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Né Andrew Warhola, Andy Warhol est le fils d’immigrants tchécoslovaques. Fragile, ce dernier de quatre fils est surprotégé par sa mère Julia, qui lui transmet son goût du dessin et de la fantaisie. Veuve en 1951, elle emménage chez son garçon à New York où elle sera son assistante au quotidien. Elle ne s’occupe pas seulement du ménage mais aide aussi son fils dans la création : complexé par ses « pattes de mouche », Andy sollicite sa calligraphe de mère pour les textes accompagnant ses dessins publicitaires. Jusqu’à sa mort en 1972, Julia vit chez son fils qui l’a installée de façon pour le moins ingrate dans son sous-sol ! Craignait-il qu’une image de « vieux garçon » ternisse sa réputation ?
Andy Warhol, âgé de 2 ans, avec sa mère Julia Warhola et son frère John, 1930
Pittsburg • © Photo Archivio GBB / Bridgeman Images
On sait que Warhol a débuté dans la publicité, moins pour quel produit… Lorsqu’il arrive à New York en 1949, Andy veut travailler dans la mode et frappe à la porte du magazine Glamour, un carton à dessins sous le bras. Tina Fredericks, la directrice artistique, le retoque : « Glamour n’a besoin que de dessins de chaussures ». Qu’à cela ne tienne, Warhol revient le lendemain avec une cinquantaine de croquis qui convainquent pour de bon la directrice. On s’arrache ses dessins d’escarpins, chez Vogue comme au New York Times où, pour le compte du fabriquant de chaussures I. Miller, Warhol envoie une image publicitaire hebdomadaire. Simple job alimentaire ? En 1980, le peintre réalise des sérigraphies intitulées Shoes, renouant avec cet univers, laissant plutôt penser à une passion frôlant le fétichisme.
Andy Warhol, Sans titre, 1957
encre, feuilles d’or et d’argent sur papier • 33 × 45,7 cm • Coll. particulière • © 2022 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris / Photo Christie’s Images / Bridgeman images
En 1961, Warhol expose ses premières peintures dans le magasin Bonwit Teller, avec notamment des toiles reprenant des cases de héros de BD : Popeye, Dick Tracy et Superman. Des héros modernes, icônes pop par excellence. Andy sait qu’il tient quelque chose d’énorme ! Seulement voilà, son assistant Ted Carey revient catastrophé de la galerie de Leo Castelli (celle qu’ambitionne d’investir Warhol) : d’autres créations tirées de comics sont exposées, signées Roy Lichtenstein. On peut douter que ce dernier ait effectivement vu l’exposition confidentielle chez Bonwit Teller mais Warhol est persuadé du contraire et songe à tout abandonner, avant d’avoir l’idée d’utiliser des produits de consommation courante comme les boîtes de soupe Campbell. Pas rancunier cependant, Warhol présente en 1981 Lichtenstein comme son « peintre favori avec Rosenquist ».
Andy Warhol, Superman, 1961
lithographie • Coll. particulière • © 2022 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris
En 1964, New York accueille l’Exposition universelle. Pour décorer l’imposant Pavillon de l’État de New York de Philip Johnson, on fait appel aux plus grands, ce qui inclus bien sûr Warhol. Ce dernier s’empare de la façade pour y accoler 13 Most Wanted Men, un ensemble de 25 sérigraphies carrées reprenant les photos d’identité judiciaire des treize fugitifs les plus recherchés par le FBI. Nelson Rockefeller, gouverneur de l’État et Robert Moses, organisateur de la foire, exigent leur remplacement sous 24 heures. S’ils arguent que c’est en raison d’une expiration des avis de recherche, il est permis de penser que c’est la nature même du sujet, inscrit dans la logique des Disaster (1962–1963), qui a refroidi les commanditaires. Dans un geste fort, Warhol recouvre les panneaux agglomérés de peinture aluminium sans changer le titre, affichant sa propre censure comme un adoubement.
Andy Warhol, 13 Most Wanted Men, 1964
© 2022 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris
Le 3 juin 1968, Valerie Solanas pénètre la Factory, QG de Warhol où se retrouve toute la scène underground new-yorkaise. Un an plus tôt, la féministe radicale, autrice du manifeste SCUM, avait confié au maître une pièce de théâtre pour qu’il la produise, avant qu’il ne prétende l’avoir perdue et ne propose un dédommagement. Solanas lui en veut à mort, c’est le cas de le dire : elle tire sur le peintre et son compagnon Mario Amaya. Touché aux poumons, au foie et à l’estomac, Warhol est déclaré mort cliniquement lors de son transfert à l’hôpital mais revient miraculeusement à la vie. Il restera abîmé, physiquement et psychologiquement par cette tentative d’assassinat, et la mort deviendra omniprésente dans ses productions ultérieures.
Onbekend, Photographie de l’arrestation de Valerie Solanas, 1968
Coll. Spaarnestad • © Archive nationale / Photo Onbekend / Bridgeman Images
Mort en 1987, Warhol n’a pas connu la déferlante de l’art numérique. Cela ne l’a pas empêché d’exploiter les nouvelles technologies de communication, échangeant du fax-art avec Joseph Beuys et Kaii Higashiyama en 1985 ou créant des œuvres graphiques sur l’ordinateur Commodore Amiga 1000 avec le logiciel GraphiCraft la même année. Dormant sur des disquettes dans les archives de l’artiste à Pittsburgh, on croyait ces Warhol en pixels définitivement perdus : en cherchant à décrypter les supports devenus illisibles, ne risquerait-on pas d’effacer les données sur bande magnétique ? En 2014 pourtant, une équipe de l’université Carnegie Mellon parvient à extraire les fichiers et onze images sont découvertes. Avec trente-cinq ans d’avance, Andy Warhol avait pressenti le potentiel des NFT…
Andy Warhol, Untitled (Campbell’s Soup Can), vers 1985
4500 × 6000 pixels • Coll. particulière • © 2022 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris / Photo Christie’s Images
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