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LE TOPO

Ellsworth Kelly en 2 minutes

Ellsworth Kelly en bref

Figure incontournable de l’art abstrait américain, Ellsworth Kelly (1923–2015) n’en est pas moins inclassable. Durant tout le XXe siècle, il aura exploré la relation entre forme, couleur, ligne et espace. Inventant un langage d’une extrême complexité et s’inspirant de la nature, il a créé une œuvre singulière, qui brouille les frontières entre figuration et abstraction, peinte mais aussi sculptée. Kelly est l’auteur d’une œuvre résolument moderne et farouchement indépendante de toute école ou de tout mouvement.

Ellsworth Kelly posant avec « Yellow with Red Triangle », 1973 et « Blue with Black Triangle », vers 1973, dans son atelier de Cady’s Hall Chatam, New York
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Ellsworth Kelly posant avec « Yellow with Red Triangle », 1973 et « Blue with Black Triangle », vers 1973, dans son atelier de Cady’s Hall Chatam, New York, 1973

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© Ellsworth Kelly Foundation / Courtesy Ellsworth Kelly Studio / Courtesy The Gianfranco Gorgoni Estate

Il a dit

« Ce que nous attendons tous de l’art, je pense, c’est un sentiment de permanence, une façon de s’opposer au chaos de la vie quotidienne. C’est une illusion, bien sûr. »

Sa vie

Une jeunesse new-yorkaise

Né en 1923 à Newburgh, aux États-Unis (État de New York) dans une famille de la petite bourgeoisie, Kelly s’inscrit au Pratt Institute de Brooklyn. Là, il développe une peinture figurative sans grande ambition, mais, très vite, il doit interrompre ses études : la guerre fait rage sur le Vieux Continent et Kelly est mobilisé.

Paris, de la Libération à l’abstraction

Il rejoint l’armée en 1943, dans la section camouflage des troupes spéciales, aujourd’hui connues sous le nom d’armée fantôme (Ghost Army). Il participe à la Libération et découvre Paris, qu’il retrouvera quelques années plus tard. C’est là, entre 1948 et 1954, que sa peinture prendra tout son sens. Il abandonne la figuration définitivement pour une abstraction radicale, et affine déjà un vocabulaire aux formes épurées et aux couleurs éclatantes.

La leçon de Matisse, Brancusi, Arp…

Durant les six ans qu’il passe à Paris, Kelly observe la peinture de Henri Matisse, ses formes colorées et sa ligne pure, regarde les sculptures anthropomorphiques de Constantin Brancusi, ou celles épurées de Jean Arp, les œuvres de Pablo Picasso, Robert Delaunay, Georges Braque, l’art byzantin ou extrême-oriental ; multiplie les visites d’atelier, de galeries et de musées, développant ainsi une connaissance des relations entre architecture, peinture et sculpture. Ainsi conçoit-il sa première œuvre abstraite à partir d’une des fenêtres du musée d’Art moderne de Paris : Window, Museum of Modern Art (1949).

La création d’espaces et la découverte de Monet

Dès lors, Kelly quitte le monde de la représentation pour celui de la présentation, s’intéresse à la création d’objets dans l’espace, mais aussi à la création d’un espace. Autre acte fondateur, sa découverte de l’œuvre tardive de Claude Monet à Giverny, après laquelle il réalise Tableau vert (1952), son premier monochrome. Les bases de son répertoire sont posées, désormais Kelly ne déviera plus de la ligne qu’il s’est imposée.

À New York, la maturation

Las de ne trouver qu’une reconnaissance relative à Paris, Ellsworth Kelly retourne à New York dès 1954. Le succès arrive, les expositions personnelles se multiplient et lui donnent des ailes. Il y poursuit les recherches initiées en France, réduisant ses formes à l’essentiel et abolissant définitivement toute forme de perspective. Il juxtapose sur toile, à partir du milieu des années 1960, des aplats de couleurs pures, qui délimitent l’espace pictural. Il interroge sans cesse le rapport entre la figure et la forme, entre la ligne et la couleur, entre le contenu et le contenant. Kelly se distingue autant de l’expressionnisme abstrait de Mark Rothko, Barnett Newman ou Ad Reinhardt, que de l’art minimal. Il se refuse à donner à ses aplats chromatiques une dimension mystique ou symbolique.

« Shaped Canvas », réinventer l’abstraction

À partir de la fin des années 1960, triangles, parallélépipèdes et trapèzes étoffent, entre autres, son inépuisable répertoire de formes, l’artiste produisant soit des panneaux indivisibles, soit des polyptyques. Enfin, dans les années 1970, à la faveur d’un changement d’atelier, Kelly se tourne vers des formes plus singulières encore, dans une palette de plus en plus vive. Naîtront alors ses « Shaped Canvas », ses « Tableaux-relief », devenant l’une de ses signatures : le support, sa forme, son épaisseur, sa suspension dans l’espace d’exposition comptent tout autant que la peinture. « Je veux que ces peintures, d’une certaine façon, entrent dans notre espace et existent en tant que structure plutôt que comme représentation d’une structure », précise-t-il.

Kelly aura travaillé jusqu’à sa mort en 2015, et n’aura eu de cesse d’interroger son art et le monde qui l’entoure.

Ses œuvres clés

Ellsworth Kelly, Méditerranée
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Ellsworth Kelly, Méditerranée, 1951–1952

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Huile sur bois, neuf panneaux, trois en relief • 150,5 × 193,7 cm • Coll. Tate, Londres • © Ellsworth Kelly Foundation / Courtesy Ellsworth Kelly Studio

Méditerranée, 1951–1952
Kelly accorde une liberté absolue à la couleur : « Chaque couleur & son identité. Et toutes sont d’égale importance, une couleur n’est pas plus importante qu’une autre. » Comme un écho à la réalité, l’œuvre est ici le souvenir laissé, une fois les yeux fermés, par la mer, le ciel et le soleil du sud de la France. Kelly élabore durant son séjour en France un vocabulaire pictural qu’il utilisera tout au long de sa carrière et qui aura une influence fondamentale sur l’art minimal.

Ellsworth Kelly, Spectrum IX
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Ellsworth Kelly, Spectrum IX, 2014

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Acrylique sur toile, 12 panneaux joints • 273,7 × 243,8 cm • © Ellsworth Kelly Foundation / Courtesy Ellsworth Kelly Studio

« Spectrum », 1953–2014
Initiée à Paris à partir de 1953, la série « Spectrum » est l’une des plus emblématiques d’Ellsworth Kelly, il aura produit dans le cadre de celle-ci huit œuvres en tout, dont la dernière est une commande réalisée en 2014 pour l’auditorium de la fondation Louis Vuitton et se traduit par un rideau de scène. Elle est l’aboutissement de ses recherches sur « l’ordonnancement des couleurs selon le hasard et le principe de la grille », constantes dans sa pratique. Ici, 12 couleurs, au lieu des 13 habituelles, composent le spectre linéaire, que le jaune encadre (contrairement à l’arc-en-ciel ou à un spectre prismatique de couleurs), reflétant l’intérêt de Kelly pour les effets sensoriels des juxtapositions de couleurs. L’œuvre porte ici sur la pureté des formes, des couleurs, de la ligne et de l’espace, reprenant le vocabulaire pictural qu’il a inventé à Paris.

Ellsworth Kelly, Yellow Curve
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Ellsworth Kelly, Yellow Curve, 1990

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Acrylique sur toile • 777,2 × 741,7 cm • © Ellsworth Kelly Foundation / Courtesy Ellsworth Kelly Studio

Yellow Curve, 1990
« Je ne veux rien du tout sur les murs au moment de l’exposition, et je préférerais que les gens ne marchent pas sur la partie peinte, car je veux que l’on observe la forme de l’extérieur et non de l’intérieur. » Dans cette œuvre, l’attention est purement visuelle et la façon dont le spectateur « voit » la forme change lorsqu’il s’en approche et la contourne, démultipliant ainsi la sensation provoquée par sa forme et sa couleur. L’œuvre est pensée pour le centre d’art Portikus de Francfort et montre la radicalité de Kelly, qui interroge ici encore, les liens de la peinture avec l’espace et le spectateur.

Par • le 8 juillet 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : Minimalisme Ellsworth Kelly

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