La statue du Christ rédempteur surplombant la ville de Rio de Janeiro
© Franck Charton / Hémis
Avec ses bras grands ouverts sur le monde, son visage tranquille légèrement penché vers la foule qui le visite quotidiennement – 770 000 personnes par an, tout de même – et sa hauteur de 38 mètres, le Christ rédempteur (1926–1931) ne peut qu’impressionner. Et ce, même s’il n’est désormais ni la sculpture la plus haute du monde (il est même battu de loin par la Statue de l’Unité en Inde, plus de 240 mètres de haut avec sa base), ni même le Christ le plus imposant, puisqu’il s’agit du Christ-Roi de Świebodzin en Pologne, qui culmine à plus de 52 mètres de haut.
Pour lui rendre visite, il vous faudra monter tout en haut du mont Corcovado, dans le parc national de la forêt de Tijuca. Installé à une altitude de 710 mètres, le Christ mérite le périple, d’autant plus que celui-ci se fait dans un funiculaire, lequel traverse la forêt et offre déjà un très beau spectacle. Une fois arrivé, vous pourrez admirer, un peu étourdi peut-être, la grâce autoritaire de ce Christ dont l’idée a surgi dans l’esprit d’un père lazariste au milieu du XIXe siècle…
Ce père, c’est un certain Pedro Maria Boss, qui a l’intuition d’un Christ géant dont l’aura profiterait de l’impressionnant paysage qui surplombe Rio de Janeiro. Nous sommes alors en 1859. Et si l’ambition séduit, sa réalisation apparaît trop complexe… Du moins jusqu’en 1921, année du centenaire de l’indépendance du Brésil. L’Église, désireuse d’affirmer sa puissance, remet le sujet sur la table, et un concours est organisé, remporté par l’ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa (1873–1947).
Le Christ rédempteur du Corcovado
© Robert Harding / hemis
Ce dernier se rend en Europe et rencontre le sculpteur français Paul Landowski (1875–1961). L’artiste a remporté le Grand Prix de Rome en 1900, passé quatre années à la Villa Médicis et enchaîne depuis les commandes de sculptures publiques et de monuments ; séduit par son expérience, Heitor da Silva Costa lui propose les rênes de la réalisation de la sculpture. On choisit pour elle la stéatite, une roche tendre qui ne souffre pas des écarts de température, et la structure est réalisée en béton armé par l’ingénieur français Albert Caquot (1881–1976), alors réputé comme un génie visionnaire – il réalisera tout au long de sa carrière plus de 300 ponts et barrages ! Enfin, l’inauguration a lieu en grande pompe le 12 octobre 1931.
Paul Landowski, lorsqu’il reçoit la commande de cet immense Christ, choisit de confier la réalisation de sa tête à Gheorghe Leonida (1892–1942), un sculpteur roumain de passage en France, réputé pour avoir reçu en 1925 le premier prix du Salon national d’art de Rome, et le Grand Prix du Salon des artistes de Paris. Ce visage de trente tonnes mérite donc d’être attentivement observé, quitte à s’en tordre le cou, tant sa douce sérénité dit tout de l’ambition du projet… Et résonne avec le discours du cardinal Dom Sebastião Leme (1882–1942) pour son inauguration : « Que cette image sacrée soit le symbole de votre lieu de vie, de votre protection, de votre prédilection, de votre bénédiction qui rayonne sur le Brésil et les Brésiliens. » Amen.
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