Vue du premier volet de l’exposition “Step by Step Boogie Woogie”, Space Collection, Liège, Juin-Juillet 2023
Courtesy Galerie Les Filles du Calvaire, Paris
« En voulant faire une critique de la peinture, il est entré dans l’histoire de l’art. » La galerie Les filles du calvaire, laquelle a ouvert dernièrement un nouvel espace au 21 rue Chapon, connaît bien Olivier Mosset (79 ans), qu’elle suit depuis longtemps. Cela faisait plusieurs années que cette figure incontournable de la peinture abstraite d’après-guerre n’avait pas été exposée à Paris.
Aujourd’hui, sur un grand pan de mur, qui lui avait justement tapé dans l’œil lors d’une visite, se déploie un ensemble de monochromes récemment exposés en Arizona, à Tucson, la ville d’adoption du biker suisse. Olivier Mosset a fait du Olivier Mosset : « toujours pareil et en même temps toujours différent », dit-il un brin cabotin, mais droit dans ses santiags.
Olivier Mosset, Six Pack (Ensemble de 6), 2010
Polyurethane sur toile • 122 × 122 cm (chacun) • © Rebecca Fanuele / Courtesy Galerie Les Filles du Calvaire, Paris
Génial passeur de l’abstraction, maniant les échelles et les géométries, la peinture arc-en-ciel comme le bitume le plus noir, Mosset a irrigué la scène artistique contemporaine en bousculant les codes. Une histoire que distillent les quelques œuvres historiques accrochées au 21 rue Chapon : de la peinture, une série d’œuvres sur papier et un film expérimental produit par Olivier Mosset et réalisé par deux jeunes artistes : « L’idée de ce road moviem’est venue en apprenant que Jean Genet avait voulu réinterpréter Les Souffrances du jeune Werther de Goethe en remplaçant la jeune fille par une moto. »
« Je cherche à atteindre le niveau zéro de la peinture. »
Il n’en fallait pas plus pour l’exciter. D’une durée de trois heures, le long-métrage filmé en split screen est entré dans les collections du Whitney Museum après sa projection lors de la dernière biennale de l’institution new-yorkaise.
Produit par Olivier Mosset et réalisé parAmy Granat et Drew Heitzler, T.S.O.Y.W, 2007
Vidéo • © Rebecca Fanuele / Courtesy Galerie Les Filles du Calvaire, Paris
Né à Berne en 1944, Olivier Mosset débarque à Paris au début des années 1960. C’est un combine painting de Robert Rauschenberg vu à la Kunsthalle de Berne qui constitue le déclic : il sera peintre. Devenu l’assistant de Jean Tinguely, il fréquente les artistes du nouveau réalisme.
Puis, il change de braquet. Avec Daniel Buren, Michel Parmentier et Niele Toroni, Mosset forme l’éphémère groupe BMPT (initiales de chacun) et marque la scène artistique parisienne lors d’une série de « manifestations » organisées en 1967.
Olivier Mosset, Sans titre, 2023
Sérigraphie sur papier Fedrigoni 300gr • 70 × 70 cm (chacun) • © Rebecca Fanuele / Courtesy Galerie Les Filles du Calvaire, Paris
Sa série de centaines de cercles, peints dans les années 1960 et 1970, fait partie des œuvres qui assécheront les stylos des critique d’art. « J’étais en totale opposition avec la tradition picturale établie. Je cherche à atteindre le niveau zéro de la peinture », explique celui qui n’a jamais fait de figuration. « Enfin, si des peintures à la Bob Ross, cette vedette de la télévision des années 1980, c’était un exercice quand j’étais à l’Université Columbia… On m’a recommandé de tout de suite d’arrêter ! »
Après des décennies à peindre des monochromes, le cofondateur du mouvement New York Radical Painting travaille quand il le veut, chez lui, en Arizona où il vit retiré. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir proposé une autre expo présentée, sous le commissariat de Sarina Basta, au sein de l’espace initial de la galerie Les filles du calvaire dans la rue du même nom.
Reconstitution de l’atelier de Piet Mondrian, vue du premier volet de l’exposition « Step by Step Boogie Woogie », Space Collection, Liège, Juin-Juillet 2023
© Genaro Marcos / Courtesy Galerie Les Filles du Calvaire, Paris
Ça swingue dans l’atelier de Piet Mondrian… Reconstitué sur la base de photos, on y retrouve aussi les disques que le pionnier de l’art abstrait écoutait dans son atelier. Du jazz, du boogie-woogie, sur lequel il dansait ! Olivier Mosset, interpellé par cette anecdote, a imaginé cet hommage pluridisciplinaire, mélangeant danse (des performances seront données) et art visuel. De John Armleder à Marie-Agnès Gillot, en passant par la jeune génération comme Morgane Tschiember ou Philippe Decrauzat, Olivier Mosset a invité ses amis à ce bal abstrait. Un pas de côté, mais qui file droit !
Olivier Mosset
Du 30 janvier 2024 au 24 février 2024
Galerie Les Filles du calvaire - Chapon • 21 Rue Chapon • 75003 Paris
www.fillesducalvaire.com
Side Step Boogie Woogie
Du 30 janvier 2024 au 24 février 2024
Galerie Les Filles du Calvaire • 17 Rue des Filles du Calvaire • 75003 Paris
www.fillesducalvaire.com
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