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Une passionnante histoire de l’art au prisme de notre disparition racontée à Valence

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« L’Univers sans l’homme » : voilà un titre qui fait frémir mais qui nous plonge dans une passionnante histoire de l’effacement de la figure humaine dans l’art à partir du XVIIIe siècle, pour mieux explorer notre rapport aux catastrophes, aux machines, au vivant, au cosmos… et imaginer des mondes nouveaux. Adapté de l’essai éponyme de Thomas Schlesser, dont le titre renvoie à une célèbre formule de Baudelaire, cette exposition du musée de Valence fait forcément écho à l’urgence climatique, mais s’avère moins apocalyptique qu’elle n’y paraît. Rassemblant quelques pépites de la peinture signées Courbet ou De Chirico, l’accrochage finit en une flamboyante apothéose avec de grandes toile abstraites de Claude Monet, Joan Mitchell et Anna-Eva Bergman. Époustouflant !
Pierre-Henri de Valenciennes, Éruption du Vésuve arrivée le 24 août de l’an 79 de J.-C. sous le règne de Titus
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Pierre-Henri de Valenciennes, Éruption du Vésuve arrivée le 24 août de l’an 79 de J.-C. sous le règne de Titus, 1813

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Pompéi, une sublime leçon

Que sommes-nous face aux forces de la nature ? En 1748, les premières fouilles permettent de découvrir les vestiges de Pompéi et l’histoire de cette ville ensevelie par l’éruption du Vésuve en l’an 79, offrant une terrible leçon d’humilité à l’humanité. L’événement inspire aux artistes tels Pierre-Henri de Valenciennes (1750–1819) des toiles grandiloquentes qui répondent à la vogue du « sublime », cette théorie esthétique selon laquelle le plaisir se mêle à la terreur engendrée par une catastrophe. Ici, bateaux et édifices disparaissent dans des nuages de fumée tandis qu’au premier plan, le savant Pline l’Ancien meurt asphyxié pour avoir voulu observer de trop près l’éruption.

Huile sur toile • 148 x 196cm • Toulouse, Musée des Augustins • © Mairie de Toulouse, Musée des Augustins. Photo Daniel Martin

Troyon Constant, Vache qui se gratte
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Troyon Constant, Vache qui se gratte, Avant 1861

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Le réalisme, courant déshumanisé ?

Drôle de scène ? Et pourtant, livrées à elles-mêmes, les vaches n’ont que les arbres pour se gratter. Peintre animalier tombé dans l’oubli, Constant Troyon (1810–1865) représente les bêtes avec un réalisme qui stupéfie ses contemporains. Mais pour le critique Charles Baudelaire, le courant réaliste ne fait que reproduire mécaniquement le réel dans des toiles aux motifs banals, dépourvues d’âme. Ce serait, selon le poète, l’avènement d’un « univers sans l’homme »… Un débat esthétique intensifié par l’essor, au même moment, de la photographie.

Huile sur toile • 113 x 145,5 cm • Legs Alfred Chauchard, 1909. Coll. Musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Gustave Courbet, La Vague
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Gustave Courbet, La Vague, vers 1871–1873

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Une vague mélancolique

Voici l’une des pépites de l’exposition ! Cette vague, s’enroulant dans un nuage d’écume matérialisé par quelques touches mouchetées de peinture blanche sur un ciel d’orage incandescent, est une œuvre rare de Gustave Courbet (1819–1877). Cette vision brute d’un monde simplement régi par des rythmes et des forces naturelles se mêle – quoi qu’en dise Baudelaire opposé au « positivisme » du peintre – à un sentiment de mélancolie…

Huile sur toile • 55 x 65cm • Collection de Bueil & Ract-Madoux, Paris • © Collection de Bueil & Ract-Madoux, Paris

Alexandre Sergejewitsch Borisoff, Les Glaciers, mer de Kara
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Alexandre Sergejewitsch Borisoff, Les Glaciers, mer de Kara, 1906

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Les contrées les plus désolées

Une vision glaciale ! Alexandre Sergejewitsch Borisoff (1866–1934), peintre expressionniste, écrivain et explorateur russe, est le premier à avoir pris l’Arctique pour sujet, avec un grand succès. Si elles représentent parfois les populations, bien souvent, ses œuvres ramenées du Grand Nord montrent des terres désolées, hostiles à toute présence humaine. Dans un superbe camaïeu de bleus, les morceaux de glaciers flottent ici à la dérive, comme une métaphore de notre destin écologique.

Huile sur toile • 79 x 124 cm • Paris, Musée d’Orsay • © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Giorgio de Chirico, Idillio antico (Idylle antique)
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Giorgio de Chirico, Idillio antico (Idylle antique), vers 1970

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De Chirico ou le théâtre absurde du vide

Grand maître de la peinture métaphysique, courant italien né en 1917, Giorgio de Chirico (1888–1978) compose ses toiles comme des théâtres absurdes où seuls d’énigmatiques objets viendraient, comme des indices, exprimer le sens profond (mais inaccessible) de l’image. Dans ses tableaux à « l’inquiétante étrangeté », l’Homme est substitué par des mannequins ou statues antiques qui viennent encore renforcer l’aspect déshumanisé de ces paysages urbains mélancoliques.

Huile sur toile • Paris, Musée d’Art Moderne • © Paris Musées, musée d’Art moderne, Dist. RMN-Grand Palais / image ville de Paris © Adagp, Paris, 2023

Claude Monet, Nymphéas
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Claude Monet, Nymphéas, 1907

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Un monde conscient de sa beauté

« Le monde veut être vu : avant qu’il y eût des yeux pour voir, l’œil de l’eau, le grand œil des eaux tranquilles regardait les fleurs s’épanouir », écrit Gaston Bachelard en 1952 au sujet des Nymphéas de Monet, dont un petit tondo, pareil à une pupille, est présent dans l’exposition, suggérant que la nature serait consciente de sa propre beauté. Un décentrement du regard humain sur le monde poussé à l’extrême. Les artistes aux XXe siècle n’observent plus seulement les choses avec objectivité mais plongent dans l’infiniment grand et l’infiniment petit, dans la substance-même de l’univers.

Huile sur toile • diam. 80,7 cm • Saint-Étienne Métropole, Musée d’art moderne et contemporain • © Cyrille Cauvet / Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole

Anna-Eva Bergman, 12-1975 Terre ocre avec ciel doré
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Anna-Eva Bergman, 12-1975 Terre ocre avec ciel doré, 1975

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Les horizons radieux d’Anna-Eva Bergman

Dans la dernière salle, l’exposition fait la part belle à la peinture abstraite en mettant en regard le tondo des Nymphéas de Monet et les œuvres de Hans Hartung, Joan Mitchell, Gilles Aillaud et Anna-Eva Bergman. Cette dernière, inspirée tant par le nombre d’or que les paysages de la Norvège dont elle est originaire, se détourne de la figure humaine dans les années 50 pour peindre l’horizon qui, tout en étant « physiquement inatteignable pour l’homme, existe et dont on peut faire l’expérience ». Ses toiles à la feuille d’or nous transportent dans un univers solaire, où l’absence d’humanité n’est pas source d’angoisse mais d’une humble félicité.

Acrylique et feuille de métal sur toile • Antibes, Fondation Hans Hartung et Anna-Eva Bergman • © Fondation Hartung-Bergman, Antibes © Adagp, Paris, 2023

Bruce Conner, Crossroads
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Bruce Conner, Crossroads, 1976

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L’apocalypse vue du ciel

L’Homme responsable de sa propre disparition… D’une beauté effroyable, qui confine là aussi au sublime, le montage vidéo de l’Américain Bruce Conner (1933–2008) enchaîne sur fond de musique planante (Patrick Gleeson et Terry Riley) les images d’essais nucléaires dans l’atoll de Bikini en 1946. Hypnotique, ce ballet de champignons atomiques se joue ici sans être humain mais avec 3 500 animaux chargés dans des navires à proximité afin de mieux mesurer les effets de la radioactivité sur le vivant. Une œuvre d’un cynisme tragique qui symbolise notre folie autodestructrice.

Film noir et blanc 35 mm, version numérique restaurée, 37 min., musique originale de Patrick Gleeson et Terry Riley • Courtoisie Conner Family Trust and Kohn Gallery, Inc., Los Angeles © Conner Family Trust © Adagp, Paris, 2023

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L'Univers sans l'homme

Du 13 mai 2023 au 17 septembre 2023

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