 × 20,3 cm • © Estate Hannelore Baron
En petit format, les œuvres d’Hannelore Baron agencent des signes, des symboles et des chiffres qui « racontent l’inimaginable et expliquent l’inexplicable », selon les mots de l’artiste. Née en 1926 à Dillingen, en Allemagne, cette fille d’un marchand de textile juif a assisté à la montée du nazisme et ses violences, en particulier lors de la nuit de Cristal en 1938 qui la traumatise à jamais. Émigrée aux États-Unis, elle trouvera refuge dans l’art. C’est une grande première en France pour cette artiste, disparue en 1987 et totalement inconnue chez nous, mais qui figure dans les collections de prestigieux musées outre-Atlantique, du Art Institute of Chicago au MoMA de New York en passant par le LACMA de Los Angeles. La galerie Zlotowski comble cette lacune en dévoilant une trentaine de collages réalisés entre 1977 et 1986. Ils donnent à voir un langage artistique unique, où matériaux trouvés et surfaces texturées sont des porte-voix. Ce travail bouleversant dialogue au sein de la galerie Zlotowski avec l’histoire du collage et des figures comme Kurt Schwitters.
Hannelore Baron
Du 17 avril 2025 au 17 mai 2025
Galerie Zlotowski • 20 Rue de Seine • 75006 Paris
www.galeriezlotowski.fr
Hassan Hajjaj, WEBImaan Legs, Framed Photography By, 1441., 2020
Impression numérique de type C sur papier Fuji Crystal Archive • 62,5 × 86 × 3,5 cm • ©️ Hassan Hajjaj / Courtesy Hassan Hajjaj Studio & 193 Gallery, Paris
Suivez donc ces jambes à la 193 Gallery ! On aime « Legs Series », série singulière de l’artiste marocain Hassan Hajjaj (né en 1961) qui, après avoir notamment capturé la faune à scooter de Marrakech, continue d’explorer le genre du portrait traditionnel (cette fois-ci par le bas) et d’encadrer ses photos de matériaux populaires. On retrouve aussi ses savoureuses couleurs pop – ici les nattes en plastiques et les pneus recyclés peints à la main subliment les chaussettes vert et orange, les textiles symboliques et les babouches du bled à logo. Un joli mix de matières qui puisent dans l’imaginaire de la culture urbaine. La 193 Gallery consacre également une première expo à l’artiste américain d’origine cubaine Rafael Domenech (né en 1989), sous le commissariat de Jérôme Sans.
Hassan Hajjaj – Legs
Du 1 avril 2025 au 31 mai 2025
193 Gallery • 24 Rue Béranger • 75003 Paris
www.193gallery.com
Rafael Domenech – Flowers Blooming on Acid
Du 1 avril 2025 au 31 mai 2025
193 Gallery • 24 Rue Béranger • 75003 Paris
www.193gallery.com
Louise Barbu, Germes de lumière, 1990
Huile sur toile • 100 × 81 cm
« Je souhaite que la peinture de Louise Barbu vous surprenne […] Cette œuvre n’est ni figurative ni informelle, elle nous fait pénétrer au cœur du monde des formes pour nous imprégner d’une subtile sensualité. » On peut faire confiance au regard d’Iris Clert, dénicheuse des avant-gardes à Paris, galeriste d’Yves Klein, Arman, Jean Tinguely… Dans les années 1970, celle qui lui tape dans l’œil a moins traversé les livres d’histoire de l’art : fille de pharmaciens ayant passé son enfance à Orly, Louise Barbu (1931–2021) se lance dans le monde de l’art en autodidacte à 30 ans passés, en 1965, alors que son quatrième enfant entre à l’école primaire. « Mon but quand j’ai commencé la peinture, c’était de trouver quelque chose qui ne ressemble pas aux autres, c’est une chose qui m’a obsédée. » On découvre en effet dans la salle d’exposition de FauveParis, commissaires-priseurs de la capitale, une peinture inclassable, une abstraction organique qui flirte avec Georgia O’Keeffe. D’une nature à semer de l’irréel !
Louise Barbu – Semeuse d’irréels
Du 28 mars 2025 au 30 mai 2025
FauveParis • 18 Place des Vosges • 75004 Paris
www.fauveparis.com
Ana Jotta, beaucoup, peu, rien (détail), 2025
Dessin mural, techniques mixtes • Dimensions variable • Courtesy Ana Jotta et Marian Goodman Gallery, Paris-New York
En près de 50 ans de création, Ana Jotta (née en 1946) a toujours donné du fil à retordre à ceux qui tentent de définir son travail. Depuis ses débuts dans les années 1980, l’artiste portugaise, qui fut un temps scénographe après avoir été formée aux Beaux-Arts de Lisbonne et à La Cambre en Belgique, s’ingénie à dérouter les regards en changeant de technique, de médium, mais aussi de style. Fort logiquement, elle vous étonnera (on n’en dira pas plus !) à la galerie Marian Goodman avec « beaucoup, peu, rien », une exposition proposée et organisée par Ampersand, avec qui l’artiste collabore régulièrement ces dernières années. « Opération plastique ! », lance Ana Jotta.
Ana Jotta - beaucoup, peu, rien
Du 21 mars 2025 au 10 mai 2025
Galerie Marian Goodman • 79 Rue du Temple • 75003 Paris
www.mariangoodman.com
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