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Jean Paul Riopelle, Sans titre, 1954
Aquarelle et enre sur papier marouglé sur toile • © ADAGP, Paris, 2023
Avec son architecture remarquable auréolée de pins centenaires, son jardin de sculptures, son labyrinthe Miró et sa collection chatoyante où se côtoient des chefs-d’œuvre d’Alberto Giacometti, Marc Chagall, Alexander Calder ou Fernand Léger, la fondation Maeght est le paradis provençal des amateurs d’art moderne.
Et aussi un lieu familial, toujours veillé par les descendants de ses créateurs, le couple de collectionneurs visionnaires formé par Marguerite et Aimé Maeght, qui entretenaient des liens d’amitié privilégiés avec les artistes qu’ils défendaient. D’où des expositions souvent consacrées aux facettes plus intimes des artistes…
Jean Paul Riopelle dans son atelier de Vanves, 1962
© Photo Dubourg © ADAGP, Paris, 2023
Bon vivant, Riopelle a laissé un souvenir solaire chez les Maeght. « C’était quelqu’un de jovial et passionné, qui aimait énormément rire et adorait la vie », se souvient Isabelle Maeght, petite-fille d’Aimé. Car l’artiste passe beaucoup d’étés dans le Midi, pour faire du bateau à Golfe-Juan, et partage avec Aimé (qu’il rencontre en 1947, avant de rejoindre la galerie Maeght en 1966) une passion pour la chasse et les voitures. À leur tour, les Maeght lui rendent souvent visite à Vétheuil. C’est donc aussi un ami de la famille que la fondation célèbre à travers ce parcours.
« L’idée était de montrer un Riopelle pas ordinaire, et non le peintre des années 1950 que tout le monde connaît, souligne Isabelle Maeght. Et de rendre hommage à cet artiste extrêmement créatif, qui ne s’arrêtait jamais ». Un homme qui, comme le raconte sa fille, Yseult Riopelle, commissaire invitée, « était toujours à la recherche de nouvelles expérimentations ». L’exposition restitue donc le bouillonnement permanent des multiples ateliers de l’artiste, en France et au Canada, pour dévoiler ses créations les plus secrètes.
Aquarelles, fusains, sanguines, pastels… Au fil des salles, ses œuvres sur papier déploient des explosions festives de couleurs et de lignes, reflets d’un esprit libre et instinctif en constante ébullition. Et se mêlent à d’autres techniques plus inattendues… On découvre par exemple la passion de ce natif de Montréal pour le détournement d’objets, à travers une bûche de bois que le peintre ramasse en 1973. L’artiste la coupe en tranches et peint ces dernières afin d’en réaliser des empreintes sur papier, puis monte les rondelles de bois colorées sur une tige en métal pour en faire une étonnante sculpture primitive !
Jean Paul Riopelle, À gauche, « Les rois de Thulé » (1973). À droite, « Hibou II » (1970)
Technique Mixte sur papier / Lithographie • Collection Fondation Maeght, Photo Galerie Maeght © ADAGP, Paris, 2023
L’artiste signe même les cartons au pastel et au fusain de deux tapisseries de lice en laine, exécutées par la manufacture nationale des Gobelins. L’une d’elles, L’Arbre (1972), révèle sur plus de deux mètres de long un enchevêtrement complexe de lignes colorées, tourbillonnantes tels des serpentins. Avec Calder et Miró, le Canadien devient ainsi l’un des premiers noms de l’art moderne à avoir été approchés par la célèbre institution pour concevoir des œuvres textiles.
Les divers procédés d’impression, qu’il a le loisir de découvrir pleinement à l’imprimerie Arte, créée à Paris par Adrien Maeght en 1964, le passionnent également. En témoignent ici des eaux-fortes expressives et explosives représentant des animaux en plein mouvement (un cheval fougueux, un canard en vol…) et des lithographies de hiboux, sa créature fétiche.
Jean Paul Riopelle, Grande Chute, 1967
Lithographie et collage marouflé sur toile • Collection Jules Maeght © ADAGP, Paris, 2023
Riopelle est si pris par ces créations qu’une chambre finit par lui être aménagée au deuxième étage de l’imprimerie Arte !
Bondissant de technique en technique, l’artiste récupère ses essais lithographiques pour les découper, les déchirer et les réarranger afin de former de grands collages, auxquels est dédiée dans l’exposition une superbe salle qui constitue l’un des temps forts de la visite. Au lieu de les coller, l’artiste agrafe la plupart du temps les morceaux directement sur une toile, créant des compositions d’une grande beauté, truffées d’effets de transparence, de superpositions de couleurs et de motifs végétaux. À la fin des années 1960, Riopelle est si pris par ces créations qu’une chambre finit par lui être aménagée au deuxième étage de l’imprimerie Arte !
Jean Paul Riopelle, L’Indien, 1969 –1970
Bronze • 175 × 51 × 51 cm • Collection particulière • © ADAGP, Paris, 2023 / Photo Augustin de Valence
Riopelle se lance même dans la sculpture. En 1969–1970, il crée d’étranges animaux en bronze aux corps accidentés, pas toujours faciles à identifier, qui évoquent souvent des totems primitifs : un « hibou-pelle », un poisson, un chien… Dans l’atelier des Maeght à Saint-Paul-de-Vence, il s’essaie à la céramique, réalisant notamment des vases en porcelaine en forme d’oiseaux. Les deux bassins qui encadrent l’entrée de la fondation Maeght accueillent cet été plusieurs de ces œuvres en trois dimensions : deux sculptures en bronze (L’Ours et L’Indien) ainsi que deux œuvres en lave émaillée.
Jean Paul Riopelle, Tuyk, 1971
Acrylique et lithographie marouflée sur toile • Collection Jules Maeght © ADAGP, Paris, 2023
Aventurier, l’artiste nourrit une passion pour la nature canadienne et la culture inuit. Dans les années 1970, il se rend plusieurs fois au Nunavut et au Nunavik, observe les blocs de glace qui lui soufflent les formes d’une grande toile noir et blanc, Pangnirtung (1977), et s’inspire d’un jeu inuit, l’ajaraaq, consistant à créer des figures avec des ficelles, pour une série de grandes toiles abstraites à l’acrylique (Deux pelles à neige, Le Cygne, Tyuk…) en 1971.
Vers la fin du parcours, une salle présente son style le plus fameux, sa peinture des années 1950, avec notamment un chef-d’œuvre : Chevreuse (1954). Une immense peinture de trois mètres sur quatre (la plus grande à châssis unique qu’il ait peinte) prêtée par le Centre Pompidou, faite d’épaisses écailles de peinture multicolores, resserrées et appliquées nerveusement à la spatule pour former comme une mosaïque brisée, éclatante et rayonnante…
Jean Paul Riopelle, Chevreuse, 1954
Huile sur toile • 301 x 391 cm • Collection Musée Natinal d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou • © Centre Pompidou, MNAM-CCI © ADAGP, Paris, 2023
Dans la dernière salle, une œuvre de Joan Mitchell évoque le couple explosif qu’il forma avec cette peintre américaine. La toile est mise en regard avec des œuvres de Riopelle faisant la part belle au blanc (très présent chez Mitchell), rappelant ainsi la façon dont les deux artistes se sont influencés mutuellement.
Pour parfaire cet hommage, les 20 et 21 juillet, un ballet donné à la fondation a intégré des décors dessinés par Riopelle pour Merce Cunningham. Ce spectacle n’étant que l’un des multiples événements (concerts, projections de films…) du programme concocté à l’occasion de cet anniversaire. Une bonne façon d’annoncer l’ouverture prochaine des nouveaux espaces de la fondation : une extension royale encore en chantier, qu’il nous tarde de voir emplie de chefs-d’œuvre !
Jean Paul Riopelle - Parfums d'ateliers
Du 1 juillet 2023 au 12 novembre 2023
Fondation Maeght • 623 Chemin des Gardettes • 06570 Saint-Paul-de-Vence
www.fondation-maeght.com
Centenaire de la naissance de Jean-Paul Riopelle
Fondation Maeght
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