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Musée Guimet

Trésors du Japon impérial de l’ère Meiji

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Actuellement à l’honneur au musée Guimet, les arts décoratifs japonais de l’époque de Meiji (1868–1912) font preuve d’une d’une technicité remarquable, héritée de l’époque féodale. Mais, alors que le nouveau gouvernement met en place une active politique culturelle visant le rayonnement international de l’archipel, la créativité s’en trouve aussi plus que jamais stimulée ; les artistes assimilent les techniques et concepts occidentaux en un temps record. Une ère d’audace et de foisonnement exceptionnels.
Promenade à bord d’une barque, illustration du chapitre « Ukifune » du Dit du Genji
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Promenade à bord d’une barque, illustration du chapitre « Ukifune » du Dit du Genji, vers 1901

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Les émaux cloisonnés : une vogue venue d’Allemagne

La technique des émaux cloisonnés connut une vogue universelle dans la seconde moitié du XIXe siècle. La technique, qui consiste à couler de la pâte de verre colorée sur des surfaces délimitées par des cloisons de métal, introduite de Chine, était restée longtemps au Japon limitée à de petits objets. La venue du chimiste allemand Gottfried Wagener, en 1868, permit aux artisans japonais de faire des progrès considérables et amorça l’âge d’or de cette technique dans les années 1880 à 1910. Sa collaboration avec Tsukamoto Kaisuke, venu de Nagoya à Tokyo pour travailler pour la compagnie Ahrens, fut à l’origine de décors utilisant moins de cloisons, notamment pour les fonds, et donc plus réalistes.

Émaux cloisonnés • 69 × 69 cm • Coll. Khalili, Londres

Hayashi Kodenji, Vase à décor de fleurs et d’oiseaux
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Hayashi Kodenji, Vase à décor de fleurs et d’oiseaux, vers 1890-1900

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Nagoya, ardent foyer de productions

Tsukamoto eut pour disciple Hayashi Kodenji, installé à Nagoya dès 1862, un des artistes les plus importants du début de l’ère Meiji. Nagoya continua tout au long de cette période d’être le centre principal de la production d’émaux au Japon.

Émaux cloisonnés, argent • H : 45,8 cm • Coll. Musée national des arts asiatiques - Guimet, Paris

Namikawa Sōsuke, Plat à décor inspiré du peintre Ogata Kōrin
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Namikawa Sōsuke, Plat à décor inspiré du peintre Ogata Kōrin, vers 1900

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La peinture japonaise pour inspiration

Namikawa Sōsuke développa notamment, à partir de 1889, une technique d’émaux peints (musen shippō) s’accordant à la fluidité des décors inspirés de la peinture japonaise traditionnelle, le nihonga, et permit aux émaux japonais de s’affranchir définitivement du modèle chinois. Plusieurs artisans, dont Namikawa Sōsuke et Andō Jubei, reçurent le titre d’artisan impérial et travaillèrent pour la cour de Meiji.

Émaux cloisonnés musen, shakudō • 30,8 × 26 cm • Coll. Khalili, Londres

Kawamoto Masukichi, Pot décoratif à décor de fleurs et d’oiseaux
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Kawamoto Masukichi, Pot décoratif à décor de fleurs et d’oiseaux, entre 1870 et 1890

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La céramique, produit d’exportation

Parallèlement à une production traditionnelle se mit en place, à l’époque dite du Bakumatsu (1853–1868) et au début de Meiji, une nouvelle industrie de la céramique dirigée vers la conquête des marchés extérieurs. Celle-ci bénéficiait de l’aide et de la promotion faite par le gouvernement et répondait à l’attente de ce dernier d’équilibrer sa balance commerciale. Au lendemain de l’exposition de 1867 à Paris, le souci d’adapter l’offre à la nouvelle demande fit faire appel au chimiste allemand Gottfried Wagener, qui se rendit au Japon en 1868. Des fours verticaux utilisant du fuel comme combustible, sur le modèle occidental, furent construits à partir des années 1870.

Porcelaine polychrome et or • 43,9 × 45 cm • Coll. Musée Cernuschi, Paris

Miyagawa Kōzan, Vase à décor de pivoines
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Miyagawa Kōzan, Vase à décor de pivoines, Fin des années 1890

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Des céramistes moins académiques

Pour la préparation de l’Exposition universelle de Vienne, en 1873, le gouvernement intervint directement sur la production en créant notamment à Tokyo dans le quartier d’Asakusa un atelier où des artistes travaillaient à la décoration de pièces fabriquées à Arita ou à Kyoto. Toujours pour les décors, un recueil de formes et de motifs créés par des artistes peintres, le Onchi zuroku, fut lancé par le gouvernement japonais et parut par livraisons successives, entre 1876 et 1881. En Occident, le goût des intellectuels, des artistes, des amateurs appartenant à la mouvance de ce qu’on appelle le japonisme, se détourna bientôt de ce qui apparaissait de plus en plus comme un choix officiel dicté par des considérations essentiellement mercantiles et se porta vers des créations jugées moins académiques comme celles de Miyagawa (Makuzu) Kōzan. Dans le même temps, les céramiques inspirées par la Chine jouissaient toujours d’une haute réputation, en Occident comme au Japon. Dans les années 1880, un certain nombre de céramistes japonais, dont Kōzan, se spécialisèrent eux aussi dans la recherche des procédés techniques chinois de la dynastie des Qing (1644–1911).

Porcelaine polychrome • H : 49,5 cm • Col. Khalili, Londres

Miyagawa Kōzan, Pot imitant une jarre à thé (chatsubo) scellée
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Miyagawa Kōzan, Pot imitant une jarre à thé (chatsubo) scellée, vers 1910-1915

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Kōzan, virtuose de la céramique en grès

Miyagawa Kōzan (1842–1916) était issu d’une famille de potiers de Kyoto. En 1870, il installa son atelier à Yokohama pour profiter du nouveau marché des voyageurs et les compagnies de commerce étrangers. Ses créations reçurent très vite une reconnaissance à l’extérieur du Japon. Une particularité du style de Kōzan dans ses céramiques créées pour l’exportation est, paradoxalement, l’usage limité d’or et la substitution de l’ingéniosité et de la virtuosité du décor au luxe des matériaux, en utilisant le grès traditionnel. Kōzan fit ainsi le choix d’une production en quantité limitée, préférant l’originalité de chaque création à la répétition de modèles.

Grès polychrome • H : 35,6 cm • Coll. Khalili, Londres

Boîte à compartiments (jūbako) à décor de cachets
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Boîte à compartiments (jūbako) à décor de cachets, XIXème siècle

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L’art du laque, la force de la tradition

L’exportation apparaît comme un remède possible aux problèmes que connaissait la production de laques au début de l’ère Meiji. La vente à l’étranger, depuis Nagasaki et Yokohama, se développa alors via les compagnies de commerce dont le rôle s’accrut. Cependant, la qualité de ces hamamono – « objets des ports » –, ainsi qu’on les appelait, était souvent très inférieure à celle des objets réalisés les siècles précédents. Une des difficultés de la production à grande échelle et de l’exportation des laques tient en effet à ce que la technique, qui consiste à appliquer successivement des couches de vernis fait à partir de la gomme de l’arbre Rhus vernicifera sur un support, en attendant un séchage complet entre chaque couche, est longue et délicate.

Laque noire (ro-iro), laque togidashi-e et hiramaki-e • 19,4 × 13,6 × 13,6 cm • Coll. Khalili, Londres

Harui Komin, Cabinet à décor des Huit vues d’Ōmi
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Harui Komin, Cabinet à décor des Huit vues d’Ōmi, vers 1904-1911

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Un savoir-faire ancestral promu par l’Empire

Au cours de l’époque de Meiji, des innovations techniques furent tentées pour produire des laques adaptés à la demande occidentale. Mais malgré des évolutions, le caractère traditionnel de cet artisanat perdura. Les laques modernes de haute qualité résultaient moins d’une adaptation à la demande étrangère que de la volonté du gouvernement japonais de promouvoir cet artisanat considéré comme un des fleurons de la tradition. Ils subirent une forte influence de la commande impériale et du système des écoles d’art japonaises, comme celle de Tokyo où le travail du laque fut enseigné à partir de 1889. Les commandes impériales contribuèrent notamment à façonner un style riche et imposant, tourné vers les modèles du passé et assez peu novateur. Ces travaux se distinguaient cependant par leur finition, par leur richesse et par leur taille. La technique du maki‑e – laque couverte de pigments ou de poudre métallique, d’or et d’argent – connaît alors un apogée avec des artisans tels que Kawanobe Iccho (1830–1910) ou Ogawa Shomin (1847–1891).

Bois, laque d’or et d’argent, métal • 110 × 51,5 × 103 cm • Coll. Khalili, Londres

Shibata Zeshin, Boîte à papier (ryoshibako) et écritoire (suzuribako) à décor de symboles de bon augure
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Shibata Zeshin, Boîte à papier (ryoshibako) et écritoire (suzuribako) à décor de symboles de bon augure, vers 1860-1870

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Shibata Zeshin, à la croisée de l’art du laque et de la peinture

Shibata Zeshin (1807–1891) est né à Edo (Tokyo). Il étudia d’abord l’art du laque auprès de Koma Kansai, un artisan traditionnel qui fabriquait notamment des boîtes à médicaments (inrôs). Zeshin étudia également la peinture, notamment auprès de Tani Bunchō célèbre maître de l’école lettrée Nanga. Zeshin a ensuite cherché à associer étroitement l’art de la peinture et celui du laque, comme pour promouvoir l’artisanat du laque au niveau du grand art, réalisant, par exemple, des peintures à la laque sur papier – une technique connue sous le nom de urushi-e. Zeshin ne sacrifie pas au goût pour la surcharge de dorure qui caractérise souvent les productions de l’époque de Meiji. Le luxe et l’ostentation de richesse laissent place dans ses œuvres à une inventivité débridée.

bois, laque rouge et laque d’or (maki-e), nacre, Japon • 5 × 22,5 × 27 cm • Coll. Khalili, Londres

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Meiji. Splendeurs du Japon impérial. 1868-1912

Du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019

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