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Anthony Authié pose dans les bureaux de Panayotis Pascot, qu’il a rénovés en 2022.
© Yohann Fontaine
Un jour, ses couleurs flashy et son mobilier aux formes exubérantes ont fait irruption dans notre paysage virtuel, attirant instantanément l’œil. Il faut dire que les projets d’Anthony Authié avec les cool kids les plus en vue du moment ne sont pas passés inaperçus dans nos feeds Instagram. En collaborant avec le youtubeur Squeezie, le DJ Myd, l’acteur Panayotis Pascot ou encore la créatrice de contenus AnnaRvr, pour qui il a imaginé le décor d’un spectacle à l’Olympia, son style hyper pop assumé s’est affiché partout.
À chaque intérieur, sa couleur vibrante – orange, bleu, rose, vert – étalée à l’excès, tel un monochrome. Fondateur du Zyva Studio, l’architecte de 32 ans a su imposer sa signature audacieuse, inspirée de l’univers du cartoon. Et ce, en moins de cinq ans.
Catalogué comme « l’architecte des stars et des influenceurs » – un surnom plus souvent railleur que flatteur selon lui, le trentenaire assure n’avoir pas élaboré de stratégie spécifique. Son ascension fulgurante ? Il l’attribue à un savant mélange de hasard, de culot et d’une irrépressible pulsion de création. Ce grand enfant dans l’âme, au corps bardé de tatouages, a simplement pris ses désirs pour des réalités ; et ça a marché !
En 2023, Anthony Authié a repensé entièrement le studio de streaming du youtubeur Squeezie (de son vrai nom Lucas Hauchard).
© Yohann Fontaine
La fibre créative d’Anthony Authié s’éveille dès l’enfance, à Biarritz, où il grandit loin des milieux artistiques. Fils d’une secrétaire et d’un électricien, il envisage les Beaux-Arts après le bac, quand ses parents lui suggèrent une voie plus « stable » : l’architecture. Bonne pioche ! À l’ENSAP de Bordeaux, il tombe amoureux de la discipline : « On m’a appris à concevoir un processus créatif plus qu’un produit. C’est exactement ce que je cherchais », confie-t-il. Six années de formation pour apprivoiser une matière dans les règles de l’art, avant de s’en affranchir avec brio.
Sa première expérience en agence d’architecture, dans les tours glacées de La Défense, agit comme un électrochoc. « Une vraie désillusion. Je voyais l’architecte comme un grand concepteur, mais je me retrouvais simple exécutant », confie-t-il. Ce contraste brutal entre ses idéaux et la réalité du terrain nourrit une frustration créative et donne naissance à un projet littéraire inattendu.
Plutôt que de se résigner, Anthony Authié choisit la voie de la fiction pour exorciser le malaise. Il se lance à corps perdu dans l’écriture d’un roman, Baston de regards, publié en 2018 aux éditions Parenthèses. Le livre raconte l’histoire d’un jeune architecte fraîchement embauché, confronté à un milieu trop rigide pour ses aspirations. Une fiction à peine voilée, que ses employeurs accueillent froidement – trop autobiographique à leur goût. Après avoir engagé un avocat, ils décident finalement de clore l’affaire et de ne pas renvoyer le jeune effronté, qui restera encore deux ans dans l’agence.
Visiblement inspiré et farouchement obstiné, Anthony Authié enchaîne avec un deuxième ouvrage, cette fois en autoédition : un essai sur les liens entre architecture et bodybuilding. Un parallèle inattendu, qui est toutefois révélateur de sa manière de penser la création. Pour lui, ces deux pratiques ont une fonction commune : se protéger du monde. Le bodybuilder façonne une armure corporelle, quand l’architecte bâtit des refuges spatiaux. Deux formes de résistance, deux esthétiques de l’excès.
« J’ai toujours eu besoin de réfléchir à des concepts qui pouvaient définir mon travail, avant même de le produire. »
C’est par l’écriture que le jeune créateur affine sa vision et pose les bases de ce qui deviendra bientôt le Zyva Studio. Entre 2018 et 2020, il entre dans une période de recherche intense. « J’ai toujours eu besoin de réfléchir à des concepts qui pouvaient définir mon travail, avant même de le produire », analyse-t-il. Il forge alors le terme de « transdesign », pour désigner ses « curiosités visuelles » : des objets hybrides, à mi-chemin entre deux mondes. Sa signature ? Le clash volontaire entre styles, époques, ou références pop. En modélisation 3D, il imagine des pièces de mobilier aux formes absurdes, qui mixent poignées Mario Bros. et couleurs saturées. Un univers qu’il qualifie lui-même de « cartoon-core ».
Une création imaginaire d’Anthony Authié, où Hello Kitty règne sur un salon acidulé.
© Anthony Authié
Sur les réseaux sociaux, ses visuels de créations imaginaires commencent à faire mouche. La période joue en sa faveur : en plein confinement, les internautes se réfugient dans les « dreamscapes », ces paysages oniriques en 3D qui pullulent sur la toile. Parmi les figures montantes de ce courant, la designer Charlotte Taylor s’impose rapidement. Anthony Authié, en quête de visibilité, tente sa chance et lui propose une collaboration. Laquelle fera rapidement sensation.
Ensemble, ils imaginent la villa Ortizet, une construction virtuelle utopique : vert pomme saturé, volumes sculpturaux, ambiance quasi mystique. À mi-chemin entre la villa de vacances et le temple contemporain, le projet devient viral. Boosté par ce succès numérique, il cherche à le traduire dans le réel. Mais la transition s’annonce complexe : « Quand on propose un projet, on nous demande des références. Mais pour avoir une référence, il faut déjà avoir réalisé un projet. C’est le serpent qui se mord la queue », résume-t-il.
Dans son propre appartement à Bagnolet, Anthony Authié a composé un espace à son image : 55 m² d’expérimentation pop.
© Yohann Fontaine
Pour se faire connaître, Anthony Authié prend une décision radicale, qu’il assume aujourd’hui totalement : « Créer un faux client, un faux lieu, un faux dossier de presse avec de fausses images. » Pour exister, Anthony Authié raconte une histoire. Comme il l’a toujours fait. Un manifeste par l’absurde, qui se double d’une efficacité redoutable.
Quel est le plus consternant : envoyer un projet 100 % fictif à des dizaines de magazines, ou voir l’un d’entre eux le publier sans sourciller ? À chacun son verdict. Toujours est-il que la très sérieuse revue italienne Domus diffuse le projet d’Anthony Authié sans jamais mentionner qu’il s’agit d’images de synthèse. « J’étais ahuri », raconte le faussaire assumé, mi-amusé, mi-stupéfait. Piqué au jeu, il renouvelle l’opération, encore et encore.
Jusqu’à ce qu’enfin, le virtuel cède le pas au réel. On lui confie son premier véritable projet : la rénovation d’un appartement haussmannien place Voltaire, à Paris. L’occasion pour Anthony Authié de concrétiser son univers fantasque en un décor tangible. Il imagine un enchaînement d’espaces imbriqués. Au cœur d’une boîte bleue surgit une salle de bain orange fluo : le choc des couleurs, la magie des volumes.
En 2022, Anthony Authié a imaginé un espace de bureau vibrant et moderne pour l’acteur Panayotis Pascot.
© Yohann Fontaine
« Après mes échanges avec le client, j’écris une petite nouvelle. C’est un texte fondamental, une base de travail. »
Le résultat tape dans l’œil d’une journaliste de Côté Maison, qui lui consacre sept pages, et même la couverture du magazine. Atterrissage dans le monde réel réussi : très vite, les commandes affluent, portées par une génération de jeunes propriétaires en quête d’une signature visuelle forte et décalée. Sa posture irrévérencieuse, entre provocation et liberté créative, fait mouche. Le Zyva Studio est désormais lancé.
Avec lui, Anthony Authié veut faire de l’architecture un vecteur de narration. À chaque nouveau projet, le processus est le même. « Je cherche l’histoire qu’on a envie de raconter. Après mes échanges avec le client, j’écris une petite nouvelle. C’est un texte fondamental, une base de travail. » Chez lui, la fiction n’est pas une échappatoire, mais une méthode. Une approche radicale qui détonne dans une profession très codifiée.
Chez Anthony Authié, l’humour s’invite dans le mobilier.
© Anthony Authié
Son ami photographe Yohann Fontaine le confirme : « Contrairement à beaucoup d’architectes, Anthony pense globalement ses projets, en passant directement du concept à la 3D » – pas de plans en 2D, pas de croquis intermédiaires. Il court-circuite le processus traditionnel appris à l’école pour mieux faire exploser les formes. Une liberté revendiquée face à une discipline « qui se prend un peu trop au sérieux », sourit cet enfant terrible de l’architecture contemporaine.
De l’humour, son travail n’en manque pas. Chez lui, les meubles deviennent personnages : étagères portées par des figures de manga, formes molles ou grotesques, toujours à la frontière entre le familier et l’étrange. Il joue avec les contrastes, l’absurde, la mise en scène. D’ailleurs, Anthony Authié n’hésite pas à incarner lui-même des personnages lors de ses shootings, mis en images par Yohann Fontaine, fidèle complice depuis ses débuts.
Entre réalité et virtuel, design et performance, Anthony Authié continue de brouiller les pistes. Ses projets en cours le prouvent encore. Il vient de terminer la conception du centre d’entraînement de Gentle Mates, le club d’e-sport fondé par Squeezie, et s’attaque désormais au Comedy Club d’Artus. Non, ce n’est pas une blague : c’est juste du « Zyva ».
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