La foire FAB Paris, issue de l’alliance de Fine Arts Paris et de l’ancienne Biennale des antiquaires, est de retour au Grand Palais alors que les Journées européennes du patrimoine battent leur plein dans la capitale. Visages connus et nouveaux galeristes investissent les allées du monument apprêté cette année aux couleurs de l’Art déco qui fête son centenaire.
Entre une scénographie de l’événement confiée à Constance Guisset, un stand de jeunes marchands conçu par Edgar Jayet, une invitation offerte au musée Nissim de Camondo à exposer une soixantaine d’œuvres ou encore un fervent hommage à l’Art déco rendu par la galerie Vallois, ce nouveau cru réserve de nombreuses surprises. Découvertes éclectiques en dix coups de cœur.
Félix Ziem, Autoportrait, vers 1850
Huile sur panneau d’acajou • 34,7 × 25,7 cm • Courtesy galerie Michel Descours, Paris
Malgré ses faibles dimensions, cet autoportrait capte immédiatement le regard. Le précurseur de l’impressionnisme Félix Ziem, né à Beaune en 1821 et bien connu pour sa production marquée par ses voyages exotiques, se livre ici à l’exercice favori de nombre de peintres. Avec une touche vive qui le caractérise, il se représente sur un panneau d’acajou dont il laisse une large partie en réserve, faisant apparaître les nervures du bois. Sa main est posée sur sa joue : il semble en pleine réflexion. Le doux clair-obscur qui enveloppe son visage montre une attention portée à Rembrandt et ses (nombreux) autoportraits.
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Galerie Michel Descours • S18
Karl Hänsel, Winnetou, vers 1893
Pastel sur papier • 19 × 14 cm • Courtesy galerie Drylewicz, Paris
Ce délicat pastel aux élans symbolistes met en scène Winnetou, protagoniste amérindien de la trilogie éponyme publiée par le romancier allemand Karl May entre 1879 et 1893. Son compatriote, le peintre Karl-Ernst Hänsel (1868–1947) – également surnommé « Karl Hänsel-Dresden » – fixe ici, dans un cadrage très serré, le profil sculptural du personnage. Un bandeau entourant son front et une discrète plume permettent de l’identifier. Le fond d’un bleu puissant évoque une nuit profonde et propulse la composition dans une dimension hautement méditative. L’artiste laisse ici transparaître sa formation initiale de peintre sur porcelaine à la Kunstgewerbeschule de Dresde, auprès de l’Italien Ermenegildo Antonio Donadini.
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Galerie Drylewicz • S10
Attribué à Germain Pilon, Tête de chérubin provenant du tombeau de Valentine Balbiani (?), 1573–1574
Marbre • 27 × 14,5 cm • Photo Inu studio / Courtesy galerie Sismann, Paris
C’est l’un des plus importants sculpteurs en France dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Proche de la cour et des hautes sphères du royaume, le maniériste mène alors de front nombre de chantiers majeurs à Paris. Parmi ceux-ci se trouve la réalisation du tombeau de Valentine Balbiani dans les années 1570, dont l’élégant gisant est aujourd’hui conservé au musée du Louvre. La galerie Sismann, habituée aux découvertes d’importance, présente cette année une petite tête de chérubin en marbre très certainement liée à cette insigne commande. De quoi titiller la curiosité des collectionneurs… et des musées !
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Galerie Sismann • S17
Edgar Degas, Vésuve (Le Vésuve, Souvenir de Naples), XIXe siècle
Pastel sur un monotype à l’huile sur papier monté sur panneau • 26,9 × 31,9 cm • Courtesy Stephen Ongpin Fine Art, Londres
Dans les années 1890, Edgar Degas (1834–1917) réalise une série de paysages sur monotype chez le peintre et graveur Pierre-Georges Jeanniot en Bourgogne. S’inscrivant dans la lignée de nombre d’artistes depuis le XVIIe siècle, il y intègre une vue du mont Vésuve que présente la galerie Stephen Ongpin. Degas y mêle des pigments colorés à la peinture à l’huile et au pastel pour un travail profond sur la lumière. Tons chauds orange et vert olive se mettent au service de la représentation du volcan en éruption. Le magma rouge vif et la fumée noirâtre s’échappent sur les pentes du vaste cône et en direction du ciel.
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Stephen Ongpin Fine Art • S30
Jacques-Louis David, Étude pour la figure de Mirabeau nu debout, bras levé pour le « Serment du Jeu de paume », XVIIIe siècle
Lithographie • 25,2 × 17,1 cm
Alors que le Louvre prépare sa grande exposition consacrée au peintre néoclassique Jacques-Louis David (1748–1825), qui ouvrira le 15 octobre, Sarah Sauvin présente dans les allées du Grand Palais une très rare lithographie du maître d’après l’étude de la figure de Mirabeau pour l’ambitieux Serment du Jeu de paume. Cette épreuve reproduit un dessin à la mine de plomb conservé au musée Bonnat-Helleu de Bayonne. Une autre est localisée dans les collections du musée Lansyer de Loches. En dehors de cet essai, David n’a pas pratiqué lui-même la gravure mais a collaboré notamment avec Dominique Vivant Denon. Une raison de plus pour venir admirer cette précieuse feuille !
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Galerie Sarah Sauvin • S23
Agnès de Frumerie & Pierre-Adrien Dalpayrat, Buffet, vers 1895, France
Chêne sculpté et grès émaillé • 245 × 200 × 66 cm • Courtesy Trebosc & van Lelyveld, Paris
Les collaborations entre artistes de différents médiums permettent souvent la création d’objets atypiques, comme ici cette imposante pièce de mobilier présentée au Salon de la Société nationale des beaux-arts en 1895. La sculptrice suédoise Agnès de Frumerie (1869–1937) et le céramiste Pierre-Adrien Dalpayrat (1844–1910) dévoilent une œuvre d’art totale, dans laquelle se mêlent une structure en chêne massif et des plaques en grès émaillé. L’imposant ensemble, découvert par Alfred van Lelyveld et Olivier Trebosc, développe un vocabulaire symboliste et des formes par endroits primitives.
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Galerie Trebosc & Van Lelyveld • S21
Auguste Rodin, Masque d’Hanako étude Type E 1907–1908, vers 1920–1925
Bronze patiné vert à l’antique • 17,9 × 11,4 × 11,9 cm • Courtesy galerie Univers du Bronze, Paris
En 1906, Auguste Rodin (1840–1917) est de passage à l’Exposition coloniale de Marseille. Son attention se porte alors sur l’actrice japonaise Hanako (1868–1945), star de la pièce La Revanche d’une geisha. De retour à Meudon, il veut l’immortaliser et demande à la danseuse Loïe Fuller de convaincre l’actrice de venir poser pour lui. Après quelques ratés lors des premières séances, le sculpteur passe près de deux ans à travailler sur le sujet. Plusieurs variations naîtront, dont cette épreuve, de type E, qui présente une singulière patine verte, dite à l’antique.
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Galerie Univers du bronze • C23
Paul Jouve, Panthère noire marchant, vers 1930
Épreuve en bronze à double patine, bas-relief • 48 × 92 cm • Courtesy galerie Alexis Pentcheff, Paris
La galerie Alexis Pentcheff, installée à Marseille, célèbre Paul Jouve (1878–1973) et son apport majeur au mouvement Art déco. Médaillé d’or à l’Exposition internationale de 1925, il est avec ses évocations animales l’un des fondateurs de mouvement. Tigres et autres bêtes exotiques peuplent sa production. Un grand bas-relief en bronze de 1930, mettant en scène une panthère noire marchant à pas lents, retient notamment l’attention sur le stand.
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Galerie Alexis Pentcheff • N39
Robert Poughéon, Mains entrelacées, vers 1927
Étude préparatoire pour le tableau En robe de soie dans la forêt • 38 × 23 cm • Courtesy galerie Chaptal Paris
Mis à l’honneur à la Piscine de Roubaix en 2018, Robert Poughéon (1866–1955) est une redécouverte de ces dernières années. La galerie Chaptal, connue pour son goût très éclectique, a inclus dans son accrochage une belle étude de l’artiste, préparatoire au tableau En robe de soie dans la forêt, non localisée depuis la fin des années 1990. De belles mains féminines entrelacées qui ne manqueront pas de voir affluer les curieux…
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Galerie Chaptal • S26
Eileen Gray, Fauteuil en bois laqué, vers 1917–1919
Bois laqué et cuir • Photo Arnaud Carpentier / Galerie Vallois Paris
L’un des passages obligés lors de cette nouvelle édition du salon est le stand de la galerie Vallois. Ici, les pièces ne sont pas à vendre : des chefs-d’œuvre de l’Art déco, de Jacques-Émile Ruhlmann à Pierre Chareau, sont présentés. Parmi ceux-ci se trouve le Fauteuil aux dragons, pièce majeure d’Eileen Gray (1878–1976) conçue en 1917 et à la provenance prestigieuse. Acheté par Suzanne Talbot directement auprès de la créatrice pour son appartement du 16e arrondissement, le fauteuil est par la suite répertorié dans la collection de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Il s’intègre dans la première phase de production d’Eileen Gray, empreinte de poésie et de mystère, et renvoie à l’esprit des paravents et panneaux décoratifs qu’elle expose à l’orée des années 1910.
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Galerie Vallois • C10
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