Article réservé aux abonnés

Décryptage

Art contemporain : la Ville lumière plus attractive que jamais

Par • le
C’est Paris comme expérience d’art totale, reliée à la mode, à la gastronomie, etc., que la capitale entend mettre en avant durant la semaine de Paris+ pour aimanter les amateurs de création contemporaine. Avec comme soutien un réseau de galeries en pleine expansion.
Vue du Grand Palais Éphémère
voir toutes les images

Vue du Grand Palais Éphémère

i

© Patrick Tourneboeuf pour la RMN – GP / 2021 architecte Jean-Michel Wilmotte.

Les étoiles sont-elles enfin alignées ? Paris serait donc au faîte de sa gloire ? Ville lumière, à nouveau ? On pourrait nous soupçonner de « parigochauvinisme ». Rappelons donc les faits, rien que les faits. En termes de mode, la capitale a définitivement assis sa suprématie.

La dernière fashion week, fin septembre, en offre la dernière démonstration. L’annonçait aussi à la face du monde le défilé de Pharrell Williams pour Louis Vuitton sur le Pont-Neuf, en juin dernier, sur fond de Samaritaine. L’empire de Bernard Arnault, dans le duo de tête des plus grandes fortunes mondiales, domine plus que jamais la place et aime à le faire savoir.

Paris comme expérience

Cela pourrait sembler n’être qu’un épiphénomène ? Mais c’est aussi ce genre de tendances qui a attiré Art Basel sur les rives de la Seine. À la fois éminente attraction touristique, haut lieu du shopping de luxe, place incontestée de la gastronomie malgré la concurrence du Pérou ou de la Scandinavie, Paris multiplie les atouts pour attirer la jet-set internationale de l’art, celle que visent au premier chef les foires d’art contemporain. Plus qu’un marché géant, ce que promet Art Basel à ses fidèles, c’est Paris comme expérience, de celles que jamais Bâle ne saurait offrir.

Défilé Yves Saint Laurent, collection femme printemps-été 2024, sur l’esplanade du Trocadéro, lors de la fashion week fin septembre. Ce genre d’évènements est l’un des atouts de Paris pour attirer la jet-set internationale de l’art.
voir toutes les images

Défilé Yves Saint Laurent, collection femme printemps-été 2024, sur l’esplanade du Trocadéro, lors de la fashion week fin septembre. Ce genre d’évènements est l’un des atouts de Paris pour attirer la jet-set internationale de l’art.

i

© Jonas Gustavsson / Sipa USA / SIPA.

Accélérée depuis le Covid, la métamorphose de la géographie des galeries parisiennes témoigne de ce mouvement. En quelques années, de prestigieuses enseignes internationales sont venues s’installer dans le Marais ou le quartier de Matignon. Le Brexit a amplement aidé la prise de décision, coupant Londres de l’ensemble du marché européen. Mais la force de frappe des collections privées y est pour beaucoup aussi. Fondation Louis Vuitton près du bois de Boulogne, Bourse de Commerce installée dans le ventre de Paris, sans oublier Lafayette Anticipations pour la création émergente : cet écosystème est essentiel au bon fonctionnement des galeries.

Matignon commence à craquer aux coutures ? Qu’importe, d’autres quartiers s’offrent aux galeries avides d’en découdre avec Paris.

Ainsi David Zwirner s’est-il installé dans le Marais, en lieu et place du pionnier Yvon Lambert, suivi par la galerie Dvir venue de Tel-Aviv, puis par le Zurichois Peter Kilchmann, tous deux établis rue des Arquebusiers. La rue Chapon s’est densifiée sous la pression, avec la venue des Suédoises Andréhn- Schiptjenko, la rue de Turenne s’est ravivée, Fitzpatrick et Massimo de Carlo venant voisiner avec les anciens Perrotin, Almine Rech, Frank Elbaz et Michel Rein. Mentionnons également, à deux pas de la galerie Marian Goodman, l’installation de Max Hetzler et de Galleria Continua. Enfin, les derniers arrivés, les Brésiliens de Mendes Wood DM, viennent un peu plus secouer les esprits en s’installant place des Vosges.

Ne pas oublier de soutenir les artistes

En parallèle à ce mouvement d’internationalisation du Marais, le secteur de l’avenue Matignon a vécu une révolution plus profonde encore. Autour du pionnier Gagosian, les grands marchands parisiens sont venus installer une antenne dédiée plutôt au second marché, comme Perrotin et Almine Rech, ou une vitrine, comme Kamel Mennour.

D’autres implantations ont contribué à dépoussiérer l’image du quartier : ainsi de Skarstedt déjà établi à New York et à Londres, qui défend dans son programme les modernes comme Miró ou Giacometti, mais aussi une dizaine de jeunes pousses. Mariane Ibrahim et Cécile Fakhoury ont enrichi le paysage, dévoilant tout un pan de la création africaine et afro- américaine méconnu en France.

Façade de la galerie Mariane Ibrahim, jeune pousse installée avenue Matignon en septembre 2021
voir toutes les images

Façade de la galerie Mariane Ibrahim, jeune pousse installée avenue Matignon en septembre 2021

i

© Photo Pierre Vincent / Adobe Courtesy Mariane Ibrahim.

Nathalie Obadia a aussi franchi le pas, et s’en félicite : « La concentration d’hôtels de luxe et d’enseignes de mode prestigieuses dont bénéficie le 8e arrondissement est incontestablement un atout pour nos galeries, nos clients circulent très facilement et passent d’une galerie à l’autre, qu’ils soient hommes d’affaires étrangers ou collectionneurs du 16e. C’est incontestable, la combinaison marche à plein. »

Matignon commence à craquer aux coutures ? Qu’importe, d’autres quartiers s’offrent aux galeries avides d’en découdre avec Paris. Signe des temps s’il en est, la prestigieuse galerie Hauser & Wirth, installée dans le monde entier, de Los Angeles aux Baléares, a investi l’immeuble historique d’Europe 1 : cinq étages d’un hôtel particulier, rue François Ier, à un jet de Louboutin des enseignes de luxe de la rue Montaigne.

« Disposer d’un lieu à Paris, c’était un but pour notre galerie dès les premières années, assure Marc Payot, son directeur. Paris possède aujourd’hui une formidable myriade d’atouts : le plus sophistiqué des publics, une intense concentration de musées et fondations remarquables, et une communauté très aguerrie de collectionneurs et mécènes. Paris a été aussi une source infinie d’inspiration pour nombre de nos artistes, ceux qui y sont nés comme Louise Bourgeois, Pierre Huyghe et Camille Henrot, ou d’autres qui y vivent, comme Takesada Matsutani et Barbara Chase-Riboud. » À deux pas, la très prescriptrice galerie Modern Art va en outre s’installer, à l’étage, dans un immeuble de la place de l’Alma.

La place Vendôme où l’art s’expose en plein air et où des galeries s’implantent
voir toutes les images

La place Vendôme où l’art s’expose en plein air et où des galeries s’implantent

i

© Pierre Vincent / Adobe Courtesy Mariane Ibrahim

C’est désormais au tour de la place Vendôme d’aimanter le monde de l’art, avec l’inauguration des espaces de la Berlinoise francophile Esther Schipper dans une cour, en étage également. Paris restait l’une des dernières capitales où la scène des galeries restait décentrée par rapport aux quartiers d’affaires et de luxe ? C’en est fini. Pour autant, comme le souligne Maria Cifuentes, directrice de la galerie Skarstedt, il ne faudrait pas oublier l’essentiel : les artistes. « La ville bénéficie de nombreuses pépinières, comme Poush ou la Cité internationale des arts, mais il ne faudrait pas qu’elle néglige ses artistes : ils sont au cœur de notre écosystème, et nous devons collectivement tout faire pour les soutenir. »

Arrow

Paris+ par Art Basel 2023

Du 20 octobre 2023 au 22 octobre 2023

parisplus.artbasel.com

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi