Attribuée à Johann Caspar Labhart, Petite coupe en ambre ornée de figures montée en or émaillé, réalisée à Kassel, vers 1690
La monture par Reinhold Vasters, vers 1870 • 10,1 x 10 x 6,5 cm • prov collections du Baron James de Rothschild • © Guillaume Benoit
Elle est unique par sa couleur rougeoyante, ses feux orange, ses reflets miel, allant jusqu’au blanc, quand la lumière la traverse. L’ambre, reine des matières, fascine les humains depuis la plus haute Antiquité. Déjà présente dans les écrits de Pline l’Ancien, on la retrouve en star très actuelle dans une lumineuse exposition à la galerie Kugel, installée dans l’hôtel Collot sur le quai Anatole France, en face de la place de la Concorde. C’est une réunion rare en France dédiée à ce matériau pourtant si exceptionnel !
Dans une scénographie parée de noir, le parcours de « Ambre : Trésors de la mer Baltique » se concentre sur la période entre les XVIe et XVIIIe siècles, avec une cinquantaine d’œuvres. Il aura fallu près de vingt ans à la galerie Kugel pour réunir ces pièces merveilleuses mêlant sculptures, coffrets, coupes et jeux de société, des échecs au solitaire… De quoi témoigner de la longue fascination pour l’ambre qui remonte à des millénaires.
Michel Redlin, Boîte à jeux complète avec ses pions, deux dés et son jeu d’échecs, , Réalisée à Dantzig, vers 1680
22,5 × 23,4 × 7,4 cm • © Guillaume Benoit
Les Romains y voyaient des larmes divines…
Pendant longtemps, on a émis toutes les hypothèses sur l’origine de cette matière. Mystérieuse, elle résistait à toute définition : les Romains y voyaient des larmes divines… Ou croyaient l’ambre résultat de la concrétion du sperme d’une baleine, ou bien encore, pour rester dans les fluides, comme étant de l’urine de lynx qui se serait solidifiée.
On prêtait à l’ambre de nombreuses vertus médicinales et curatives : réduite en poudre, on la pensait capable de guérir, notamment la mélancolie, les rages de dent ou l’épilepsie. Également bue, l’ambre servait de filtre d’amour… Ainsi l’exposition rappelle ce passé, en exposant un spécimen brut de 30 millions d’années et en permettant aux visiteurs de contempler, sur une autre pièce et à travers une loupe, des inclusions d’insectes prisonniers de cette matière : un symbole d’immortalité !
Par Georg Schreiber. La monture par Andreas Meyer, Petite chope en ambre translucide et laiteux montée en argent doré, Réalisée à Königsberg, vers 1610
15,3 × 13 cm • © Guillaume Benoit
Ce n’est qu’en 1757 que le savant russe Mikhaïl Lomonossov détermine son origine : l’ambre est une résine fossilisée provenant de forêts de conifères préhistoriques, lesquelles remonteraient à environ 30 à 40 millions d’années, et seraient situées sous la mer Baltique, la Prusse orientale d’alors, entre les villes de Dantzig (aujourd’hui Gdańsk en Pologne) et Königsberg (actuelle Kaliningrad en Russie).
L’exposition se concentre sur l’âge d’or de l’ambre. Au XVIe siècle, sa préciosité rayonne : sa production et son commerce sont en pleine expansion. Jusqu’au XVIIIe siècle, le goût de l’ambre est dopé par la vogue des cabinets de curiosités, les wunderkammern (chambre des merveilles), qui ont alors toutes les faveurs des souverains et des princes en Europe. D’une chope en ambre translucide, montée en argent doré, à une délicate coupe ornée de figures, ces œuvres extraordinaires montrées à la galerie Kugel ont traversé le temps pour nous conter aujourd’hui cette fascination d’hier.
Galerie Kugel
© Guillaume Benoit
L’ambre est aussi un matériau de choix pour les cadeaux diplomatiques. À cet égard, on ne peut pas rater à la galerie Kugel le coffre unique, incrusté d’ivoire et flanqué d’un aigle bicéphale, ayant probablement été offert par la duchesse Marie-Eléonore de Prusse (1550–1608) à l’empereur Rodolphe II de Habsbourg (1552–1612). Miraculeusement, le trésor a été conservé dans une collection suédoise jusqu’à nos jours… Pour mieux nous éblouir !
Ambre. Trésors de la Mer Baltique, XVIe - XVIIIe siècle
Du 18 octobre 2023 au 16 décembre 2023
Entrée libre
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