En partenariat avec Perrotin

Takashi Murakami, POM & Me Sweet Memories, 2023-2024
© 2023-24 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin.
On sait qu’il l’adorait… C’est encore lui, son chien POM, que Takashi Murakami (né en 1962) a choisi en premier pour l’accompagner à la galerie Perrotin, à Paris. Dans l’autoportrait qui ouvre l’accrochage de son exposition avenue Matignon, l’artiste se met en scène avec sa mascotte regrettée, disparue en 2020. Rassurez-vous, l’artiste a conservé sa joie de vivre. Son visage affiche un sourire hilare à l’image de ses emblématiques fleurs. Ses cheveux sont bleus, ses lunettes fines ; sa tenue est décontractée, en t-shirt, short et en claquettes. Le visiteur est tout de suite mis à l’aise.
À 62 ans passés, celui qui se rêvait enfant dans le cinéma d’animation avant d’accoucher dans les années 1990 de l’esthétique Superflat – un courant nippon mêlant art contemporain et manga – n’a jamais cessé de donner des couleurs à son imaginaire. Cette palette propre à Murakami, grouillante de petits êtres qui séduisent un très grand nombre y compris la maison de luxe Louis Vuitton, se dévoile à la galerie Perrotin sur l’avenue Matignon. Un vrai best of qui ouvre à point nommé, au moment où Art Basel Paris bat son plein, et restera à voir, en entrée libre, jusqu’au 23 novembre.
Fleurs souriantes, lion tout rond, tout mignon, champignons à dizaines d’yeux, couleurs pétaradantes… En deux salles, voilà un concentré du monde de cette star de l’art contemporain. Avec des œuvres récentes qui nous amènent à croiser des personnages familiers, à cueillir toute cette galerie que Murakami fréquente depuis 30 ans.
Vue de l’exposition de Takashi Murakami a Perrotin Paris
© Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin. Photo: Tanguy Beurdeley
La pieuvre un peu fofolle, que l’artiste se glisse parfois sur la tête en chapeau, a (encore) fait des petits. Mr. Dob, icone depuis son introduction sur une toile en 1996, est aussi de la fête. Dans un champ de fleurs au pistil rigolo, paradent Miss Good Things et Mr. Bad Things : ils sont les avatars du bien et du mal version kawaii (« mignon » en japonais), et les symboles d’une œuvre qui recèle souvent une ambiguïté.
Exécutées sur des panneaux de bois, détourées suivant les contours des figures (shaped canvas), ces toiles semblent laisser s’échapper les créatures, dans un effet 3D. Comme si cette geisha prénommée Maiko sortait d’un manga animé pour flirter avec le style des logos de marques, la mode du sticker et des spots publicitaires (Maiko in Kyoto, Anime-style, 2023–2024).
Takashi Murakami, ZuZaZaZaZaZa Rainbow, 2023–2024
© 2023–24 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin
Souvent considéré comme l’héritier du pape du pop art Andy Warhol, le père du Superflat ne se prive jamais de réinterpréter la tradition picturale ni de briser les codes de l’histoire de l’art. Ce penchant se lit d’abord dans le spectre rectiligne de couleurs, façon mire de téléviseur, lequel déploie ses tonalités arc-en-ciel, tout en subissant les attaques de splashs d’un personnage bondissant (ZuZaZaZaZaZa Rainbow, 2023–2024). Une vision à lectures multiples, entre Ellsworth Kelly, Lucio Fontana, Barnett Newman et les drippings de Jackson Pollock, tout en mêlant les « body fluids » que Murakami faisait jaillir dans les années 1990, en sculpture ou sur la toile.
Takashi Murakami, Ogata Korin’s Flowers, 2023–2024
© 2023–24 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin
Deux grandes toiles présentées à la galerie sont particulièrement emblématiques d’une série que l’artiste a entreprise depuis une vingtaine d’années, en assumant pleinement son idéal d’un brassage entre les époques, les cultures, les genres. Sur ces deux tondi, toiles rondes typiques de la Renaissance italienne, l’artiste a fait pousser des chrysanthèmes sur un fond à la feuille d’or, en platine, et rehaussé de paillettes ; à bien scruter de près on remarquera qu’il a aussi tamponné ses fleurs rieuses dans une peinture lisse telle une précieuse laque. De la part de l’ancien étudiant de l’Université des arts de Tokyo, au département de peinture, l’hommage aux estampes d’Ogata Kōrin, grand peintre du XVIIe siècle est explicite. Une manière pour cet artiste, présenté dans les plus grands musées et figurant dans d’importantes collections, de s’inscrire définitivement dans le grand récit de l’histoire de l’art.
Takashi Murakami
Du 15 octobre 2024 au 23 novembre 2024
Galerie Perrotin - Matignon • 2bis Avenue Matignon • 75008 Paris
www.perrotin.com
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