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Métiers des coulisses

L’Atelier Martel, agence d’architecture qui construit avec des artistes

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Publié le , mis à jour le
Leurs œuvres sont dans les murs, les façades, les sols : les artistes invités par l’Atelier Martel à faire partie prenante de leurs projets architecturaux travaillent à une échelle inédite, jusqu’à collaborer avec les ouvriers et les entreprises, jusqu’à installer leur atelier entre les murs des bâtiments en travaux. Rencontre avec des architectes passionnés d’art, qui ont commencé par de simples expositions dans leurs bureaux.
Un projet de Javier Carro Temboury dans les bureaux de l’atelier Martel
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Un projet de Javier Carro Temboury dans les bureaux de l’atelier Martel, 2025

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

Tout commence dans les années 2000 par des murs. Beaucoup de murs, et peu de fenêtres, dans les locaux partagés par trois jeunes architectes de la rue Martel, à Paris. Stéphane Cachat, Marc Chassin et Laurent Noël n’ont pas encore monté leur agence mais ils ont en commun ces bureaux qu’ils décident de confier à des artistes, amis ou amis d’amis.

Ils leurs donnent carte blanche, organisent des vernissages festifs, des concerts dans la cour ; les plasticiens en profitent pour expérimenter, investir jusqu’à la cage d’escalier – de toute façon rien n’est à vendre, autant en profiter !

Stéphane Cachat, Marc Chassin et Laurent Noël à l’Atelier Martel, Paris
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Stéphane Cachat, Marc Chassin et Laurent Noël à l’Atelier Martel, Paris, 2025

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

Puis l’Atelier Martel naît ; les trois amis s’associent, troquent leurs projets de maisons ou de restaurants pour des équipements médico-sociaux, et décident d’embarquer les artistes dans l’aventure. D’emblée, une décision : ceux-ci n’interviendront pas à la toute fin du processus, comme c’est le cas pour certaines commandes de type « 1 immeuble, 1 œuvre » – qui s’incarnent le plus souvent dans une sculpture ou une fresque venant orner le hall d’entrée –, mais seront invités dès la phase de la candidature à faire partie du projet, au même titre qu’un paysagiste, un bureau d’études ou un acousticien. « On propose aux artistes de rejoindre l’équipe comme un prestataire intellectuel, dès le début, rémunéré comme les autres acteurs », précise Stéphane Cachat.

Des expos au milieu des maquettes

« On aime que les œuvres se mélangent à notre univers de travail, comme une fécondation. »

Un changement d’échelle s’opère, des petites expositions artisanales de ces amoureux de l’art contemporain aux projets architecturaux à plusieurs millions d’euros. Mais le fil rouge demeure : les artistes continuent d’exposer dans les bureaux de l’Atelier Martel, désormais installés dans le 20e arrondissement. « Il y en a un peu partout, signale Stéphane Cachat. On aime que les œuvres se mélangent à notre univers de travail, comme une fécondation. » Quant au public, il y vient pour les vernissages, bien sûr, mais il est aussi possible de passer en semaine, durant les heures de travail, pour découvrir les œuvres accrochées au milieu des dossiers et des maquettes, des salles de réunion et des ordinateurs allumés.

Javier Carro Temboury expose à l’atelier Martel quelques céramiques
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Javier Carro Temboury expose à l’atelier Martel quelques céramiques, 2025

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

En ce moment, c’est le jeune Madrilène Javier Carro Temboury (né en 1997) qui est à l’honneur. Le choix n’a pas été fait au hasard puisqu’il a été récompensé par la quatrième édition du prix Atelier Martel – Jeune Création en 2024, et qu’il participe à un vaste projet de logements à Montreuil. Diplômé des Beaux-Arts de Paris, Javier Carro Temboury expose ici quelques céramiques, ainsi que des indices explicatifs du travail qu’il mène directement sur le chantier, proposant aux ouvriers de prendre part à une grande performance, Café transversal, dont les traces saisies dans la terre et le béton formeront une frise de 300 mètres de long.

Les œuvres comme éléments constructeurs

Visible au bas des murs, celle-ci n’est pas (que) décorative mais constitue un réel élément porteur. « L’œuvre exprime le travail des ouvriers, qui portent littéralement le bâtiment », explique Stéphane Cachat, qui ajoute que « cette dimension participative plaît énormément aux élus ». Extrêmement élégante, à la fois abstraite et synonyme de moments de vie partagés avec les artisans, l’œuvre est en effet particulièrement touchante, et on comprend aisément que la Ville soit fière de l’accueillir.

Des céramiques de Javier Carro Temboury accrochées au mur des locaux
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Des céramiques de Javier Carro Temboury accrochées au mur des locaux, 2025

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

D’une façon générale, sourient les associés, la plupart des acteurs avec lesquels ils échangent suivent tous le même cheminement lorsque ceux-ci leur parlent d’inclure des artistes contemporains dans leurs projets : les élus froncent le nez, pas certains d’apprécier, les entreprises prennent peur de la difficulté de s’adapter à des mises en œuvre compliquées… Pourtant, au fur et à mesure des mois, quand les maîtres d’ouvrages comprennent que ça ne leur coûtera pas un bras, quand les industriels se surprennent à découvrir de nouvelles techniques, les visages changent, et c’est finalement dans la satisfaction que s’achèvent les projets, dont la « valeur ajoutée », confie Laurent Noël, est évidente. Pour les bailleurs sociaux, c’est encore plus fort : « Car ils sont sensibles à l’amélioration des conditions de vie, ils y voient une manière de prolonger leurs missions. »

Une inventivité budgétaire et technique

« Les artistes expriment un projet, oui, mais ils se fondent dans la capacité d’un bâtiment à façonner la ville. »

Côté budget, justement, les artistes poussent les architectes à beaucoup d’inventivité, et ce même si « l’œuvre vient s’infiltrer là où il y a déjà un besoin, comme un travail d’éclairage, une coloration dans le béton ». Pour un immeuble de logements sociaux dans le 18e arrondissement, Julien Serve a par exemple eu l’idée d’un sol qui reprend le motif d’un pavage noir et blanc du château de Versailles : « On a fait un chiffrage avec des pavés de béton, nous raconte Stéphane Cachet. Mais pour le même prix, on a acheté des carreaux de marbre sur une plateforme de réemploi », afin d’offrir aux habitants, sans dépassement de budget, un sol de palais.

Céramique de Javier Carro Temboury à l’Atelier Martel
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Céramique de Javier Carro Temboury à l’Atelier Martel, 2025

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

Généreuse, cette approche est aussi celle de la liberté, dont les artistes jouissent bien plus que les architectes : à Annemasse (Haute-Savoie), Hugo Deverchère a imaginé des façades en béton coloré qui évoquent la géologie contrastée des sous-sols de la ville. « Le bâtiment que nous avons dessiné est hyper-rationnel », détaille Stéphane Cachat, en partie en raison d’un cahier des charges très strict défini en amont – dans ce cadre, l’intervention de l’artiste est « invraisemblablement osée », et n’aurait jamais été acceptée si elle avait été proposée directement par l’architecte. Mais le résultat séduit, par sa justesse, son inscription dans ce territoire, son élégance discrète. « Les artistes expriment un projet, oui, mais ils se fondent dans la capacité d’un bâtiment à façonner la ville ». Mine de rien, ils endossent une responsabilité colossale, celle de produire une œuvre qui sera habitée, regardée au quotidien.

Une dynamique inspirante

Désormais, l’agence voit de plus en plus grand. Sur le modèle de Patrick Bouchain, qui a initié l’idée de délocaliser l’agence d’architecture sur le chantier en cours, elle a installé un atelier d’artiste dans un projet en cours, rue de Crimée dans le 19e arrondissement de Paris : Elizabeth Saint-Jalmes y reçoit toutes les semaines des habitants pour fabriquer collectivement l’œuvre à venir. L’agence a aussi accueilli une doctorante durant trois ans, la jeune anthropologue Clara Ruestchmann, qui a entre autres missions permis la publication d’un premier catalogue d’œuvres, dédié à Julien Serve – ouvrage que les architectes espèrent suivi de nombreux autres.

Clara Ruestchmann et Stéphane Cachat devant les céramiques de Javier Carro Temboury
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Clara Ruestchmann et Stéphane Cachat devant les céramiques de Javier Carro Temboury, 2025

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

L’agence travaille également sur une station de métro à Lyon, conçue comme une œuvre immersive par Camille Walala : « Ici, l’architecte n’est là que pour permettre la réalisation de l’œuvre. On pousse la logique, en s’effaçant derrière l’artiste. » Inspirante, leur démarche a même poussé des maîtrises d’ouvrage (comme le bailleur 3F) à inclure dans leurs appels d’offre une dimension artistique. Pendant ce temps, les trois associés collectent les traces laissées par chacun de leurs collaborateurs artistes : textes, œuvres, croquis… De quoi, bientôt, constituer une intéressante collection dédiée à l’art dans la ville.

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Atelier Martel

8 bis rue d'Annam, 75020 Paris

Pour en savoir plus sur les projets et expositions en cours, consultez le site de l’Atelier Martel

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