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Musée d’Orsay

Aristide avant Maillol : ses mille talents au-delà de la sculpture

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Tout le monde connaît Maillol le sculpteur. Ce que beaucoup ignorent en revanche, c’est que cette vocation ne s’est fixée que sur le tard. L’artiste fut d’abord peintre, proche des Nabis, puis ornemaniste touchant autant à la tapisserie qu’à la céramique, toujours avec une verve et une originalité folle. Une exposition au musée d’Orsay explore cette multiplicité de facettes.
Aristide Maillol, Profil de femme
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Aristide Maillol, Profil de femme, vers 1896

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Huile sur toile • 73,5 x 103 cm • Paris, musée d’Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Pomone tenant ses fruits délicieux, Les Trois Grâces en conversation, la Rivière se laissant choir dans un geste sublime… Qui s’est perdu dans les haies du jardin du Carrousel, entre le musée du Louvre et les Tuileries, a été happé par ce petit peuple de statues dont on reconnaît l’auteur au premier regard. Aristide Maillol a marqué la sculpture mondiale du XXe siècle au point qu’on parle plus généralement de formes « maillolesques », suaves et voluptueuses, pour désigner ses nus féminins d’un classicisme réactualisé.

József Rippl-Rónai, Aristide Maillol
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József Rippl-Rónai, Aristide Maillol, 1899

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huile sur toile • Paris, musée d’Orsay • © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Pourtant, lorsque l’artiste de Banyuls « monte » à Paris pour la première fois en 1882, c’est bien dans l’idée de devenir peintre. Le jeune Maillol, né 21 ans auparavant, a déjà fait ses armes en croquant les chefs-d’œuvre du musée de Perpignan. Dans la capitale où il ne se fixe qu’en 1884, le Catalan est enfin admis à l’École des Beaux-arts en 1885. Ses maîtres sont les très académiques Alexandre Cabanel et Jean-Paul Laurens, le jeune artiste ignorant encore tout du foisonnement qui se fait jour à Paris. Il affirme tout de même ses racines en dépeignant les mas de ses Pyrénées natales, comme La Maison rose où il a grandi. C’est un paysage de cette veine qu’il présente lors de sa première participation au Salon des Artistes français en 1888.

Le goût pour les primitifs italiens et Whistler

Mais c’est rapidement la figure humaine, féminine en particulier, qui devient son motif de prédilection. L’enseignement conservateur des Beaux-arts l’ennuie vite et Maillol se met en quête d’autres modèles, chez les anciens comme chez les modernes. Pour les premiers, il copie attentivement les primitifs de la Renaissance au Louvre. Pour les seconds, Maillol est frappé par les Whistler et plus encore par le symboliste Pierre Puvis de Chavanne dont il reprend fidèlement Le Jeune pêcheur en 1887. Maillol en tire une synthèse plastique et un sens du décor qu’il applique à ses portraits.

Aristide Maillol, La Couronne de fleurs, première version, dit aussi Paysage bucolique, sujet de prairie
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Aristide Maillol, La Couronne de fleurs, première version, dit aussi Paysage bucolique, sujet de prairie, vers 1888–1889

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Huile sur toile • 49,5 × 64,5 cm • Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek • Photo © Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhagen

Cette période est marquée par La Couronne de fleurs (1889). Deux petites filles cueillent des pâquerettes au jardin pour les tresser, une scène banale du quotidien sublimée par le fond décoratif plus que naturaliste et par le caractère hiératique des figures. Le peintre Maurice Denis, qu’il rencontre bientôt, résume ainsi ce tournant : « Ce sont les manifestations du groupe synthétiste en révolte contre le réalisme éclectique des Académies qui ont éveillé chez Maillol, élève de Cabanel, sa véritable nature. » Faisant son bonhomme de chemin, Maillol se pose en autodidacte les mêmes questions que les néo-impressionnistes et les symbolistes.

Aristide Maillol, Esquisse pour « Concert de femmes » (verso)
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Aristide Maillol, Esquisse pour « Concert de femmes » (verso), Automne-hiver 1894

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Huile sur toile • 46,5 cm x 56 cm • Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol • Photo © J.-A. Brunelle

Maillol fait connaissance en 1889 de celui après qui court toute la jeune génération : Paul Gauguin. L’artiste catalan est époustouflé par l’étendue des talents de celui qui sait être peintre et graveur mais aussi céramiste et sculpteur sur bois. L’artiste tiendra plus tard à préciser pourtant : « Gauguin m’a fortement impressionné en peintre seulement et non en sculpture, comme on l’a faussement prétendu. » Il n’empêche, ce caractère touche-à-tout, Maillol le reprend à son compte, encouragé par Denis qui lui suggère de s’essayer à la tapisserie. Sa première tentative sera exposée et appréciée par Gauguin en avril 1891, juste avant le départ du peintre pour Tahiti.

Aristide Maillol, Concert de femmes, dit aussi Concert champêtre ou La Musique
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Aristide Maillol, Concert de femmes, dit aussi Concert champêtre ou La Musique, 1895

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Broderie à l’aiguille, laine, soie, lin, fils d’argent ; quelques fils d’or • 160 cm x 208 cm • Copenhague, Design Museum • © Design Museum Denmark, Copenhague. Photo Pernille Klemp

Présentée en 1895, l’œuvre est remarquée par les Nabis qui veulent intégrer Maillol à leur confrérie.

Maillol a choisi son camp. Alors qu’à la suite de l’Exposition universelle de 1889, les « modernes » se liguent autour d’Ernest Meissonier, Auguste Rodin et Eugène Carrière pour fonder la Société nationale des Beaux-Arts en réaction au conservateur Salon des Artistes français, Maillol les suit, y exposant pour la première fois une tapisserie, Jeunes filles dans un parc, en 1893 – il la présente la même année au Salon de la Libre Esthétique à Bruxelles. Sans le sou, il fonde tout de même un atelier de tapisserie à Banyuls où des ouvrières l’assistent pour exécuter Le Concert de femmes. Présentée au Salon de la Nationale des Beaux-arts en 1895, l’œuvre est remarquée par les Nabis qui veulent intégrer Maillol à leur confrérie. Édouard Vuillard incitera même la princesse Hélène Bibesco à acheter l’objet d’art et à devenir ainsi mécène de Maillol.

Rencontre décisive avec une ouvrière de son atelier

Aristide Maillol, Femme à l’ombrelle
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Aristide Maillol, Femme à l’ombrelle, Vers 1895

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190,5 × 149,6 cm • Paris, musée d’Orsay • © RMN Grand-Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Dans ses tissages, Maillol reprend les aplats de couleurs et le caractère épuré des peintures. Il s’inspire aussi des chefs-d’œuvre de l’art médiéval tels que la tenture de la Dame à la Licorne (1484–1538), donnant aux rinceaux une tournure plus géométrique, proche de la mouvance contemporaine Art nouveau. Parmi les femmes ayant servi de modèles, figure Clotilde Narcis, l’une des ouvrières de son atelier qu’il épousera par la suite. La rencontre avec Clotilde ouvre tout simplement à Maillol la possibilité de travailler d’après un modèle nu, qui devait devenir son sujet fétiche comme l’explique Ophélie Ferlier-Bouat, conservatrice au musée d’Orsay et commissaire de l’exposition : « Les modèles parisiens sont trop chers et les jeunes filles de Banyuls inquiètes pour leur réputation. Les choses changent avec l’arrivée de Clotilde : « Je relève les jupes de ma femme et trouve un bloc de marbre » aurait-il dit. »

Aristide Maillol, “La Vague” (vers 1894) et “Femme à la vague” (1896)
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Aristide Maillol, “La Vague” (vers 1894) et “Femme à la vague” (1896)

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Huile sur toile et broderie à l’aiguille au point lancé • © CC0 Paris Musées - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais / © J.-A. Brunelle

Le nu devient une allégorie de cette Méditerranée à laquelle il dédiera sa plus célèbre sculpture sept ans plus tard.

Autour de 1895, Maillol consacre son art à dépeindre des nymphes, baigneuses et lavandières. Dans deux versions de La Vague, en peinture et en tapisserie, le corps de la femme est représenté dans un plan très rapproché, sans détail ni anecdote, dans une manière d’arabesque tendant à l’abstraction. Avec la Côte d’Azur (1898), Maillol enchante ses racines méridionales qu’il englobe dans un grand Sud plus universel, descendant de l’antique beau idéal. Le nu devient une allégorie de cette Méditerranée à laquelle il dédiera sa plus célèbre sculpture sept ans plus tard. Trouvant beaucoup de temps libre quand il est en charge de l’atelier, Maillol en profite pour tailler dans le bois des reliefs et des petites statuettes. Il s’essaie aussi à la céramique, se rappelant dans Vierge à l’enfant entourée de deux anges (1898) de l’art populaire des églises de la péninsule ibérique.

Aristide Maillol, Vierge à l’enfant entourée de deux anges
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Aristide Maillol, Vierge à l’enfant entourée de deux anges, 1898

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Relief, terre cuite vernissée • Perpignan, musée d’art Hyacinthe-Rigaud, dépôt de la Fondation Dina Vierny – musée Maillol • © J.-A. Brunelle

Signe de la reconnaissance de sa qualité d’artiste décorateur, Maillol est distingué une première fois en 1899, nommé secrétaire de la section Objets d’arts à la Société nationale des Beaux-arts, et obtenant une médaille d’argent pour une fontaine d’appartement aux motifs figurés lors de l’Exposition universelle de 1900. C’est pourtant, encouragé par ses amis et par la critique autant que par des problèmes de vision rendant fastidieuse l’exécution de tapisseries que Maillol se consacre à la sculpture à partir de la même année, à la veille de la quarantaine. Les Nabis ne lui en tiennent pas rigueur, Vuillard et Denis restant des amis fidèles. Quelques incursions hors de la sculpture demeurent toutefois, comme lorsqu’il fait partie en 1907 des artistes dessinant des motifs pour les vases du céramiste André Méthey ou comme lorsqu’il livre des gravures sur bois sur le thème des baigneuses afin d’illustrer les Eglogues de Virgile en 1926, dans une édition soutenue par son protecteur Hary Kessler.

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Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie

Du 12 avril 2022 au 21 août 2022

www.musee-orsay.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Nabi Aristide Maillol

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